ESSAIS NUCLEAIRES:LES SPECULATIONS CONTINUENT,LA CONTESTATION AUSSI

AFP; REUTER; ASSOCIATED PRESS

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Mercredi 6 septembre 1995

Essais nucléaires : les spéculations continuent, la contestation aussi

Le premier essai nucléaire français dans le Pacifiique sud pourrait avoir (eu) lieu ce mercredi matin. Vers 8 heures de notre heure. C'est ce que murmurait hier un responsable français, sous couvert de l'anonymat. Murmure non confirmé officiellement, le gouvernement - comme le président Chirac sur France 2, hier - rappelant que les sept ou huit essais prévus auront lieu entre le 1er septembre (c'était vendredi dernier) et le 31 mai.

Pour sa part, le président du gouvernement de Polynésie française indiquait lundi soir que la France procéderait à son premier tir d'ici à la fin de la semaine. Jacques Chirac m'a demandé de venir le rejoindre à Paris au lendemain du premier essai, a déclaré Gaston Flosse. Et je partirai à la fin de la semaine. Les spéculations sur la date du premier test français se poursuivent donc.

Les contestations aussi. Greenpeace a démontré lundi qu'il n'avait pas renoncé à protester activement. L'organisation écologiste a fait pénétrer dans le lagon de Mururoa deux zodiacs, aussitôt interceptés. Les occupants des embarcations (deux hommes et deux femmes) ont été amenés à la gendarmerie de la base de Mururoa. Plus fort, deux militants de l'organisation ont été interceptés dans la zone des 12 milles, dont l'un sur le sol même de l'atoll. Les deux hommes, anciens membres des SAS, les commandos britanniques, étaient arrivés à bord d'un zodiac qui remorquait deux kayaks.

Le lagon fait figure de symbole. C'est en-dessous, à plusieurs centaines de mètres de profondeur dans la roche, qu'ont lieu une partie des tirs. Les autres se déroulent dans les mêmes conditions sous le lagon de l'atoll de Fangataufa, situé à une quarantaine de kilomètres au sud de Mururoa.

Lundi, l'océanologue français Jacques-Yves Cousteau avait adressé au président Chirac sa démission du «Conseil pour les droits des générations futures», créé auprès de la présidence de la République française début 1993. Selon le commandant - à 85 ans, il est l'un des hommes les plus populaires de son pays -, la reprise par la France des essais à Mururoa indique malheureusement que le gouvernement n'a aucune intention de poursuivre l'application du Traité de non-prolifération, notamment de son article VI qui exprime l'intention d'aboutir, à une date rapprochée, au désarmement nucléaire général et complet sous un contrôle international strict et efficace. Le commandant Cousteau adjure donc Jacques Chirac de tout faire pour que la France contribue activement à mettre les armes atomiques hors-la-loi.

Protestation de... la France. Le chargé d'affaires du Japon et l'ambassadeur de Suède à Paris ont été convoqués hier au ministère des Affaires étrangères. La veille, Paris avait qualifié d'acte d'ingérence inadmissible la participation à des manifestations antinucléaires à Papeete (en Polynésie française) du ministre japonais des Finances et du ministre suédois de la Culture.

Le ministre nippon a, de son côté, répété qu'il avait manifesté son opposition aux essais français à titre individuel. C'est à ce titre aussi, et à ce titre uniquement, que le gouvernement japonais avait autorisé son ministre à faire le déplacement à Papeete.

Et pendant ce temps, la Russie a testé hier - dans le nord du pays, avec succès et pour la deuxième fois - un nouveau type de missile balistique intercontinental, le Topol-M. Conforme aux exigences des traités de désarmement russo-américains. (AFP, Rtr, AP.)