Félicien Marceau se marre, ce sot

HAUBRUGE,PASCALE

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Mercredi 19 août 1998

Félicien Marceau se marre, ce sot

Ils ont beau être étiquetés «fables», les textes livrés par Félicien Marceau dans «La fille du pharaon» n'en restent pas moins riches de pirouettes de langage à teneur poétiquement ludique. La rime est de mise. Et les moralités se régalent de jeux de mots. L'humour sort souvent vainqueur de la bataille.

Demandez au silex, il en sait quelque chose. Car du fond de sa caverne, il est bien placé pour reconnaître que même les hommes préhistoriques sont Troglodytes pour être honnêtes. Fort de sa liberté à faire sortir les évidences de leurs gonds, l'écrivain donne ailleurs la parole à un Dieu bonasse, conscient qu'il faut bien que Genèse se passe. Et c'est astérisques et périls que «tu» entres dans un restaurant sans connaître exactement le nombre d'étoiles que ce dernier obtient au guide du bien-manger.

On se réjouit de voir Marceau en si bonne forme. Jongleur de vocabulaire, il amuse et amuse en cette série de courts textes qui aèrent l'esprit. C'est sans prétention, envolé et expert. Et si quelques rimes se paient de - rythmes sans toujours trouver sens à leur pied, l'ensemble a la fantaisie pour allié.

L'absurde n'est jamais loin, et c'est tant mieux. L'intelligence agence les ruades et les boutades. Et la fable à son terme a la courtoisie de paraître plus qu'un nez au milieu du visage. On ne cherchera ni recettes existentielles ni prouesses métaphysiques dans ce recueil atypique. A chaque fable suffit sa verve. Le ton est à la blague. Et l'on s'en porte bien, à condition de se prêter au jeu.

Histoire de tâter les biscoteaux verbaux de ce Félicien Marceau, voyez plutôt:

Un jour, à Tripoli,

Avec un jeune homme très poli,

Une belle Maure

Alla, le soir encore,

Sur la grève

Donner forme à ses rêves.

Elle y prit froid

Et s'alita

Permettant ainsi

A cette fable, mes amis,

De finir à point nommé

Par une Maure alitée.

On sent l'écrivain ravi de secouer à sa guise l'arbre vocabulaire afin de faire tomber sur la page quelque fruit bien senti. Mettant avec entrain ses plaisanteries en musique, il préfère l'impair au prévu. De telle sorte que «La fille du pharaon» a les appâts piquants de la dérision espiègle. A lire comme un petit farceur pour désosseurs de langage. Mais la notice d'usage a été confisquée. A chacun de trouver la clé des moralités. La phonétique, pratique, aidera le lecteur déconcerté à se réorienter. A expérimenter.

P. He

Félicien Marceau, «La fille du pharaon», Mercure de France, 82 pp., 476 F.