Essais tranformés

NIZET,ADRIENNE

Mercredi 3 février 2010

Alok Nandi suit un parcours extraordinaire. Dans le cadre du Vrak festival, il présente la première soirée Ignite à Bruxelles.

En 1990, alors qu’il travaille dans le secteur publicitaire, Alok Nandi contacte 165 personnalités. A tous, il fait la même demande : écrire un texte-hommage au cinéaste indien Satyajit Ray, qui s’apprête à fêter ses septante ans. Scorsese, Antonioni, Rushdie, entre autres, répondront par l’affirmative. Henri Cartier-Bresson préfacera le livre-compilation. Et l’exposition qui en découle sera présentée au festival de Cannes, en 1991. « Je suis souvent en train d’essayer des choses, explique Alok Nandi. J’ai osé grâce à ma naïveté, mon ingénuité. Peut-être que ça ne fonctionnerait plus aujourd’hui. »

Son livre posé sur la table, dans son édition indienne, Alok Nandi poursuit le récit de son parcours atypique. Indien né au Congo, il rejoint la Belgique pour y étudier. Après avoir obtenu son diplôme d’ingénieur civil, il poursuit avec une licence en écriture et analyse cinématographiques à l’ULB. Il se lance ensuite, de nuit, dans ce projet de livre. « J’avais 25 ou 26 ans, se souvient Satyajit Ray. Ce qui m’a attiré chez Satyajit Ray, c’est le bengali, que je parle. Ce livre a été un moyen de voyager dans le pays de mes parents. Réaliser un projet, c’est ce qui permet le mieux d’appréhender une culture. »

Le succès de l’expo l’amène à voyager, à donner des conférences sur le cinéma du réalisateur. En 1994, il revient à Bruxelles et fait partie de l’équipe initiale de la Fondation pour les arts. « C’était le début d’internet. J’ai créé leur site. Je sentais qu’il fallait absolument développer cela. » Autant le faire avec goût : Alok Nandi s’occupe de la création du site de Peeters et Schuiten pour Les cités obscures et, de là, est recruté par Casterman pour gérer ce qu’on appelle alors « les nouveaux médias ».

En parallèle, il reçoit une bourse pour étudier le cinéma japonais… « J’ai toujours eu une double activité, sourit-il. D’une part, les territoires qui me passionnent mais qui sont généralement très pointus, et d’autre part, ce qui fait vivre l’estomac… »

Entre 1997 et 2002, Alok Nandi réalise des sites pour Mœbius, Tardi, Pratt… A la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris, ou encore au Pass, à Mons, il met en place des dispositifs interactifs pour les visiteurs. Avant de s’occuper de toute la scénographie du Mundaneum, en 2005. « J’avais envie de maîtriser la totalité du discours, raconte-t-il. Mais le point commun entre tous ces projets, c’est la question que je me pose quand j’y travaille : comment offrir des déambulations par des chemins de traverse ? »

Depuis 2007, Alok Nandi a un nouveau hobby, si l’on peut dire : les soirées Pecha Kucha. A prononcer « Pekchakcha », ce qui signifie « blabla », en japonais. Des soirées au cours desquelles chacun est invité à s’exprimer pendant 20 fois 20 secondes au gré d’images (choisies préalablement) qui défilent sous les yeux du public. « C’est un moyen simple, low-tech, de partager des idées », résume celui qui les a importées en Belgique (elles sont aujourd’hui organisées dans 275 villes !).

« La contrainte permet de donner une cohérence, un canevas aux exposés. Les intervenants, transdisciplinaires, viennent du terrain, ils s’expriment sur ce qui les occupe, leurs projets… C’est une manière de comprendre ce qui se passe dans la ville. »

Dans le cadre du Vrak festival, ce jeudi, Alok Nandi lance une dérivée de ces soirées, les soirées Ignite. Ici, les exposés traitent tous de la même thématique, la jeune création dans ce cas-ci. Les intervenants ont également droit à 20 images, mais celles-ci ne sont projetées que pendant 15 secondes. « Ignite, ça vient d’ignition. Le but, c’est de susciter un désir, une étincelle », commente Alok Nandi.

« Souvent en train d’essayer des choses » disait-il. On confirme.

Soirée Ignite. Le 4 février à 21 h 30 au Théâtre Marni,

dans le cadre du Vrak Festival. www.llasbl.be