Sur la route avec Ghinzu

MANCHE,PHILIPPE

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Mercredi 28 octobre 2009

Clermont-Ferrand

22/10/09

Rue Serge Gainsbourg, 11 heures et des poussières. Le bus véhiculant la petite troupe de Ghinzu se pose sur le parking de la salle La Coopérative de Mai. Après avoir quitté Lyon sur le coup de 2 heures du matin. Le soleil est plutôt avenant lorsque techniciens et musiciens s’extirpent du sommeil du juste. Premières clopes et premiers cafés, quasi dans le jardin des usines Michelin, véritable poumon (économique) de la cité auvergnate.

On a retrouvé les Ghinzu en grande forme la veille au Transbordeur, mythique salle lyonnaise. Inaugurée en 1989 par New Order, cette ancienne usine de traitement des eaux est devenue en deux décennies, l’équivalent de notre Ancienne Belgique nationale. En plein soundcheck, le groupe s’est essayé à une reprise tonitruante et très sixties du « Twist and shout » popularisée par les Beatles. Le morceau a fait office de bombe au cours d’un concert lyonnais de 95 minutes qui sera sans doute un des meilleurs concerts clubs de Ghinzu. Qui n’est pas venu seul dans l’Hexagone puisque le duo électro-pop de Soldout fait office de première partie. En une demi-heure, David et Charlotte revisiteront, devant un public attentif et respectueux, de larges extraits de Cuts, leur dernier album. Dont le clip « The Cut » s’est retrouvé sur le blog de Kanye West. « Jouer devant autant de gens, c’est très cool », résume à juste titre David, le sorcier du duo. « J’adore ce genre de salles où l’électricité suinte des murs. Ça va péter ! », se réjouit John Stargasm, quelques minutes avant de prendre la scène lyonnaise d’assaut. Les 1.600 personnes exultent.

On a rarement vu le quintet jouer aussi bien. Tout en mesurant le travail de titan et la marche de progression (énorme) depuis les premiers concerts et la sortie de Mirror Mirror, il y a sept mois. Pour la première fois depuis le début de la tournée, Ghinzu balance « Dragon ». Cet obus qu’on jurerait emprunté à Captain Beefheart, en fait un extrait d’Electronic Jacuzzi (1999), s’inscrit à merveille dans un répertoire joué avec classe, fougue et frénésie, plus un sacré talent. En rappels, ce seront 1.600 corps qui se trémousseront au son de la version électro de « Mine » avant un « Blow » fédérateur.

Au bar du Transbordeur, on a croisé Cécile. Cette Belge, qui a rejoint Lyon où vit son amoureux, avait vu Ghinzu aux Eurockéennes. Son jugement est sans appel : « Rare de voir un groupe encore meilleur sur scène que sur disque… Pas vu le temps passer », lâche-t-elle avec un sourire extatique.

L’après-concert sera à l’avenant : l’ambiance est à la fête. John papotera avec des fans au bar tandis que Mika, dans les loges, nous fera un DJ set via son ordinateur et envoiera des vidéos de Devo.

Dans le bus vers paris, c’est Jean qui est aux manettes et envoie quelques pépites des Strokes, dont on mesure l’empreinte sur l’immédiat « Take it easy »…

Paris 23/10/09,

10 heures du mat

Il n’y a pas à dire, le Zénith représente une consécration dans la carrière d’un groupe », avance Michel, responsable du son de scène de Ghinzu. Nous sommes sur le pavé de la gigantesque salle parisienne ce vendredi matin. Dans une dizaine d’heures, 4.200 personnes applaudiront les Bruxellois. Mika, Greg, Jean, Antoine et John sont les premiers rockers francophones à remplir (en formule club) le Zénith parisien. Même dEUS n’a pas eu cet honneur.

Alors que Mirror Mirror devrait sortir en Angleterre très bientôt – avec concerts à l’appui –, la machine Ghinzu continue son irrésistible et impressionnante ascension. Lorsqu’il fait le tour des loges, spacieuses, John Stargasm ne peut s’empêcher de sourire discrètement et de balancer un sourire dans notre direction qui en dit long. Sans qu’un son ne s’échappe de sa bouche, on peut presque imaginer une bulle au-dessus de sa tête. Comme dans une case de bande dessinée. Et dans cette bulle, quelque chose du genre : « Cool, ça y est ! » Avec une fierté légitime mais avec aussi beaucoup d’humilité. Et lui de se dire, sans doute, tout au fond de lui, qu’au fond le jeu en valait la chandelle.

Autour d’un croissant et d’un café, Mika, John et Jean réfléchissent déjà au répertoire de ce soir. Tout le monde s’accorde à dire qu’il y a un avant et un après « Twist and shout » pendant le concert.

A la Coopérative de Mai, à Clermont, comme la veille à Lyon, le concert a pris une autre dimension. Plus rock, plus sauvage, plus débridée, mais toujours avec cette cohésion et cette force de frappe qui ne doivent pas être loin de la définition de l’alchimie.

Si les cinq musiciens ne partent pas en vacances ensemble, il règne une excellente ambiance au sein du « crew ». « C’est clair qu’il y a de bonnes ondes », approuve Nico, fidèle technicien qui, dès qu’il a un rare moment de temps libre, allume son ordinateur portable et joue à « Total Football Management ». Ce fan de foot et de Lens, notre homme est du Nord, s’improvise alors entraîneur et vibre ou peste (c’est selon) avec ses équipes favorites. Pour tuer le temps, John et Antoine essaient les jeux de leurs i-Phone respectifs (jetez un œil sur applestore.com et entraînez-vous à cette fameuse « corde »). Mika, lui, joue à « Paf le chien », via son FaceBook. (Mais comment occupaient-ils les longues plages d’avant-concert avant le règne des nouvelles technologies ?)

A Clermont, donc, après une demi-heure très « punk d’esprit » de Soldout, Ghinzu est arrivé devant un public moins démonstratif qu’à Lyon mais tout aussi séduit, même si le groupe fut victime de quelques soucis techniques et ne forcera pas la machine. Histoire d’en garder sous le coude. Et de tout donner à Paris.

Alors que le bus avale les premiers kilomètres de bitume vers la capitale, on trinque aux 29 printemps de Ludo, responsable du chouette visuel du groupe. Cheeers !

Paris 23/10/09,

20 heures

Un rapide coup d’œil sur la page Facebook de Ghinzu pour se rendre compte qu’il touche de plus en plus de gens. Les musiciens se régalent l’après-midi des commentaires élogieux des concerts de Lyon et de Clermont. Comme tout au long de cette tournée française, c’est un public mélangé et globalement adulte qui constitue la grosse frange de spectateurs. Des fans de rock avant tout. Des fans d’électricité et de tension. Des fans ouverts aussi, puisque, à chaque fois, Soldout a droit à énormément de respect lors d’un set frontal et costaud. C’est d’ailleurs sur un petit nuage que David et Charlotte regagnent leur loge.

Au sein de la tribu Ghinzu, la tension monte au fur et à mesure que se rapproche l’heure fatidique. La balance est une fois de plus le théâtre de nombreux réglages minutieux afin d’éviter les petits soucis de retour ou de réverbération de la veille. Mais, mine de rien, Jean, Greg, Antoine, Mika et John font tout pour passer une journée normale, avec quelques interviews en fin d’après-midi. C’est lors de ces périodes de tension que François Loupart, le tour-manager surnommé affectueusement « Maman », fait preuve de psychologie (et parfois de fermeté) pour apaiser ses ouailles.

Premier constat, dès les premières notes du toujours aussi émouvant et touchant « Mother Allegra » : le public, qui comprend une forte délégation belge, ne s’est pas trompé d’endroit, c’est bien Ghinzu qu’il vient voir.

Le son est énorme. « Mirror Mirror » en embuscade est vicieux et suffocant à souhait. Anxiogène à mort, il capte l’air du temps. Petit à petit, le groupe se libère même si Antoine, toujours aussi fin et puissant, ne profite pas vraiment du concert (en cause : des problèmes de retour). Le jeu de John est sobre. Mais précis. Le sourire qui illumine le visage de la figure de proue de Ghinzu fait plaisir à voir tant il mesure combien le public vacille petit à petit à la cause. Les premiers rangs sont les plus turbulents.

John chope un drapeau belge. Se prend un bain de foule. Est littéralement survolté. Et le son est toujours aussi costaud. Sans véritable baisse de régime – sauf peut-être au début des rappels, mais ils se feront électriques et sauvages, avec un Greg survolté –, Ghinzu livre un set tout en énergie pure.

Dans les loges, les visages sont rayonnants. Chacun savoure intérieurement le moment présent. Le champagne, offert par Pascal Nègre, patron d’Universal, fait long feu. L’après-concert est, légitimement, festif. C’est sûr qu’on faisait moins les malins lorsque le bus nous a débarqués sur le sol bruxellois samedi sur le coup de neuf heures du matin…

Ghinzu sera à Forest-National le samedi 6 février 2010. Infos au 0900-260.60 et via proximusgoformusic.be.