Fernand Khnopff à Bruxelles : le grand retour Fabuleuse rétrospective du maître du symbolisme belge, dès vendredi au Musée d'Art ancien « J'ai découvert un artiste » Star-système, selon monsieur K. Espaces sacrés : aux racines de l'âme Symbolisme ? Le reflet de l'idée La Monnaie tourbillonnante Budget Aux Etats-Unis Inspiration Khnopff et les siens Acquisitions PRATIQUE

LEGRAND,DOMINIQUE; FRICHE,MICHELE

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Mercredi 14 janvier 2004

Fernand Khnopff à Bruxelles : le grand retour

Fabuleuse rétrospective du maître du symbolisme belge, dès vendredi au Musée d'Art ancien DOMINIQUE LEGRAND

Peinture fraîche, élévateurs, électriciens... Toutes les salles du Musée d'Art ancien qui s'apprêtent à accueillir à Buxelles, du 16 janvier au 9 mai, la très attendue rétrospective Fernand Khnopff (1858-1921) ont déjà revêtu leur parure symboliste dans un nuancier reprenant les teintes mates et soutenues des salons bourgeois de l'époque. Peintres et menuisiers peaufinent les moulures et les socles qui ponctueront l'espace, vecteur d'imprégnation artistique.

Une semaine avant le vernissage, on travaille en musique, avec Fauré ou Debussy en fond sonore. La tension monte dans une ambiance bon enfant, au sein d'une scénographie harmonieuse qui relève l'incroyable défi de présenter toutes les oeuvres majeures du chef de file du symbolisme belge. Point de départ de la monographie : la collection du musée d'Art ancien, comme ce fut le cas pour les rétrospectives précédentes, de Magritte à Delvaux en passant par James Ensor.

Commissaire de l'événement au même titre que Dominique Maréchal et Gisèle Ollinger -, Frédérik Leen attend le signal qui lui annoncera « l'arrivée des Etats-Unis ». Une sonnerie retentit. C'est un autre Khnopff qui attend son visa : pour chaque tableau, sculpture, gravure, dessin ou photographie, il faut dresser un constat d'entrée. Un convoyeur, souvent le conservateur chargé de vérifier les conditions de transport, l'état de la toile à son arrivée, les conditions d'exposition, accompagne le précieux colis qui doit encore impérativement s'acclimater pendant 24 heures avant dêtre accroché aux cimaises.

Nous débutons généralement l'accrochage, étape finale à notre niveau, deux semaines avant l'ouverture, précise Frédérik Leen. Trêve des Confiseurs oblige, la situation est un peu plus serrée pour les envois provenant des grandes institutions étrangères. Tout se bouscule cette semaine. Heureusement, les collectionneurs privés ont bien compris le problème et ont laché leurs Khnopff un peu plus tôt. De leur côté par contre, il faut souvent pallier une autre optique : les couleurs des cadres ou les passe-partout inesthétiques...

Dans les salles en chantier feutré, nombre de tableaux reposent au sol sur des coussins de mousse. Se dégage des superbes cadres d'origine créés par Khnopff lui-même, le mystère voilé, inquiétant et envoûtant. La magie joue déjà.

Si la scénographie linéaire progressera en sériant les grands thèmes chers à l'artiste, -la femme, Bruges, Fosset, les reflets, la photographie-, comment un commissaire procède-t-il à l'accrochage final ? Toutes les oeuvres doivent être là pour qu'on attaque une salle. On s'y met ce week-end, samedi et dimanche plus personne ne vient nous déranger et on peut travailler jusque 23 heures ou plus s'il le faut. Qu'une oeuvre nous parvienne trop tôt n'avance à rien, et c'est même dangereux pour sa conservation. Donc, tout à la dernière minute ! Pratiquement, chaque salle recèle « son » oeuvre générique. On l'accroche en premier parce qu'elle donne le ton narratif de la salle. Ensuite, tous les tableaux satellites vont se mettre en place d'eux-mêmes. Il faut encore vérifier les cartels, réécouter l'audioguide pour vérifier les numéros des tableaux, rehausser l'un qui s'appuie trop sur une moulure, même si c'était la mode au début du siècle.

Jusqu'à présent, la réception réserve de bonnes surprises. On redécouvre des oeuvres de grande qualité, certaines connues uniquement par la photo ou le catalogue raisonné de Gisèle Ollinger qui, depuis 40 ans, a toujours suivi Fernand Khnopff.

Remporter le pari de rassembler un tel ensemble (280 oeuvres) fut un travail de longue haleine, lancé depuis plusieurs années. Tel cet avis de recherche envoyé aux collectionneurs, voici un peu plus de 2 ans. Il y a des choses qui sont sorties, et encore il y a 2 semaines. C'est passionnant ! Les collectionneurs dispensent un véritable engagement pour l'artiste.

Les coups de maître font aussi le succès de l'événement. Un collectionneur américain vide tout son appartement pour nous, de très belles pièces, raconte avec enthousiasme Dominique Maréchal. C'est un collectionneur exclusif de Khnopff. Je suis allé plusieurs fois chez lui avant d'obtenir les prêts. Par une fenêtre, je voyais Bruges ! J'ai dû grimper sur son lit pour expertiser « Le Requiem ». C'est vraiment grâce à l'envergure de l'exposition que tout s'est si bien passé.

Et quand le happy end clôt le suspense ? Comment savoir ce qui déclenche la décision de prêt ? Une institution ne se dessaisit pas de gaieté de coeur du tableau qui fait le succès de sa collection symboliste. C'est le cas du musée de Munich, reprend Frédérik Leen avec un sourire non dissimulé. L'institution possède une oeuvre phare : « I lock my door upon myself » . J'ai requis le prêt il y a 3 ans. Le directeur général des musées de Munich était d'accord ; le directeur de la Pinacothèque, non. Vu son importance, nous avons décidé d'inclure quand même le tableau dans notre catalogue, dans un chapitre à part, puisque l'ambition est de dresser le panorama complet de l'oeuvre. Et tout à coup, il y a un mois, un simple e-mail arrive, sans motivation apparente : l'oeuvre est disponible. On a fêté cela ! Pourquoi ce revirement ? Plusieurs personnes sont intervenues en Allemagne, à des degrés divers. On a aussi développé des stratégies particulières. Dont nous ne saurons rien...

L'aventure de la mise en scène de l'absence démarre pour le public ce vendredi. Mais nos commissaires referment la parenthèse : On pense déjà au romantisme, notre prochaine grande exposition en 2005, et aussi à Panamarenko!·

« J'ai découvert un artiste »

Frédérik Leen porte avant tout la casquette de chef de département d'art moderne. Dans son bureau, place du Musée, quelques dictionnaires de la peinture belge « de A à Z ». Un vieil album de « Tintin et le Lotus bleu », pour faire patienter les visiteurs.

Au terme de sa mission, quel est le bilan d'un spécialiste... de l'art minimal ? C'est fascinant. J'ai découvert un artiste ! On a une vision assez fraîche de Khnopff. Ce qui m'a permis de découvrir sa modernité à travers cette maîtrise du vide, des aspects structurels plus que narratifs. Khnopff est un grand structuraliste, un homme éminemment rationaliste. Grâce à leurs spéculations, les mathématiciens ne sont-ils pas les êtres qui vivent le plus la tête dans les nuages ? Les tableaux de Khnopff sont construits comme des théorèmes, avec des axes géométriques très forts, des horizons différents, des vues en miroir. Toute son oeuvre ne dit qu'une chose : on ne peut plus percevoir le monde comme une entité (ce que font les préraphaélites). Chez lui, le montage de fragments de mémoire partage l'expérience directe et l'expérience réfléchie.·

D.L.

Star-système, selon monsieur K.

DOMINIQUE LEGRAND

La vie de Fernand Khnopff demeurera une énigme, en dépit de toutes les rétrospectives et tout catalogue raisonné. Tant mieux, sourit Frédérik Leen. Il ne voulait pas qu'on explique tout. De son vivant, il a tout fait pour entretenir et protéger le plaisir acide du mystère. J'ai lu un compte rendu d'une exposition de 1898 où le journaliste dépeignait Khnopff entouré d'une cour de jeunes artistes en pâmoison. Il était accueilli partout comme un prince, un prince secret et énigmatique répondant aux questions de manière la plus fantasque, livrant des explications qui pouvaient correspondre à tout et à rien !

Star de l'inaccessibilité, dandy décadent en haut col blanc qui ne cesse d'interroger la disparition et la figure de la femme ? Fernand Khnopff, hanté par l'icône de l'ange-catin, fait de toute sa vie un voyage organisé vers le mystère, au gré de spectres distants, dans d'obscures clartés nimbées de gaze. Quand loin des grandes machines symbolistes, l'intellectuel et raisonneur monsieur K. réveille l'éternité immobile du symbolisme, « subtil creuset dans lequel sensation et sentiment fusionnent ».

Si l'on dispose de très peu de sources quant à la vie du chef du symbolisme belge, on peut se poser toutes les questions imaginables. D'abord, existait-il beaucoup d'archives ? La plupart de ses documents personnels, carnets, notices, ont disparu dans l'incendie du château. Les musées de Bruges détiennent quelques archives, mais ces documents concernent surtout la famille Khnopff. N'aurait-il pas effacé lui-même des traces de sa création ?

A Bruxelles, sa maison de l'avenue des Courses où il avait son atelier à la grande vasque de marbre blanc, « Temple du Moi », a été détruite après sa mort, à Bruxelles en 1921 : seules subsistent des photographies présentées d'ailleurs au sein de la rétrospective monographique. L'artiste s'est consacré au projet de sa maison personnelle dès 1900, dessinant lui-même les plans, concevant la décoration, le schéma de couleurs. Refusant le lyrisme Art Nouveau qui fleurit à Bruxelles, l'artiste penche vers le structuralisme géométrique de Joseph Hoffmann.

Dans le miroir tronqué des souvenirs, même si l'on enregistre sa naissance officielle dans le château familial de Grembergen (près de Dendermonde) le 12 septembre 1858, l'artiste singulier « naît » à Bruges, ville morte de Georges Rodenbach, où il collecte les images primordiales dans la solitude du rêve et de la prime enfance.

En 1864 naît sa soeur Marguerite, le modèle dominant le cercle d'or des femmes fatales. Installés à Bruxelles dans un hôtel de maître de la rue Royale, les parents du jeune Khnopff le poussent vers des études de droit. Il lit Flaubert, Baudelaire, Leconte de Lisle, avec passion. Et abandonne tout rêve de toge pour effectuer son apprentissage dans l'atelier de Xavier Mellery et à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. Il séjourne régulièrement à Paris, découvre l'art de Delacroix, Ingres, Moreau et Alfred Stevens. En 1883, il est parmi les membres fondateurs du mouvement Les XX, et expose régulièrement aux salons de La Libre Esthétique, deux groupes d'artistes progressistes. Khnopff rencontre Emile Verhaeren et Joséphin Péladan de la confrérie ésotérique La Rose + Croix.

A partir des années 80, il participe à des expositions en Angleterre, occasion de rencontrer les préraphaélites Burne-Jones, Hunt, Watts et consorts. Artiste prolixe, il expose pas moins de 21 oeuvres lors de la première exposition de la Sécession de Vienne, en 1898. L'événement confère à Fernand Khnopff une réputation internationale et fait forte impression sur Gustav Klimt.

De 1903 à 1913, Khnopff réalise des décors et des costumes pour le Théâtre royal de la Monnaie. Il reçoit deux commandes importantes : une peinture de plafond pour la maison communale de Saint-Gilles et les décorations murales de la salle de musique du palais Stoclet.

Artiste aux talents multiples, Khnopff ne se contente pas de l'huile et du pastel, il pratique la gravure, la sculpture, la photographie, rehaussant au pastel les photos de ses propres oeuvres qu'il signe ensuite, comme des originaux. Star-système !·

Espaces sacrés : aux racines de l'âme

Les années de jeunesse, le temps des vacances ont eu un impact fondateur sur la personnalité et le langage figuratif et poétique.

Bruges. Fernand Khnopff passe ses années d'enfance à Bruges (1859 - 1864) où son père est nommé procureur du Roi. Sur la Langestraat, la demeure familiale se mire dans le Reie. L'eau mystérieuse coule à portée de main d'un garçon farouche, « si attaché à la solitude qu'il ne dépassait jamais les remparts de la vieille ville silencieuse sauf alors à la nuit tombante » (Pol De Mont). Son oeuvre montre que l'atmosphère toute particulière de la ville décadente lui a laissé une impression fondatrice. « Une ville abandonnée » (1904), quelques façades à pignons, une place vide noyée dans la brume, une vague magrittienne se retire, emportant peut-être la statue de Memling auquel Khnopff regrettait tant qu'on le compare, « une ville de rêve et de raffinement dont le charme demeurait secret,... une poussière de passé y baignait toute chose et la vie moderne semblait s'arrêter au seuil de ses portes » (F. Khnopff).

Fosset. Petit village des Ardennes belges, entre Bastogne et Saint-Hubert, où les Khnopff passent les mois d'été. Khnopff a 15 ou 16 ans lorsqu'il fait en 1874 ses premières esquisses d'après nature d'« un paysage silencieux de bruyères et de bois étendus sur de longues collines ». « A Fosset. Sous les sapins » (1894) est l'un des plus séduisants paysages de Khnopff. L'oeuvre se situe dans une série de vues de la nature que l'artiste peignait dans les environs de la maison de vacances familiale. Le but n'est pas tant de reproduire un paysage observé avec la vérité du photographe que de suggérer le silence et la solitude comme expression d'indicibles émotions de l'âme.·

D.L.

Symbolisme ? Le reflet de l'idée

DOMINIQUE LEGRAND

Le terme éclate en France. Le 18 septembre 1886, Jean Moréas publie dans « Le Figaro » son manifeste « Le symbolisme ». Objectif ? « Vêtir l'Idée d'une forme sensible ». L'oeuvre d'art sera donc symboliste puisqu'elle exprimera cette idée par des formes sensorielles. Aux côtés de la ligne et de la courbe, la couleur se signale dans la lignée de Delacroix, particulièrement habilitée à parler directement à l'âme. Réagissant contre le réalisme visuel des impressionnistes, les symbolistes vont engager de pair une protestation contre l'industrialisation, puisant leur inspiration dans les légendes, la littérature, la religion, l'occultisme. L'élégance quelque peu décadente qui frappe le symbolisme marque de son sceau un autre mouvement qui inonde l'Europe : l'Art Nouveau (affiches de Mucha, bijoux de Lalique, etc).

Depuis le symbolisme, le penchant pour l'inexprimé, voire ce qui est réputé inexprimable, va conférer à l'obscur un étrange prestige, une sorte de valeur en soi. De cette rupture avec l'équivoque réaliste, de l'énorme craquement de la Première guerre mondiale, naîtra le mouvement surréaliste, comme organisation de l'absurde.

Partageant une attitude plutôt qu'un style, le symbolisme joue un rôle essentiel en France et en Belgique, en signant la ruine d'une foi aveugle dans l'évidence des réalités concrètes. A travers des langages très divers, les centres de gravité vont donc osciller entre Paris, Bruxelles, Vienne (Klimt, Hoffmann et la Sécession), Londres (Burne-Jones et les préraphaélites), gagner les pays scandinaves, Prague, l'Italie et l'Espagne.

Qu'est-ce qui fait courir cette nébuleuse dans une Europe secouée par la naissance des mouvements sociaux, l'anarchisme, la floraison mystique et ésotérique, les nationalismes ? Suggérer et non décrire, dans une esthétique qui abandonne toute description littérale au profit d'une médiation entre réel et idéal. L'art pour l'art.

Méthode d'apprentissage, l'oeuvre est forcément hermétique, chiffrée, offerte à la multiplicité des interprétations. Dans un contexte général marqué par le pessimisme, l'Art et le Rêve apparaissent comme les seules valeurs refuges.·

La Monnaie tourbillonnante

MICHÈLE FRICHE

Consacrée à l'histoire du Théâtre Royal de la Monnaie, l'élégante et érudite collection des Cahiers du Gram (Groupe de Recherche en Art Moderne, ULB) s'est enrichie d'un nouveau volume, « la Monnaie symboliste », dirigé comme les autres et avec la même pertinence érudite et captivante par Manuel Couvreur et Roland Van der Hoeven. Que la Monnaie ait été à la pointe de la modernité entre 1880 et 1914, sous les directions de Stoumon/Calabresi et Kufferath/Guidé, qu'elle ait damé le pion aux maisons lyriques parisiennes, avec une quantité de créations symbolistes et wagnériennes (en français), le fait n'est pas une révélation.

Mais l'intérêt de cette étude va bien au-delà, en plongeant au coeur de ces productions, en détaillant leurs sources, avatars et réceptions - de quoi nous plonger dans un processus souvent passionnant dont l'histoire ne retient en général que la conclusion. Le livre croise tous les fils d'une pelote d'effervescence artistique très dense ! Le Belge Albert Mockel ne fut-il pas le théoricien du symbolisme ? Ce mouvement ne mêle-t-il pas écrivains, peintres, décorateurs, musiciens, compositeurs-poètes, critiques ? Ne célèbre-on pas, en ce temps-là, le règne de l'oeuvre d'art totale, héritée de Wagner ? Pour un Khnopff, par exemple, l'opéra de Bruxelles est le lieu idéal de sa réalisation. Dans les premières années du XXe siècle, l'artiste n'a cessé de hanter ses couloirs (et le charme d'une des cantatrices, Rose Caron, n'y était pas pour rien), de dessiner des costumes, d'imaginer des décors pour la scène bruxelloise, pour ses créations (« Le Roi Arthus », 1903, par exemple) comme pour ses reprises d'oeuvres inspiratrices des « modernes », Mozart (« La Flûte enchantée »), Weber (« Le Feischutz »), Gluck (« Alceste »), Berlioz (« Damnation de Faust », « les Troyens », « l'Enfance du Christ ») et finalement d'esquisser ce que sera un vrai metteur en scène ! Cette fois

encore, M. Fernand Khnopff a été consulté pour les costumes, les tons, l'ensemble de la représentation pittoresque. (Création bruxelloise de « Pelléas et Mélisande » à la Monnaie, 1907, in l'Eventail).

Vous apprendrez bien des choses sur Maeterlinck, l'un des « quarante Chevaliers du Saint-Graal », qui participe à la rédaction de la revue « Le Saint Graal », catholique, idéaliste, mystique et wagnérien.

Pas d'historicisme ascétique dans cet ouvrage (ce serait mal connaître leurs auteurs, aussi gourmands de concret qu'ils n'ont d'idées en tête !) mais une foule d'illustrations, mêmes petites, insérées au fil du texte, et autant d'extraits de correspondances, de critiques dont un certain nombre inédites. Sont ainsi saisies à vif les créations de « Fervaal » de d'Indy, du « Roi Arthus » de Chausson, de « Gwendoline » de Chabrier, d' « Eros Vainqueur » de Lorrain et Bréville, de « Pelléas et Mélisande » de Debussy. Sont quadrillées de la même manière la plus discrète carrière du compositeur Gabriel Dupont, les quatre cent coups de la « Bohème espagnole » à Bruxelles, dont fit partie Isaac Albéniz, non pas seulement pour les anecdotes, mais surtout pour comprendre quel rôle les professeurs (souvent chefs de pupitre à la Monnaie) et le directeur du Conservatoire de Bruxelles, François-Auguste Gevaert, avaient joué dans l'éclosion artistique de ce tournant de siècle. Un autre chapitre montre comment les innovations techniques de la salle et les débats d'esthétiques se sont mutuellement excités, l'électricité côtoyant le gaz pour l'éclairage... Et l'on sait de quel poids les symbolistes chargeaient les lumières !

Et puis, cerise sur le gâteau, Paul Aron, communique son plaisir à dévoiler une belle série de parodies et pastiches suscités par les écrivains et musiciens symbolistes... Moquerie ou hommage ? Connaissez-vous « Le prince malin, la princesse malsaine » ou encore « Idrofile et Filigrane », à la manière de Maeterlinck et de Debussy ? Et ce « Pelle Jas et Mélie Cendre » paru dans la Gazette de Bruxelles ? Il y a du pré-Toone là-dessous !·

« La Monnaie symboliste », Cahiers du Gram, Université Libre de Bruxelles, 2003.

Budget

Un million et demi d'euros (et un budget assurances exponentiel), équilibré uniquement par le sponsoring (15-20 %), le nombre d'entrées, les nocturnes, les ventes de catalogues et produits dérivés. On est vraiment des entrepreneurs ; il faut tout générer, relève Frédérik Leen. On s'investit en extrapolant, car, malgré la crise, les gens n'arrêtent pas de voyager, de visiter des expositions ! (D.L.)

Aux Etats-Unis

Un sacré défi dont la relève est entachée d'un abandon et d'une collaboration de taille en cours de route : Le Musée de Montréal a été obligé de mettre un terme à son partenariat, pour des raisons purement économiques, regrette Dominique Maréchal. Jeffery Howe, du Boston College, a aussitôt offert son aide pour proposer le projet au McMullen Museum of Art, à Boston. L'exposition Khnopff prendra le chemin des Etats-Unis, fin 2004. (D.L.)

Inspiration

Une scénographie ne se construit pas sans référents. Pour que le public soit immergé dans l'air du temps, les commissaires font appel à toutes les techniques décoratives. Teintes d'époque, mais aussi copie des papiers peints créés par le décorateur et poète utopiste anglais William Morris. La dernière salle du parcours est une surprise de choix : une seule oeuvre y prend place en majesté, « L'art » - ou « Des caresses » (1896). L'énigme de l'androgynie est mise en scène sur une décoration murale géométrique, directement inspirée en ses carrés d'or et ses blancs d'une scénographie de 1908 du sécessionniste autrichien Josef Hoffmann, l'architecte du palais Stoclet. (D.L.)

Khnopff et les siens

Un Mondrian pour le moins inattendu se prête à la confrontation khnopffienne ! Tous les thèmes chers à Khnopff se retrouvent confrontés à des oeuvres choisies de Klimt, Burne-Jones, Rossetti, von Stuck, Gustave Moreau. (D.L.)

Acquisitions

En l'espace de 4 ans, les Musées royaux des beaux-arts ont acquis pas moins de trois nouvelles oeuvres de Fernand Khnopff : une photo rehaussée et deux tableaux de première importance, « A Fosset, sous les sapins » et le « Portrait de Marguerite Landuyt ». (D.L.)

PRATIQUE

Exposition Fernand Khnopff. Musées royaux des beaux-arts de Belgique : Musée d'art ancien, 3, rue de la Régence, 1000 Bruxelles.

Dates. Du 16 janvier au 9 mai 2004.

Horaires. Du mardi au dimanche de 10 heures à 17 heures. Nocturne le vendredi jusqu'à 21 heures. Fermé le lundi et le 1er mai.

Droits d'entrée. Individuel : 9 euros. Gratuit pour les enfants de moins de 13 ans accompagnés d'un parent. Seniors : 6,5 euros. Groupes : 6,5 euros/personne. Groupes scolaires : 2,5 euros par élève et par accompagnateur.

Réservation et achat des billets. Musée d'art ancien. Billetterie par téléphone : 070-22 30 20. Via internet : www.expo-khnopff.be. Via la Fnac par téléphone au 0900-00600 et dans les magasins Fnac. Groupes scolaires : réservation auprès du service éducatif et culturel par téléphone, 02-508.35.99.

B-Excursions. Billet train + entrée en vente dans toutes les gares belges.

Audioguide. 4 euros, en location à l'entrée de l'exposition.

Publications. Catalogue illustré : 30 euros. Guide du visiteur : 2,5 euros. Dossier pédagogique sur www.fine-arts-museum.be. Pour les plus jeunes : « Le secret de Fernand Khnopff ».

Renseignements. Tél : 02-508 32 11. Internet : www.fine-arts-museum.be. E-mail : khnopff@fine-arts-museum.be.

Autour du symbolisme. Deux expositions au palais des Beaux-Arts de Bruxelles. « Photographie et peinture au XIXe siècle », du 27 février au 16 mai. « Rimbaud (1854 - 1891). Une saison en enfer », du 27 février au 16 mai.