ESSAIS NUCLEAIRES FRANCAIS,DEUXIEME

AFP; ASSOCIATED PRESS; REUTER; BELGA

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Mardi 3 octobre 1995

Essais nucléaires français, deuxième

Hier, à Fangataufa le deuxième test était cinq fois plus puissant que le premier. Pour un tollé international identique.

Fangataufa (Pacifique sud), lundi 2 octobre, zéro heure trente de notre heure (dimanche, 13 heures 30 locales). Deuxième essai de la dernière campagne nucléaire française. Un petit mois après le premier essai - le mardi 5 septembre, depuis l'atoll polynésien voisin de Mururoa, à 23 heures 30 de notre heure (même jour, 12 heures 30 locales).

Cette fois, l'énergie dégagée était inférieure à 110 kilotonnes, soit un tir cinq fois plus puissant que le précédent dont l'énergie était inférieure à 20 kilotonnes. Cette fois, l'essai a provoqué des secousses comparables à celles d'un tremblement de terre mesurant 6 degrés sur l'échelle ouverte de Richter - contre 4,9 lors du premier tir. Cette fois, et au vu de la puissance de tir, l'essai devait avoir pour but de valider une arme. La tête nucléaire TN-75 devant équiper les missiles des sous-marins nucléaires stratégiques. Le premier essai, lui, avait pour but de préparer la simulation en laboratoire, qui doit permettre à la France de se passer des essais en grandeur réelle à la fin de cette ultime série (encore quatre, cinq ou six tirs d'ici à la fin mai prochain ?).

Cette fois, l'armée française a joué la discrétion, par rapport au duel médiatique - engagé contre Greenpeace et la «flottille de la paix» - qui avait présidé au premier test.

Mais cette fois encore, à peine officialisée la deuxième expérience de l'ère Chirac - et la 206e de l'histoire atomique française, depuis 1960 -, les réactions offusquées ont plu des quatre coins du monde.

COMME APRÈS LE PREMIER

Ainsi, le Japon a violemment réagi, annonçant qu'il étudiait quelle réponse donner à ce deuxième essai extrêmement regrettable (comme après le premier essai). Le ministre des Finances, Masayoshi Takemura, champion nippon de la la lutte antinucléaire, parlant d'essai arrogant, a proposé de rappeler l'ambassadeur à Paris. La Nouvelle-Zélande, indignée, a dénoncé le pied de nez de la France à l'opinion internationale et le Premier ministre a convoqué l'ambassadeur de France à Wellington (comme après le premier essai). L'Australie - où le syndicat des transports annonce le boycottage des avions d'Air France à Sydney - a déploré le test qui ne tient pas compte de l'indignation compréhensible de la communauté internationale et a convoqué l'ambassadeur de France auprès du ministre des Affaires étrangères.

La Corée du Sud a demandé l'arrêt immédiat des essais, les Etats-Unis ont regretté (comme après le premier essai) et demandé à Paris de s'abstenir de nouveaux tests, la Russie a exprimé son profond regret (comme après le premier essai), et Londres s'est refusé à condamner (comme après le premier essai), se bornant à déclare que la chose importante pour nous est qu'il s'agit d'une série strictement limitée d'essais.

La Belgique a déploré vivement (elle avait regretté profondément le premier essai) et noté une nouvelle fois l'engagement de la France à signer un traité interdisant tous les essais nucléaires. La Commission européenne et l'Autriche ont regretté, La Norvège a regretté profondément et convoquera (comme après le premier essai) le chagré d'affaires français à Oslo. La Suède a profondément regretté, le Danemark a déploré profondément, exigeant l'arrêt immédiat de tout nouveau test, les Pays-Bas ont fait part de leur déception, le Chili a jugé l'essai lamentable et Greenpeace l'a qualifié d'énorme affront, demandant à tous les gouvernements d'isoler la France (plus arrogante que jamais) diplomatiquement, notamment en expulsant les ambassadeurs.

DOUTE À PAPEETE, PAS À PARIS

Enfin, en Polynésie, où de violentes émeutes avaient éclaté (à Papeete, «capitale» de Tahiti) le lendemain du premier essai, c'est l'incrédulité qui dominait hier. La réaction la plus fréquente était le doute - ce n'est pas possible, pas aujourd'hui (dimanche, jour particulièrement sacré pour les Polynésiens dont 99 %, dit-on, vont ce jour-là à l'église ou au temple).

L'Eglise évangélique, qui regroupe plus de la moitié des Polynésiens, a ainsi estimé que choisir un dimanche pour un essai nucléaire n'était pas très malin, et très méprisant. Les forces de l'ordre, elles, étaient en alerte.

Paris, de son côté, a affirmé sa détermination à mener à son terme son ultime campagne atomique. Comme après le premier essai... (D'après AFP, AP, Rtr, Belga.)