Félix l’espiègle suture et reprise

LEGRAND,DOMINIQUE

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Mardi 9 décembre 2008

Arts Monographies à la Médiatine

Epingles, perforatrices, ciseaux, PVC, papier. Chez Benoît Félix, ce n’est pas tant le fil qu’il faut regarder mais le fil du dessin découpé, le dessein à chaque fois surprenant, ces fragiles incarnations de lignes tantôt tendues à un fil, tantôt en douce avalanche sur le sol. Benoît Félix est un elfe du papier et du ciseau. D’ombres, traits, découpes et pièges, ses installations s’écoulent dans l’espace.

Confrontée aux murs blancs et bruts, à cet espace labyrinthique de La Médiatine, l’œuvre déploie tous ses possibles, son autonomie, ses pièges relationnels, ce treillis qui trame le désir du lien. Fidèle à sa technique qui piste les incertitudes du mouvement, c’est au scalpel et aux points de suture que l’artiste, -né à Bruxelles en 1969, aujourd’hui vivant et travaillant à Lustin –, met en tensions ciselées ses légères allégories.

Il y a Incarnation- une seule ligne, Il n’y a pas de rapport, Un filet d’encre, Chose fendue – pente chosée…, des contrastes de jeux et matières où l’ombre n’est pas le troisième couteau. Cette ombre révèle les tensions, les chutes au sol, la pesanteur, la détente, l’espace-temps quasi arachnéen.

Peaux ou squelettes, lanières de vide, chaque œuvre minimaliste impose sa plénitude d’adresse, sculptant l’espace dans une extrême pauvreté de moyens.

« Le cutter est son pinceau, écrit Yves Depelsenaire, philosophe et psychanalyste qui interroge l’œuvre dans le dernier cahier des Monographies éditées par la commune de Woluwe-Saint-Lambert. Il y a ce qu’il n’y a pas, c’est ce qu’il ne cesse de nous montrer. Vers où nous conduira à présent Benoît Félix à travers différences et répétitions ? Je l’ignore, mais la nécessité interne qui oriente son travail est si certaine qu’elle ne peut réserver qu’heureux avatars, crises fécondes, trouvailles imprévisibles. »

A cette matérialité évanescente qui déjoue si subtilement les évidences, La Médiatine oppose le propos très carré de Xavier Mary (Liège, 1982), prix 2008 de la Jeune Sculpture de la Communauté française. Ses lourds et prégnants modules tentent aussi de gagner en autonomie… Les motifs exposés également au Wiels (Un-Scene) dégagent un bidouillage technologique circonscrit en signes graphiques de grande amplitude. Violence des formes, jubilation d’énergies, volumes paranoïaques dégagent un autre versant de la sculpture actuelle, proche de l’architecture sonore et futuriste.

Monographies d’artistes, La Médiatine, 45 chaussée de Stockel, 1200-Bruxelles, jusqu’au 21 décembre. Tél.02-761.60.29, www.centreculturel.be/woluwe.