La moitié des éléphants africains ont disparu en 40 ans

SOUMOIS,FREDERIC

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Vendredi 24 juin 2011

Environnement Des chercheurs de Gembloux les ont comptés depuis un avion

C’est certain, les éléphants africains sont menacés. Leur population diminue sous la double action de la pression humaine sur leur habitat et du trafic d’ivoire. Mais à quel rythme ? C’est ce qu’a voulu vérifier une équipe de scientifiques internationaux parmi lesquelles une équipe de Gembloux Agro-Bio Tech (ULg) qui a, pour cela, parcouru en avion le cinquième du continent africain, en Afrique de l’Ouest et centrale. D’après l’action dirigée par le chercheur Philippe Bouché, qui n’hésite pas à prendre lui-même les commandes des petits avions utilisés pour débusquer les animaux disséminés dans la savane, seuls 7.750 éléphants subsistent dans cette région, à peine 1,5 % de la population du continent, estimée à 472.000 spécimens. La moitié des animaux auraient donc disparu en 40 ans.

« Cette disparition est inégale dans sa vitesse : en Afrique centrale, plus de 75 % des animaux ont disparu dans la même période. Au Tchad, 3 éléphants sur 4 ont disparu en seulement trois ans. Nous avons aussi constaté de manière inquiétante que les petites populations de moins de 200 animaux ont quasiment totalement disparu. Pour une raison encore totalement inconnue, c’est comme si elles atteignaient une sorte de seuil minimal sous lequel le fait de descendre entraîne leur disparition accélérée. »

Cette étude, publiée aujourd’hui dans la revue Plos One, fait en quelque sorte partie des « yeux » de la Cites, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, qui impose des restrictions ou des interdictions. Et qui ne peut se prononcer que sur la base d’une photographie claire de l’ampleur du phénomène. Car l’étude ne cache pas les causes de cette disparition en marche : d’une part, l’Afrique de l’Ouest et centrale est la région la plus peuplée, regroupant 31 % de la population du continent, vivant essentiellement d’une agriculture d’autosubsistance, ce qui entraîne une importante demande en terre arable. D’autre part, depuis le début des années 70, un important assèchement de cette partie du globe provoque la diminution des rendements agricoles et l’augmentation des conflits entre éleveurs et agriculteurs, avec une demande massive de terres… qui empiète d’autant sur le territoire de l’éléphant, qui a vu son habitat disponible réduit à 5 % de la superficie initiale.

Des corridors de protection

« Ce n’est pourtant pas une fatalité, l’homme et l’éléphant pourraient mieux cohabiter, notamment en profitant des ressources possibles du tourisme, qui peuvent remplacer partiellement celles de l’agriculture. Encore faut-il prévoir un retour vers les communautés locales, explique Philippe Bouché. De même, nous préconisons des corridors entre aires protégées où subsistent des éléphants de plus en plus confinés. On doit y exclure l’agriculture, mais une certaine exploitation forestière reste compatible avec cette protection. »