La guerre des bouchons

DEFRAIGNE,VALENTINE

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Vendredi 15 juillet 2011

Festivals Pas de norme sonore aux Ardentes et aux Francos

Le week-end passé, 70.000 paires d’oreilles se sont frottées, de près ou de loin, aux enceintes endiablées des Ardentes. Un son qui, lors de certains concerts, peut se montrer agressif au point d’être dérangeant. Les bouchons colorés fleurissent alors les pavillons de certains festivaliers. Ces initiatives individuelles font seules office de protection.

En Communauté française, aucune norme n’a en effet été imposée aux organisateurs de festivals. Alors qu’en Flandre, la ministre de la Culture et de l’Environnement, Joke Schauvliege (CD&V), prévoit un plafond de 100 dB en festival dès 2012, Fadila Laanan, ministre PS de la Culture et de la Santé a quant à elle choisi l’option préventive.

« Nous sommes davantage dans une logique de prévention et d’information, explique Aurore Dierick, porte-parole du cabinet ministériel, nous n’avons pas l’intention de poser des actes répressifs et l’on mise sur la collaboration avec les associations concernées par le problème telles que Modus Vivendi ou l’ASBL Court-Circuit. » Ce choix est notamment motivé par un respect de la complexité du sujet.

« Beaucoup d’éléments rentrent en compte dans la mesure de décibels : la taille des espaces de diffusion, la durée de l’exposition… », poursuit-elle. Parmi les mesures en place, un courrier à l’adresse des organisateurs les conviant à prévenir les risques.

Bien conscients du problème, les organisateurs des Ardentes et des Francofolies établissent avec les artistes un contrat qui inclut une limite maximale en termes de décibels : 104 pour les Ardentes, 110 pour les Francofolies. Sans compter que certains concerts – électro ou techno – requièrent un volume plus important. « Nous fonctionnons maintenant avec un décibelmètre installé à la table de mixage, explique Marc Radelet, porte-parole des Francofolies, mais c’est surtout une question de confiance. Si l’on impose une norme au niveau de la Communauté, il reste à voir comment contrôler son respect. »

À noter aussi que les exigences de la Communauté française s’adaptent difficilement à la réalité du terrain. Une batterie sans amplificateur peut déjà à elle seule dépasser le seuil imposé en Flandre. « À 90 décibels, il paraît qu’on entendrait à peine la musique lorsque les gens parlent ou applaudissent », avance prudemment Marc Radelet. « Fixer des limites trop basses, comme en Flandre, c’est risquer un mécontentement par rapport aux artistes et à leur entourage », remarque Fabrice Lamproye, co-organisateur des Ardentes.

Au sein des deux gros festivals de la province de Liège, on mise beaucoup sur la prévention sur le terrain et l’absence d’obligations est plutôt appréciée. « Aux Francofolies, nous sommes d’accord pour se limiter et prêter attention au problème mais il y a aussi une initiative qui doit être individuelle », affirme Marc Radelet, convaincu que l’éducation joue un rôle fondamental dans la manière de protéger son audition.

Des événements tels que Werchter (qui s’est engagé à ne pas dépasser les 102 dB) ou les Lokerse Feesten ont par ailleurs signé une charte pour la limitation des dommages auditifs lors des événements musicaux, émise par le secteur belge de la musique. Une charte jusqu’à présent inconnue des festivals liégeois, qui ne manqueraient pas d’en être les signataires si elle venait à circuler dans le sud du pays.

Les Francofolies, du 20 au 24 juillet. Infos : www.francofolies.be

p.29 Les bruits de Dour