Entre réalisme et Art nouveau

LEGRAND,DOMINIQUE

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Mercredi 14 juillet 2010

Une petite exposition documentée ravive l’art tombé dans l’oubli du sculpteur belge Charles Van der Stappen. A l’occasion du centenaire de sa mort.

Décidément, les expositions d’été jouent en mineur aux Musées royaux des beaux-arts de Belgique. Avant d’aborder cet automne le thème fascinant de l’orientalisme, le musée nous sert un estival et light Charles Van der Stappen, sculpteur né à Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles) le 19 décembre 1843 et décédé en 1910. En rien, ceci ne pourrait passer pour une rétrospective. L’intention n’est pas là. Le centenaire de la mort de l’artiste ami d’Octave Maus est l’occasion de monter une exposition documentaire qui, en deux salles, esquisse les multiples facettes d’un défenseur de l’Art nouveau qui marqua la sculpture belge et son évolution de manière décisive vers 1900. Van der Stappen méritait mieux.

À la fin du XIXe siècle, quand se dessinent de manière complexe plusieurs mouvements de renouveau fondamental, un essor extraordinaire de la sculpture est favorisé par les commandes publiques. Celles-ci vont d’ailleurs attirer Rodin qui séjourne à Bruxelles de 1871 à 1877. Van der Stappen, Vinçotte, Rousseau et Lambeaux comptent parmi les artistes belges les plus notoires. C’est en 1875 que Van der Stappen se fit connaître en alliant l’étude des antiques et du Quattrocento italien ainsi que le naturalisme qui est prédominant en son temps.

« Inspiration de l’Art » pour guide

Van der Stappen doit sa renommée à ses travaux pour des monuments et des sculptures décoratives de façade exécutées dans un style éclectique mêlant Art nouveau et naturalisme, dont on trouve encore un bel exemple à l’angle de la rue Verwée et de la place Collignon à Schaerbeek. En professeur et directeur de l’Académie des beaux-arts, il se distingue par son approche novatrice de l’enseignement artistique, laissant libre cours à l’inspiration. En 1893, il collabore avec Constantin Meunier au projet de réalisation des 52 sculptures qui ornent l’extérieur du Jardin botanique de Bruxelles. Les deux sculpteurs réalisent les esquisses et en confient l’exécution à leurs collaborateurs. L’influence du réalisme social de Constantin Meunier se fera visible dans l’œuvre Les Bâtisseurs de villes réalisée par Van der Stappen pour le parc du Cinquantenaire. Dans le domaine des arts décoratifs Art nouveau, il collabore avec Victor Horta.

Ses sculptures émaillent le territoire bruxellois. L’Inspiration de l’Art accueille le visiteur devant les Musées royaux des beaux-arts de Belgique. La Mort d’Ompdrailles est au Jardin du Roi, quartier Louise. Guillaume d’Orange-Nassau orne le Petit Sablon. Les Provinces de Liège et d’Anvers figurent au Cinquantenaire.

Sous la direction de Francesca Vandepitte, sculptures, maquettes, dessins, esquisses préparatoires montrées pour la première fois, projets et documents d’archives racontent le parcours de Charles Van der Stappen. De l’inspiration italienne saisie à Florence et à Rome aux mythes et symboles, en passant par l’atelier Portaels, le sculpteur se débarrasse de sa gangue académique, comme le montre l’ensemble Aimez-vous les uns les autres, ou le célèbre buste de Sphinx (1897) qui unit Art nouveau et symbolisme.

Charles Van der Stappen

Charles Van der Stappen

Musée des beaux-arts de Belgique, 3 rue de la Régence, 1000-Bruxelles, jusqu’au 26 septembre. Infos : www.fine-arts-museum.be, 02-508.32.11. Catalogue : Charles Van der Stappen, sculpteur de la fin de siècle par Michel Draguet, Francisca Vandepitte, Angélique Demur, Christine Dupont, Catherine Leclercq, éd. Snoeck, 20 euros.