envoyez van Rompuy dans la jungle amazonienne !

REGNIER,PHILIPPE

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Lundi 2 février 2009

Ainsi donc, notre Saint-Père de la rigueur budgétaire, Herman Van Rompuy, souhaite faire l’article de la Belgique au prochain Forum de Davos. Il s’agirait, a-t-il dit dans la station helvétique, de se hisser au rang d’invité d’honneur du rendez-vous select du monde des affaires et de la politique. D’y faire la promo d’un pays au bord de la crise de nerfs, de l’implosion, tiré vers le fond par la débâcle de ses banques. L’idée de capitaliser sur un événement mondain pour profiler son produit est une recette éculée du marketing. Pas sûr qu’elle soit efficace mais, soit, essayons, on trouvera bien un budget… L’annonce du Premier constitue toutefois une monumentale erreur politique : il s’affiche ainsi obnubilé par Davos et étale son mépris pour Belém. Bien sûr, pour (tenter de) briller dans le grand monde, Davos, c’est mieux. À Belém, dans la moiteur de la forêt amazonienne, on brille surtout de sueur, perdu dans la multitude. Mais le Forum social mondial des anti-Davos devrait davantage susciter l’intérêt du chef du gouvernement, ou de ses émissaires. Ce Forum brille par son énergie créatrice, la richesse et la puissance de ses idées pour sortir de l’ornière dans laquelle une globalisation débridée a fini par plonger la majorité de la population mondiale. Et il est probable qu’en Belgique, une vaste population de travailleurs fragilisés, au chômage

technique ou licenciés, d’épargnants inquiets, de petits actionnaires grugés, d’hommes et de femmes scandalisés par les ravages d’une crise protéiforme, partagent la rage de la « génération Porto Alegre ». A Davos, les pompiers pyromanes cherchent à mettre des emplâtres sur des jambes de bois pour redémarrer au plus vite après le carambolage, pleurent dans le giron de l’État honni, répètent comme toujours que, ce qui est bon (pour leurs affaires), ce n’est pas « moins de globalisation » mais « plus de globalisation ». À Belém, l’urgence imposée par la crise a, pour la première fois dans l’histoire du jeune Forum, accouché d’une ébauche de synthèse. C’est une réponse citoyenne aux défenseurs du « business as usual ». Elle dessine les contours d’un monde tout simplement plus honnête. A tout le moins, source d’inspiration pour nos politiques.