Environnement - La liaison autoroutière ou la protection des terrains calaminaires ? Un « ring » dans Natura 2000 REPÈRES

BODEUX,PHILIPPE

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Mardi 9 décembre 2003

Environnement - La liaison autoroutière ou la protection des terrains calaminaires ?

Un « ring » dans Natura 2000

* La liaison Cerexhe-Beaufays passe sur des sites d'intérêt scientifique. Les opposants veulent que la Région les intègre dans Natura 2000.

PHILIPPE BODEUX

Destinée à achever le ring sud de Liège, la liaison Cerexhe-Beaufays sommeille dans les tiroirs du MET, en l'attente d'un feu vert ministériel et d'un financement européen. Tandis que dans les campagnes de la Basse-Vesdre, les opposants à la liaison rassemblent un maximum d'arguments de façon à ce que le tiroir reste définitivement fermé. Aujourd'hui, le Groupement Cerexhe-Heuseux-Beaufays et l'association « Activités environnement Trooz », membre d'Inter-Environnement Wallonie, avancent un nouvel élément : le tracé dessiné par le MET passe à six reprises dans des sites d'intérêt scientifique de la Basse-Vesdre susceptibles de rejoindre Natura 2000.

Pour rappel, le réseau Natura 2000 résulte de l'obligation pour la Région wallonne d'intégrer dans un maillage écologique européen une partie de son territoire reconnu comme zones d'intérêt scientifique et ce, sous peine de perdre des subsides européens dans d'autres domaines. Concernant la Basse-Vesdre, ces zones d'intérêt scientifique recouvrent principalement des pelouses calcaires et des pelouses « calaminaires » (terrains chargés de zinc industriel) à la flore et la faune particulières - le tabouret et la pensée calaminaire, le silène enflé ainsi que le papillon « petit nacré », le criquet à ailes bleues ou le grillon des champs. En tout, 682 hectares d'intérêt scientifique ont ainsi été répertoriés dans la Basse-Vesdre, soumis au choix du gouvernement wallon. Ce dernier a finalement retenu... 0,25 hectare, « oubliant », par exemple, les pelouses calaminaires de « La Rochette » et de « Bois les Dames » et les pelouses calcaires du « Trî Mottet » et du « Trihe des vignes ». Ce qui a valu à la Région d'être quelque peu tancée par l'Europe inquiète du faible nombre de pelouses calaminaires reprises dans Natura 2000 alors que, à l'échelon européen, la Wallonie est particulièrement riche pour ce type de biotope.

Les pelouses calaminaires de la Basse-Vesdre non retenues couvrent à elles seules la moitié de celles identifiées en Belgique, affirme Paul Van Damme, responsable d'« Activités environnement Trooz ». Frédéric Falisse et Léon Saur, responsables du Groupement Cerexhe-Beaufays, renchérissent : Le projet de la liaison autoroutière Cerexhe-Beaufays fait que la Région n'a pas retenu ces sites d'intérêts scientifiques pour les intégrer dans Natura 2000. Or, la conservation de ces sites est menacée. La Région est donc tenue de les protéger sous peine de ne pas respecter la directive européenne.

Les détracteurs de la liaison Cerexhe-Beaufays invitent donc le gouvernement à revoir sa copie. Ils ont d'ailleurs déposé un recours en annulation au Conseil d'Etat contre le décret qui a fixé, en 2002, à 220.000 hectares la surface des zones Natura 2000 en Wallonie. Interpellé par le député wallon Alain Pieters (Ecolo), le ministre socialiste de l'Agriculture et de la Ruralité, José Happart, a confié qu'il désirait apporter, avant la fin de l'année, quelques modifications sur la liste des sites Natura 2000. Et y intégrer les pelouses calaminaires de la Basse-Vesdre ? Le groupement CHB et « Activités environnement Trooz » le souhaitent. Une décision qui n'empêcherait pas automatiquement la construction de l'autoroute mais pourrait imposer des mesures de protections environnementales.·

REPÈRES

Liaison Cerexhe-Beaufays. A l'étude depuis plus de trente ans, ce tronçon autoroutier de 12 km passe par les communes de Chaudfontaine, Trooz, Fléron et Soumagne. Si l'emprise au sol est connue, aucun permis de bâtir n'a été déposé à ce jour pour sa réalisation et sa configuration finale.

Financement. Le coût de cette autoroute - 18,5 millions d'euros - ne peut être pris en charge par la Région wallonne seule. Les fonds européens ont dès lors été sollicités. Mais, contrairement à la liaison E40-E25, la liaison Cerexhe-Beaufays n'est pas reconnue comme un chaînon manquant à l'échelon européen. Faute de subsides européens, la Région ne peut donc obtenir qu'un prêt avantageux.

Réalisation. On sait déjà que c'est la Société de financement complémentaire des infrastructures (Sofico) qui devrait prendre en charge la réalisation de cette autoroute. Pour cela, le gouvernement wallon doit encore charger officiellement la Sofico de ce chantier.