Festival - Les « Rencontres de danses et de cultures urbaines » débutent ce mardi soir, à Bruxelles Ces arts nés de ou dans la rue L'irrésistible cri de Bintou PRATIQUE

STIERS,DIDIER; ANCION,LAURENT

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Mardi 18 mai 2004

Festival - Les « Rencontres de danses et de cultures urbaines » débutent ce mardi soir, à Bruxelles

Ces arts nés de ou dans la rue

* Théâtre, poésie, rap, vidéo, danse, cinéma, entre autres disciplines. Un programme métissé, international et festif. A Saint-Gilles, de mardi à vendredi.

DIDIER STIERS

La culture urbaine ne se limite pas au hip-hop, loin de là. C'est d'ailleurs de cultures urbaines au pluriel dont il faut parler pour appréhender la richesse de ces arts nés de ou dans la rue. Pour s'en convaincre, pour faire provision de découvertes, rendez-vous dès ce mardi à Saint-Gilles, au Centre culturel Jacques Franck.

Proposé par la Fondation Jacques Gueux et Lézarts-Urbains, le programme des 6es « Rencontres de danses et de cultures urbaines », qui s'y tiennent jusqu'à vendredi, est copieux. Un programme métissé et international, fait de théâtre, de rap, de poésie, de vidéo et de danse. Chorégraphies belges, capoeira, one-man-shows, « battles » et humour, tremplins pour jeunes talents, tables rondes et clips ne seront pas oubliés. Au total, quatre soirées et autant de thèmes : « Paroles d'Afrique » (ce mardi à partir de 20 heures), « Le hip-hop fait son cinéma » (mercredi à 20 heures), « Dansité urbaine » (jeudi à 17 heures) et « Trafics d'influences » (vendredi à 20 h 30).

A l'écran, rendez-vous tout d'abord avec Kevin Fitzgerald, un réalisateur américain dont on appréciera le documentaire « Freestyle, the art of rhyme ». On ne pouvait rêver de meilleure intro à la culture hip-hop, un univers créatif et sans cesse en mouvement où se rejoignent l'art du graffiti, le rap et la danse. Avec son film, Fitzgerald (qui sera présent) plonge dans l'histoire de formes d'expression nées de l'improvisation et de constats sociaux. Pas question d'être didactique, pas question non plus de vanter ces rappeurs dorés sur tranche que MTV nous déverse à grandes louches. Entre quelques noms incontournables comme les Roots ou Mos Def, il est ici question d'art, d'artistes et de culture.

Ecran toujours : les membres du collectif français Kourtrajmé seront aussi de la party. S'il a déjà été question dans une de nos précédentes éditions des acteurs et réalisateurs qui s'y activent (Mathieu Kassovitz, Vincent Cassel, Romain Gavras...), ainsi que du DVD qui en est sorti, ce collectif rassemble aussi des musiciens, graphistes, danseurs et rappeurs. Parmi ces derniers, Oxmo Puccino, dont le tout récent album, « Cactus de Sibérie » (EMI), démontre que le genre peut aussi être poétique et musical. Et chez Oxmo, pour qui le rap français s'est fait kidnapper par de mauvaises chansons, l'urbain est une préoccupation centrale.

Discipline également essentielle parmi ces arts : le slam. Trois rappeurs, dépourvus de tout support musical, feront des mélodies de leurs vers et se transformeront en tireurs d'élite de la rime. A l'affiche : Saïda l'Authenticité (Bruxelles), Fresk (Congo Brazza) et Wa BMG 44 (Sénégal), qu'on a déjà eu l'occasion d'entendre chez nous l'an dernier dans le cadre du festival « Paroles urbaines » et d'Africalia.

Et puisqu'il est question d'Afrique, la Côte d'Ivoire se téléportera ce mardi sur la scène du Jacques Franck, au travers de « Bintou » (lire ci-dessous), une histoire contée par treize comédiens et un choeur féminin. Koffi Kwahulé, l'auteur de cette pièce pas comme les autres (qui en est ici à sa première reprise), démontre lui aussi que l'urbain et ses brassages culturels sont source de créativité.

Enfin, s'il vous venait l'envie de ne plus rester assis en digérant cette affiche, la soirée de clôture fera office de cerise sur le gâteau. Au menu : un spectacle de danse intitulé « Jeu de jambes », qui réactualise le jazz-rock. Made in France, cette chorégraphie mêle jazz, traditions africaines, swing, claquettes et hip-hop. En Belgique aussi, on danse. La preuve, juste avant « Jeu de jambes », avec le collectif de filles Down 4 Kix. Ces demoiselles signent « Chicas kick ass », un spectacle total (théâtre, breakdance, slam, musique), fruit d'une politique qui vise à promouvoir le hip-hop auprès des adolescentes.·

L'irrésistible cri de Bintou

LAURENT ANCION

En novembre, le Théâtre Océan Nord, à Bruxelles, offrait son sol de béton à un choc. Secouant, énergique et tragique, « Bintou » est de ces spectacles dont l'onde résonne longtemps. Pour donner corps à la pièce de l'auteur ivoirien Koffi Kwahulé, la metteur en scène Rosa Gasquet a réuni une vaste distribution de 23 interprètes qui mêle les âges, les origines et les disciplines. Un collectif émouvant, au service d'une histoire forte, en forme de tragédie urbaine.

Bintou (Aïssatou Diop, remarquable) est une toute jeune fille qui se rebelle, quitte sa maison et brûle la vie par les deux bouts. Sa traversée de la ville dévoile ses douleurs, mais aussi celle des autres, paumés, rêveurs, poètes, jeunes, adultes. A la maison, la colère gronde, la vengeance pousse : on décide d'exciser la sauvageonne.

Ce drame choral évoque le jazz, avec des passages en slam (Pitcho), et s'avère du théâtre plein de hargne et de poigne.·

« Bintou », ce mardi 18 mai (dernière date). Tél. : 02-538.15.12.

PRATIQUE

Dates. Les « Rencontres de danses et de cultures urbaines » se déroulent du mardi 18 au vendredi 21 mai.

Lieu. Centre culturel Jacques Franck, 94 chaussée de Waterloo, 1060 Bruxelles.

Prix. 6 euros le mercredi,

9 euros les autres jours.

Infos. Tél. : 02-538.15.12. Site : www.lezarts-urbains.be (programme complet et horaires).