MUNSTER,JEAN-FRANCOIS
Mercredi 3 décembre 2008
Au sommet du 11 et du 12 décembre prochain, le Conseil européen doit en effet prendre une décision importante au sujet du paquet climatique. Cet ensemble de mesures doit mettre en œuvre ce que l’on appelle l’« Objectif 20-20-20 » : 20 % d’émissions CO2 en moins, 20 % d’économie d’énergie et 20 % d’énergie renouvelable pour 2020. Parmi ces mesures figure une réforme en profondeur du système d’attribution des quotas d’émission CO2. La Commission veut notamment mettre fin à la gratuité des quotas, la quantité de quotas allouée par les Etats étant souvent trop généreuse pour vraiment encourager les entreprises à changer leurs habitudes en matière de pollution. Elle voudrait le remplacer par un système de vente aux enchères de ces quotas. Et ce à partir de 2013.
Pour Jean-Luc Rader, secrétaire régional des métallos liégeois FGTB, cette mesure risque de gravement handicaper l’industrie européenne par rapport aux autres régions du monde. « S’il y a des coûts qui s’appliquent uniquement à l’industrie européenne, celle-ci va être pénalisée. La production sera délocalisée en Chine ou en Inde et l’environnement ne s’en portera pas mieux. Ce qui ne sera pas produit chez nous dans de bonnes conditions environnementales sera produit ailleurs dans de mauvaises conditions environnementales. L’emploi, lui, par contre trinquera. »
Paul Liakos, secrétaire général de la CSC-Métal, préfère parler de délocalisation de la création de CO2. « Qu’on ne s’y trompe pas. Nous sommes en faveur d’une politique européenne volontariste en matière environnementale. Mais il faut une uniformisation au niveau mondial sinon l’industrie européenne sera le dindon de la farce. On ne parle que d’arrêts d’usines, de licenciements… L’industrie sidérurgique traverse une grave crise. Lorsque l’activité reprendra, il ne faut pas hypothéquer l’avenir avec ce genre de réglementation. »
Le syndicaliste est favorable à un système où les quotas seraient gratuits jusqu’à un certain seuil. Au-delà, les entreprises devraient payer pour les obtenir, ce qui les inciterait à réduire leurs émissions polluantes. Il plaide aussi pour que l’Europe soutienne davantage les entreprises qui font des efforts en recherche et développement pour diminuer leurs émissions CO2 et pour une taxation à l’entrée des frontières européennes des importations de marchandises qui n’ont pas été produites avec les mêmes contraintes environnementales que les nôtres.
Le temps presse. Les décisions importantes vont être prises en décembre. En Belgique, c’est la fédération professionnelle Essenscia qui se charge de convaincre les gouvernements fédéral et régional. « Lors des votes au Conseil européen, toutes les voix compteront, explique Yves Verschueren, administrateur délégué d’Essenscia. La Belgique est un pays très industrialisé et son vote peut faire pencher la balance. »
Essenscia n’est pas contre les objectifs que s’est fixés la Commission en matière de climat mais contre la méthode utilisée, à savoir la mise aux enchères des quotas. « Il s’agit ni plus ni moins d’une taxe CO2, estime Yves Verschueren. A raison de 20, 30 ou 40 euros la tonne, cela va coûter des centaines de millions chaque année aux entreprises belges. C’est un système injuste pour les entreprises qui ont fait ces dernières années des efforts pour diminuer leurs émissions polluantes. Il pénalise les industries intensives en énergie, pas celles qui sont inefficaces. Pour produire de l’ammoniac ou du chlore, il faudra toujours beaucoup d’énergie. On a beau être le plus efficace au monde, il y a un moment où on ne peut pas faire mieux. Si on pénalise les industries qui produisent beaucoup de CO2, quelle que soit l’efficacité avec laquelle elles opèrent, ces substances seront produites ailleurs. Les patrons des grands groupes présents en Belgique me le disent : la mise aux enchères des quotas n’entraînera pas la fermeture des usines existantes mais par contre, dans tous les dossiers d’investissement pour des extensions, des nouveaux sites…, l’Europe sera systématiquement défavorisée par rapport à d’autres régions du monde. Si on délocalise la production de substances chimiques de base, il faut aussi s’attendre à ce
que toute la chaîne de production en aval suive la même direction. »
L’industrie chimique demande que l’Europe adopte un système d’allocation de quotas basée sur un « benchmark ». La méthode consiste à comparer les performances énergétiques des différentes usines chimiques et à fixer un référentiel (la moyenne des meilleures entreprises par exemple…). Les entreprises les plus efficaces continuent à recevoir les quotas gratuitement, comme c’est le cas aujourd’hui. Les moins efficaces doivent payer. « On atteindrait le même objectif tout en ne handicapant pas toute l’industrie chimique européenne », insiste Yves Verschueren.