FESTIVAL DU CINEMA AFRICAIN DE BRUXELLES, 2E EDITION, IMAGES D'HOMMES ET CRIS DU COEUR DE L'AFRIQUE
BRADFER,FABIENNE
Page 9
Samedi 17 juin 1995
Festival du cinéma africain de Bruxelles, 2e édition
Images d'hommes et cris du coeur de l'Afrique
Comment rêve-t-on au-delà de nos frontières ? Quel imaginaire fait s'envoler les esprits d'ailleurs ? Sur quel cheval fictif peuvent voyager les cinématographies du Sud ? Où trouver d'autres valeurs qui ne sont point matérielles ? Qui est l'autre ?
Pour répondre à ces questions et faire bouger notre horizon cinématographique, rendez-vous au palais des Beaux-Arts de Bruxelles, pour la 2e édition du Festival du cinéma africain, organisé par Diaspora Productions.
Cette manifestation, qui se déroule jusqu'au 23 juin, garde la même préoccupation : rencontrer l'Afrique, les Antilles, les Caraïbes et le Pacifique à travers des images conçues par ces contrées, des images qui reflètent leur perception du monde et leurs aspirations. Elle se situe également dans le contexte développé au dernier Festival panafricain de Ouagadougou (Fespaco 1995), qui, centenaire du cinéma oblige, eut comme thème «Cinéma et histoire ».
SEMAILLES D'HISTOIRE
Le cinéma apparaît en Afrique peu après son invention. Mais le continent africain est tout d'abord un cadre de tournage pour les cinéastes européens. En 1897, une mission cinématographique belge tourne au Congo des films présentés la même année à l'Exposition internationale de Bruxelles. Cela inaugure une série de productions à caractère essentiellement ethnologique.
Dès les années 30, les missionnaires belges tournent des films spécifiquement destinés au public africain. Ainsi, jusqu'aux indépendances, ces cinéastes ecclésiastiques mènent une production religieuse et colonialiste qui ouvrira la voie aux premiers cinéastes africains.
Depuis, heureusement, le 7e art d'Afrique a grandi. En 1970, la Fédération panafricaine des cinéastes crée, à Ouagadougou, en Haute-Volta, un festival qui se donne comme objectif de favoriser la diffusion des films africains, de réunir les cinéastes et de contribuer à l'essor du cinéma sur le continent noir.
Vitrine des créations, le festival révèle de vrais créateurs. Aujourd'hui, le cinéma africain a atteint une maturité. Les films de Souleymane Cissé, d'Idrissa Ouedraogo, de Gaston Kaboré ou de Djibril Diop Mambety sont là comme beaux témoignages et passent le relais à ceux de demain.
CLÉS PREMIÈRES
Le programme 1995 des Cinémas d'Afrique, présenté à Bruxelles, est alléchant et diversifié. Une dizaine de longs métrages, des courts métrages, un colloque sur «Films ACP : quels créneaux de diffusion ?», la publication d'un petit journal pendant toute la durée du festival, des rencontres avec les cinéastes comme Souleymane Cissé, Idrissa Ouedraogo, Guy Deslauriers ou Issa Traoré.
Ouvrons quelques portes filmiques d'une partie des oeuvres présentées. Ce qui suit n'est que clés premières d'une petite entrée. À vous, ensuite, d'emprunter les chemins de la fiction et trouver d'autres clés pour décoder les images d'hommes et les cris du coeur de l'Afrique.
L'ouverture du festival est revenue à «Guimba», du Malien Sissoko. Le cinéaste confie au griot le soin de dresser le portrait d'un tyran féticheur au pouvoir sans limite (une métaphore faisant penser au général Moussa Traoré, dictateur malien renversé en 1991).
Il est également question de griot dans le conte «Keita, de bouche à oreille», de Kouyaté. En effet, en racontant l'histoire d'un vieux fabuliste chargé de révéler à un enfant de la ville l'origine de ses ancêtres, Kouyaté s'interroge sur le rôle des conteurs traditionnels, devenus chanteurs de louanges et ayant perdu le sens premier de leur art (le 22, à 20 h 30).
Embarquement pour le Tchad avec «Un taxi pour Aouzou», d'Issa Serge Coelo, afin d'y vivre une journée de la vie d'Ali Mahammat Nour, chauffeur de taxi. Cette trame est prétexte à une visite de la capitale tchadienne encore traumatisée par les années de conflits (le 18, à 15 h 30). Le Sénégalais Diop Mambéty signe «Le Franc», une fantaisie où l'occidentalisation du quotidien et la vénération du dieu argent se conjuguent avec les appels à la prière des muezzins dans une ville paupérisée par la dévaluation de la monnaie (le 18, à 17 heures).
Idrissa Ouedraogo (Burkina Faso), réalisateur des très poétiques «Yaaba» et «Tilaï», nous ramène en France, où le jeune Moctar, qui vient de quitter son village, son Afrique et son grand-père malade, rencontre Paulo, un homme de 50 ans, qui l'aidera à domestiquer ses peurs et à affronter l'hyène qui le hante. Ce «Cri du coeur» (le 18, à 21 heures) est également joué par Richard Bohringer.
COMME LE VENT...
Michael Raeburn a composé un conte musical pour dire, avec le sourire, les problèmes du Zimbabwe dans «Jit » (le 20, à 20 h 30). L'Afrique, c'est aussi Albert Schweitzer, cet Alsacien précurseur de l'aide humanitaire. Le Camerounais Bassek Ba Kobhio, dont on connaît déjà «Sango Malo», raconte les vingt dernières années de la vie de cet illustre Blanc avec une sensibilité d'Africain. Son histoire s'appelle «Le Grand Blanc de Lambarene (le 23, à 19 heures).
Retenu en compétition à Cannes, «Waati», du Malien Souleymane Cissé, le réalisateur de «Yeelen», retrace l'itinéraire d'une jeune fille, Nandi, depuis l'âge de six ans, dans une Afrique du Sud en plein apartheid. Ce film, qui montre une Afrique loin des clichés tiers-mondistes, encore en plein chaos mais qui a un «devenir», clôturera le voyage (le 23, à 21 heures).
Maintenant à vous d'embarquer pour les Cinémas d'Afrique tout en sachant, comme on l'entend dans « Keita», que l'histoire, tout comme le vent, ne s'arrête jamais.
FABIENNE BRADFER
Festival du cinéma africain de Bruxelles, jusqu'au 23 juin, au palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Rens. 02-507.82.00.
Le colloque «Films ACP : quels créneaux de diffusion ?» se déroule le 17 juin, à 10 heures, hôtel Ibis, Sainte-Catherine (Bruxelles).
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