FESTIVAL: LES REALISATEURS-PRODUCTEURS AU CRENEAU

DE DECKER,JACQUES

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Mardi 19 janvier 1993

Les réalisateurs-producteurs

belges au créneau

Nouvel an oblige: l'association des réalisateurs-producteurs change de sigle, et se donne un coup de frais. Anciennement appelée ABPRF (Association belge des producteurs et réalisateurs de films), elle se dénomme désormais ARPF (Association des réalisateurs et producteurs de films), abandonnant l'adjectif belge sous prétexte que le nouveau label se traduit de lui-même, et inversant l'ordre des fonctions pour bien marquer que les réalisateurs ont droit à la priorité, l'important, dans le processus cinématographique, étant la création, les moyens économiques devant se mettre à leur service, et non le contraire.

Telles sont les bonnes intentions que Yves Hanchar, le nouveau président, a exprimées au cours d'une conférence de presse où les quarante-deux membres de l'association étaient largement représentés, ce qui permit de constater qu'ils étaient plus que majoritairement francophones (Les Flamands sont trop individualistes pour se grouper, fut-il invoqué). Ils ont pu énumérer quelques priorités, notamment celle d'introduire plus de déontologie dans les rapports professionnels, plus de transparence dans les opérations financières, et de diffuser une information plus large sur les techniques de financement, aux différents degrés décisionnels, qu'ils soient nationaux ou internationaux.

L'ARPF, dont les initiales ressemblent fort à celles de l'ARP, son homologue français, compte faire bloc et agir comme groupe de pression à tous les échelons. Elle marche l'amble avec l'Association des Professionnels de l'Audiovisuel, qui s'est elle aussi rebaptisée, non sans optimisme, «Prospère», et qui défend un plan selon lequel le financement de l'audiovisuel, en communauté française, pourrait, des quelque 400 millions qu'il brasse actuellement, être triplé, avec un peu d'ingéniosité, d'imagination et de détermination des pouvoirs publics. Car il ne faudrait pas oublier que quelques succès récents («Toto le héros», «Ça s'est passé près de chez vous») dissimulent des difficultés profondes et endémiques de notre cinéma, qui n'arrive toujours pas à s'imposer comme une industrie à part entière, quoi qu'il soit un facteur économique non négligeable, avec des effets induits évidents.

Tout cela suppose une vraie politique du cinéma, qui investisse sur l'image d'une communauté, d'un pays à l'étranger. Lorsque l'on songe qu'en Belgique on n'investit que 42 FB par habitant et par an dans le cinéma, alors qu'en France le chiffre équivalent est plus de cinquante fois supérieur, on a une idée de ce qu'il reste à faire à nos professionnels du film, s'ils veulent échapper à l'amateurisme structurel.

J.D.D.