FONT-ILS LE METIER DONT ILS REVAIENT?ARCHITECTE:MICHEL MARIJNISSEN LE MYTHE/REALITE/REINCARNATION

VAES,EVE-MARIE

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Samedi 1er avril 1995

Font-ils le métier dont ils rêvaient?

Architecte

Michel Marijnissen

US4,1LE MYTHE

USComment imaginiez-vous votre métier?

La construction, le plaisir de créer, d'assister à «quelque chose qui sort de terre», m'ont toujours attiré. Lorsque je pénétrais dans le bureau de mon futur beau-père, j'étais fasciné par la façon dont les projets étaient créés, les façades dessinées, les plans tracés... Dès la fin de mes humanités, j'ai donc entamé des études d'ingénieur-civil architecte. Une double formation qui permet d'allier la créativité aux aspects théoriques et techniques. Passionné, j'ai réalisé mes premiers travaux durant mes études (transformations, maisons, lotissements...). Après mon service militaire, j'ai rapidement créé mon propre bureau d'architecte.

US4,1LA RÉALITÉ

USComment vivez-vous votre métier aujourd'hui?

C'est un métier passionnant même si on travaille énormément (10, 12, 15 heures par jour). Outre le contact avec les gens, ce que j'aime le plus, c'est créer une idée, monter un projet puis tâcher d'y intéresser quelqu'un, ne pas attendre la demande, la provoquer. Malheureusement, l'aspect purement créatif ne dépasse pas 5 % de l'ensemble d'un projet car il y a surtout un gros travail de recherche, d'aménagement des contraintes techniques et de mise au point de détails. Quant aux formalités administratives - un mal nécessaire -, elles prennent bien 10 % de notre temps. D'autre part, travailler en équipe est très important, que chacun se sente motivé et responsabilisé par le projet. Mais c'est d'autant plus dur, ensuite, de se séparer de ses collaborateurs en temps de crise.

US4,1LA RÉINCARNATION

USEt si c'était à refaire...

Je ne changerais pour rien au monde, même si je pense qu'il est urgent de mieux codifier nos tâches et nos honoraires afin de clarifier le «contrat» qui nous lie au client. La loi belge nous impose, en effet, que tout soit «fait et conforme à l'art de bâtir», et - ce qui est unique - elle nous rend responsables, sur nos propres biens, de tous les actes que nous avons posés. Or, nous ne pouvons pas tout faire ! On ne peut pas être à la fois artiste, parfait technicien (plomberie, chauffage...), chef d'orchestre, juriste et psychologue. À moins d'être d'une vigilance extrême, cette situation conduit trop souvent au bradage des prix, du travail... ou à des situations conflictuelles.

Propos recueillis par

EVE-MARIE VAES