EXPOSITION Simone Huby entre peinture et sculpture Sept livres, sept tableaux, sept ans après

GILLEMON,DANIELE

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Mercredi 23 septembre 1998

EXPOSITION Simone Huby entre peinture et sculpture Sept livres, sept tableaux, sept ans après

Simone Huby a surgi de l'ombre un beau jour de printemps 1991 alors qu'elle avait l'âge d'être grand-mère. Ses oeuvres sombres, austères, émouvantes, calcinées par endroits se situaient déjà entre peinture et sculpture, entre teinture et assemblage, à la jointure de l'oeuvre artisanale et d'une poétique prégnante, parfaitement originale, de la chose imprimée. Native de Saint-Vith, elle créait pour elle avant de devenir le chouchou d'une des bonnes galeries de Bruxelles qui sait faire ses choix, montrer l'oeuvre avec la parcimonie qui convient.

Aujourd'hui comme hier, l'univers artistique de la dame prend ses sources et sa force dans le livre et l'écrit, leur étroite relation avec le paysage rêvé que chacun porte en soi. Objet magique, le livre chez elle est d'abord une forme fermée sur un secret, une boîte de Pandore que son avidité de poète organise en espaces imaginaires. Une démarche brute, sobre, monumentale, quasi abstraite joue tout à la fois sur la fascination du détail - du microscopique - et sur le grossissement - la synthèse monumentale - de ces mêmes détails.

Simone Huby, avec sûreté et fermeté, un sens rare de l'amplitude poétique des formes et des lignes les plus simples établit presque architecturalement la spiritualité que le livre dévoile. Une grande élégance formelle, presque une austérité régissent ces espaces nocturnes et mystérieux. Mais la technique du haut relief, les tons pain brûlé, la distribution de la lumière restituent le parfum des vieux grimoires qui dorment dans l'armoire. Abstraction et matiérisme s'épaulent subtilement.

Le livre sous sa férule, et quelle que soit sa nature, devient monde en soi avec des vallonnements discrets, des terres en jachères, des rectangulations fertiles. Et le papier journal qu'elle découpe en bandelettes avant de les assembler en récifs solides, une mine où elle puise sans vergogne. Tranches, pages, reliures, couvertures, odeur du papier, typographie, tout a son importance.

Les stries des pages fermées, la convexité légère des pages ouvertes, le pli central, la couleur du papier, l'épaisseur sont le point de départ de cette géographie plastique du texte qui n'a rien d'anecdotique. Elle débouche au contraire, de manière de plus en plus évidente, sur une spatialité large d'autant mieux assumée que ces oeuvres concises, puissamment construites ne doivent rien à personne.

DANIÈLE GILLEMON

Galerie Fred Lanzenberg, 9, avenue des Klauwaerts, à 1050 Bruxelles. Tous lers jours sauf dimanche et lundi jusqu'au 24/1O. Tél.: 02-647.30.15.