Faites vos jeux

MAKEREEL,CATHERINE

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Jeudi 24 juillet 2008

Théâtre La Tournée des châteaux passe au Karreveld

Bruxellons s’ouvre avec le spectacle d’« Un petit jeu sans conséquence » pour enfin faire pétiller l’été.

CRITIQUE

Oubliez le 21 juin, l’été semble avoir débuté avec l’ouverture de Bruxellons ce mardi. C’est sous un ciel enfin clément que le festival accueillait une étape de la Tournée des châteaux du Théâtre des Galeries. De quoi faire pâlir de jalousie tous ceux qui se coltinent crachins et draches depuis juin. Un parfum estival qu’on n’imputera pas seulement à la météo mais aussi à Un petit jeu sans conséquence de Jean Dell et Gérald Sibleyras, vaudeville savoureux comme un pique-nique sur l’herbe, fraises à la crème comprises.

Du théâtre en bras de chemise et canotier mais non sans un soupçon d’acidité pour qu’on s’interroge sur la fragilité du couple. Avec ce « Petit jeu » de société, la Tournée des châteaux nous propose, pour la première fois depuis 32 ans, une pièce contemporaine. Et la recette s’avère tout aussi gagnante pour l’équipe. A croire que l’humour en plein air fait partie de son ADN.

Ecrin parfait avec son imposante silhouette, le château du Karreveld suggère cette demeure familiale, récemment vendue, où cousins et amis vont se retrouver pour une dernière fête. Lors de cette journée champêtre, un petit jeu secret dont les auteurs ne mesurent pas tout de suite la portée va secouer la torpeur.

Un vaudeville moderne

Claire et Bruno vivent ensemble depuis douze ans, affichant l’image d’un couple parfait. Agacée d’être comparés à ce couple d’acteurs croquant des biscottes au petit-déjeuner pour une pub télé, Claire feint, sur un coup de tête, s’être séparée de Bruno. Pour rire et, surtout, observer la réaction de leurs proches.

Un petit jeu pas tout à fait sans conséquences. La nouvelle va délier les langues, déterrer les secrets et attiser les convoitises. A l’image du frisbee censé détendre les convives, les passes amicales virent vite aux coups en traîtres et les manigances peuvent se prendre en pleine figure. Le frisbee devient boomerang, laissant certains sur le carreau.

Sans amants dans le placard ni portes qui claquent, ce vaudeville moderne vise une critique en règle des couples plan-plan et de leurs faux amis. Dirigés avec précision par Bernard Lefrancq, les comédiens font virevolter l’intrigue. Indéboulonnables piliers comiques, Pierre Pigeolet (dans le rôle de Bruno, amant attentionné mais trop mou) et Jean-Paul Clerbois (en cousin lourdaud mais hilarant) mènent la danse. Delphine Ysaye (Claire aux attentes amoureuses pas très claires), Bernard D’Oultremont (dragueur sans scrupule) et Angélique Leleux (la copine qui ramasse toujours les miettes) complètent cette chorégraphie bien huilée qui tourne pour une vingtaine de dates encore à travers la Wallonie.

Jusqu’au 1er septembre dans toute la Communauté française. Infos et réservations : www.trg.be

« Bruxellons ! » au Karreveld

Pas totalement désertées en été, les planches s’animent avec le festival Bruxellons ! au château du Karreveld à Molenbeek. L’évènement propose L’Ile des esclaves, rencontre très attendue entre Marivaux et la compagnie Chéri-Chéri pour un voyage au-delà des rivages. Pour le reste, on salue une sélection de reprises, toutes plus alléchantes. Pour ceux qui préfèrent les boules dans la gorge, on recommandera bien sûr les deux succès largement éprouvés d’Eric-Emmanuel Schmitt mais aussi le bouleversant Silence des mères, radiographie d’une relation mère-fille de Pietro Pizzuti, sacré meilleur auteur aux Prix du Théâtre 2006. Pour ceux qui préfèrent sentir leur gorge raclée par les rires, ne manquez pas Où sont les hommes ?, examen entomologique et comique du mâle au XXIe siècle, Histoire du tigre et autres histoires, seul en scène décapant de Hervé Guerrisi, ou encore Musée haut, musée bas et ses visiteurs drôlement inspirés entre photos de sexe et primitifs flamands. Voici le programme.

Où sont les hommes ?, de Patrice Mincke et Nicolas Dubois. Le 26 juillet et le 30 août.

L’Ile des esclaves, de Marivaux. Du 31 juillet au 32 août et du 4 au 6 septembre.

L’Ombre orchestre, de Xavier Mortimer. Les 5 et 6 août.

Histoire du tigre et autres histoires, de Dario Fo. Les 11 et 16 août.

Un petit jeu sans conséquence, de Jean Dell et Gérald Sibleyras. Le 18 août.

Le silence des mères, de Pietro Pizzuti. Les 19 et 20 août

Musée haut, musée bas, de Jean-Michel Ribes. Les 24 et 25 août, les 2 et 3 septembre.

Le mariage de Figaro, de Beaumarchais. Du 26 au 30 août.

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, d’E.E. Schmitt. Les 27 et 28 août.

Oscar et la dame rose, d’E.E. Schmitt. Les 10 et 11 septembre.

Bruxellons ! au château du Karreveld, 3 Av. Jean de la Hoese, 1080 Bruxelles ; 02-724.24.24 ; bruxellons.net.