FRANCFORT:L'ABONDANCE A DEFAUT D'EUPHORIE

PARTZ,YVES DE

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Samedi 16 septembre 1995

Francfort : l'abondance à défaut d'euphorie

Si la reprise de la consommation tarde à se manifester en Europe, l'industrie automobile n'a pas attendu les signes avant-coureurs pour préparer son offensive et le Salon de Francfort déborde d'innovations.

Francfort est bien la Mecque de l'automobile où, venus des quatre coins du monde, constructeurs, ingénieurs et observateurs se retrouvent tous les deux ans au milieu d'une foison de nouveaux modèles et de prototypes rassemblés jusqu'au 24 septembre. Si le gigantisme des palais et les distances qui les séparent ne créent guère une ambiance conviviale, le bilan chiffré impressionne. BMW série 5, Chrysler Voyager et Stratus cabriolet, Daewoo cabrio, Fiat Bravo et Brava, Ford Fiesta, Honda Civic, Hyundai Lantra, Lotus Roadster Elise, Mitsubishi Eclipse, Nissan Almera, Opel Vectra, Peugeot 406, Renault Megane, Subaru Justy, Volkswagen Polo à 4 portes et Volvo S4 font ainsi leur première apparition publique dans un Salon européen, sans oublier la Mercedes classe E dont la commercialisation a déjà commencé. S'y ajoutent toutes les variantes esthétiques et techniques.

Au-delà des apparences, l'heure n'est pas pourtant à l'euphorie dans un marché européen qui, au mieux, pourrait gagner un peu plus d'1 % cette année. Or, si le gâteau n'a pas grandi, ils se partagent entre des concurrents européens, américains et asiatiques plus nombreux et agressifs en fonction de cycles de renouvellement accélérés.

S'y ajoutent, notamment pour les constructeurs allemands, des défis économiques, monétaires, sociaux et écologiques. Peu avant de s'exprimer devant un parterre de journalistes, Ferdinand Piech, président du Directoire de Volkswagen, avait été réveillé à 4 heures du matin par un de ses collaborateurs lui annonçant la conclusion d'un accord avec le puissant syndicat IG Metall. L'augmentation accordée de 4 % ne manque pas d'inquiéter ses collègues de BMW et Mercedes. «Les salaires représentent la moitié du coût d'une voiture», rappelle Bernd Pischetsrieder (BMW) qui plaide pour la flexibilité du travail et des rénumérations et une réduction de la fiscalité sur les sites industriels allemands. Car, face à des concurrents européens améliorant progressivement une qualité et une fiabilité associées en priorité aux voitures d'outre-Rhin et japonaises, les Allemands savent aujourd'hui qu'ils doivent offrir plus s'ils veulent maintenir leur suprématie dans l'avenir.

YVES de PARTZ