Face au Bétis, c'est déjà l'heure de vérité pour Anderlecht

BERTI,CHRISTOPHE

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Mercredi 28 septembre 2005

CHRISTOPHE BERTI

Le dernier match de Ligue des champions au parc Astrid ? Le 24 novembre 2004, avec une défaite sans gloire contre Valence, qui enterrait définitivement les espoirs d'Anderlecht, qui s'était pris pour un boeuf mais qui n'était qu'une grenouille. Dix mois plus tard, le public mauve retrouve la C1 et ses paillettes pour une nouvelle soirée, qu'il espère magique, contre une autre formation ibérique.

Après le premier match et la courte défaite à Chelsea, les analyses étaient très contrastées : à l'intérieur du club, on évoquait un « quasi-exploit » face aux milliardaires londoniens, alors que supporters et presse regrettaient amèrement une frilosité excessive. Cette fois, la donne est tellement claire que les avis convergent tous : seule la victoire sera belle face au Betis Séville.

Quatrième du dernier championnat d'Espagne, vainqueur de Monaco au 3e tour préliminaire, les Andalous sont en crise dans la Liga et ils ont été défaits par Liverpool au premier tour.

Si Anderlecht veut faire autre chose que la figuration en C1, il se doit donc de vaincre les Sévillans à l'occasion de la rencontre « la moins difficile » du groupe, même si tout est relatif.

Pourtant, au moment où l'arbitre italien sifflera le coup d'envoi, beaucoup de monde se posera encore des questions sur le véritable niveau des Bruxellois.

Moins impressionnante qu'en début de saison, l'armada de Vercauteren est-elle un géant de papier ou une formation capable d'élever son niveau de jeu pour titiller les grands d'Europe ?

L'entraîneur bruxellois, lui, ne nourrit aucun doute. Le potentiel, on l'a, estime-t-il. Reste à l'exprimer au mieux, au jour J, avec la bonne tactique et la forme individuelle adéquate. Ce match est d'une importance capitale pour nous comme pour eux. Il peut être le début d'une belle aventure, mais aussi un fameux contrecoup. Et je ne me fais aucune illusion quant à une faiblesse présumée de l'adversaire. Le Betis cherche encore sa meilleure forme, mais c'est un bloc solide avec beaucoup de talent.

Kompany encore forfait ?

Du talent, Kompany en a sans aucun doute, mais pourra-t-il l'exprimer pour autant ce mercredi ? Rien n'est moins sûr car la blessure au dos du Soulier d'or est plus vicieuse que prévu. Hier, Kompany n'était pas optimiste. On prendra une décision en dernière minute, expliquait-il en début de soirée, mais je suis conscient que jouer constitue un risque : je ressens encore des douleurs et je ne suis pas rassuré. Pour l'instant, je ne me sens pas en état de jouer.

Voilà qui est clair. Vercauteren, de son côté, se veut tout aussi précis : la santé du joueur passe avant tout. Et à l'intérieur du club, on se dit que le plus sage serait que Kompany se repose deux ou trois semaines supplémentaires pour être tout à fait guéri. Sous-entendu, faire sur l'impasse sur Belgique-Espagne aussi.

Herman Van Holsbeeck : « C'est le match clé »

ENTRETIEN

CHRISTOPHE BERTI

Sur son bureau, un dossier énorme, barré d'un grand titre : Ligue des champions, 2005-06. Des places de parking aux panneaux publicitaires, de l'éclairage au ticketing, tout doit être réglé dans les moindres détails, sous peine d'amende. Un match de Ligue des champions, c'est un événement lourd à gérer, soupire Herman Van Holsbeeck. C'est dur, mais croyez-moi, on est content d'y être... Cependant, le manager du Sporting sait que son équipe joue déjà très gros, ce mercredi soir, face au Betis.

Face aux Espagnols, Anderlecht joue déjà une grosse partie de sa campagne.

Tout le club en est conscient. Une nouvelle fois, nous n'avons pas été gâtés par le tirage, puisque le Betis était la formation la plus forte du 4e chapeau, mais ne cherchons pas d'excuse : si le Sporting veut jouer un rôle en C1, il doit prendre des points contre le Betis. Une victoire créerait une spirale du succès. Une défaite compliquerait tout et on sait que dans le club, la pression est énorme et la sérénité précaire.

On se demande encore quelle est la valeur exacte du Sporting. Les prestations en dents de scie des dernières semaines ne permettent pas de se faire une idée précise de votre niveau.

Disons surtout que la différence est énorme entre le Sporting à domicile, qui développe le football champagne qui m'est cher, et l'Anderlecht en déplacement, qui se retrouve face à des défenses hyperrenforcées. Dans ce sens, c'est vrai qu'en huit matchs de D1, on a joué contre les 7 derniers, mais je suis persuadé que notre tâche sera plus facile contre des formations plus huppées, qui ne se contentent pas de défendre. Face à des équipes qui jouent le jeu, Anderlecht est bon. Pour en revenir au match contre le Bétis, c'est vrai que ce sera un test révélateur. Le Sporting se cherche, je l'avoue, mais ce soir, on va savoir où on se situe. C'est le match clé du groupe. Et peut-être le match clé de la saison...

Revenons sur la courte défaite à Chelsea. Dans le club, c'était quasi une victoire, alors que dans la presse, c'était quasi un non-match. Avec le recul, nourrissez-vous des regrets ?

Aucun ! Je suis convaincu qu'on a joué comme il le fallait à Londres. Si on était sorti la fleur au fusil, Chelsea nous aurait laminés, comme il le fait chaque semaine en Angleterre. Il fallait rester groupés et tenter l'une ou l'autre sortie, comme Vanden Borre qui a tiré sur le poteau. Je retiens de ce match que le Sporting est capable de bousculer un grand d'Europe. C'est prometteur, il faut confirmer ce soir.

Qui va jouer dans les buts : Proto ou Zitka ?

Je ne suis pas entraîneur, mais manager. Mon avis personnel, c'est que Proto doit continuer jusqu'au match à Saint-Trond et après, on fera une évaluation, tout simplement. Les rumeurs qui disent que la direction impose à Vercauteren de faire jouer Proto sont fausses. Ici, c'est l'entraîneur qui fait l'équipe. Mais on a parlé avec lui, évidemment, pour sortir du psychodrame des gardiens de but, car je reste persuadé qu'on a deux bons portiers.

Venons-en au groupe de joueurs. La situation est un peu paradoxale : jamais vous n'avez eu un noyau aussi important, en qualité et quantité, mais il pourrait exploser en fin de saison !

Nous sommes conscients du risque : entre ceux qui vont arrêter, ceux qui sont en fin de contrat et ceux qui pourraient intéresser de grands clubs, plus de quinze joueurs sont concernés. C'est beaucoup. Et c'est pour cela qu'on prépare déjà activement... la saison prochaine. A ce propos, deux ou trois joueurs pourraient déjà arriver au mercato d'hiver.

Quelles sont vos priorités dans le recrutement ?

Un défenseur central capable de jouer à gauche. Un attaquant car avec Jestrovic, tout est possible à tout moment. Et un médian moderne, à la fois récupérateur et créatif.

On dit que vous explorez avec intensité le marché sud-américain. C'est vrai ?

Oui. Longtemps, on a cherché des joueurs en Scandinavie, mais les clubs anglais sont très présents dans ce secteur. L'Amérique du Sud, c'est un marché énorme. Mais il faut trouver la bonne filière et les bonnes régions. Cela va peut-être vous faire rire, mais c'est difficile d'attirer à Neerpede un joueur qui vit toute l'année à Rio de Janeiro...

On a l'impression qu'Anderlecht se professionnalise enfin au niveau du scouting...

Disons qu'on a commis des erreurs qui nous ont permis d'évoluer. Désormais, le Sporting n'achète plus un joueur sur cassette vidéo ou avec deux avis favorables.

Pourtant, Pujol, acheté à la fin du mois d'août, n'a pas encore joué une minute.

Pujol, c'est un transfert d'appoint, qui aura l'occasion de montrer sa valeur. La vérité, c'est qu'on était à deux doigts d'engager un attaquant argentin mais l'affaire a capoté in extremis. Pour avoir un 4e attaquant en cas de besoin, on a loué Pujol pour une saison, point final.

Côté départs, allez-vous pouvoir encore conserver longtemps Vincent Kompany ?

Sincèrement, c'est déjà un énorme exploit de l'avoir conservé jusqu'ici, on ne le souligne pas assez. Kompany a 19 ans, mais il a la maturité d'un homme de 30 ans. On prépare son départ. Il y a beaucoup de respect entre Vincent et le club. Son nouveau contrat de 5 ans en est la preuve. On sait que la saison sera décisive : Ligue des champions, Coupe du monde, tout cela jouera sur sa valeur, mais notre ambition, c'est que Vincent quitte Anderlecht pour un des 8 meilleurs clubs du monde, et par la grande porte.

Kompany et Tihinen qui partent en même temps, ce sera une petite catastrophe. Vous avez renoncé à convaincre le Finlandais de rester ?

Chaque fois que je le croise, je lui dis que mon bureau est grand ouvert pour lui ! Mais il s'est tracé une ligne : après 4 ans, il veut connaître autre chose. On doit respecter le choix de ce gentleman et c'est pour cela qu'on cherche un remplaçant. Ceci dit, Juhasz a déjà montré de très belles choses à Chelsea. Et je tiens à souligner les mérites de Mark De Man qui est en train de prouver qu'il est un joueur « pour Anderlecht ».

Quand allez-vous évaluer le noyau ?

Une réunion est prévue fin octobre. La direction et le staff définiront précisément leurs objectifs. Notre but, c'est qu'à la trêve, nous soyons fixés sur notre futur noyau et que chaque joueur sache à quoi s'en tenir : s'il peut partir, si son contrat sera prolongé, s'il doit rester.

LES ÉQUIPES PROBABLES

LES ÉQUIPES PROBABLES

ANDERLECHT

Réservistes. Zitka, Zewlakow, Traoré, Delorge, Hasi, Baseggio, Serhat, Lovré, Pujol, De Man (?).

Absents. Juhasz (pied), Van Steenberghe, Peersman, Gerk, Ehret, Mitu, Legear (non repris).

BETIS SEVILLE

Réservistes. Contreras, Melli, Nano, Castellini, Arzu, Capi, Xisco, Israël.

Absents. Edu, Luis Fernandez, Dani (blessures musculaires).

A savoir.

1. La grosse incertitude, c'est évidemment Vincent Kompany (voir par ailleurs). Mark De Man se tient prêt en cas de forfait (probable) du défenseur international.

2. Pour le reste, Vercauteren, comme d'habitude, n'a rien dévoilé de son plan de bataille et comme il nous réserve toujours une surprise, on peut s'attendre à tout. A priori, on retrouverait un 4-4-2 avec Jestrovic et Zetterberg dans l'équipe.

3. Le Betis devrait évoluer avec un seul attaquant (Oliveira) et un entrejeu renforcé, guidé par la vedette de l'équipe, Joaquin, convoité depuis plusieurs mois par les plus grands clubs.

4. Le stade sera comble. On n'attend qu'une centaine de supporters espagnols.

5. Anderlecht reste sur huit défaites d'affilée en Ligue des champions. Le dernier succès remonte à novembre 2003 (1-0 contre Lyon avec un but de Tihinen). (C. Be.)