Ghlin Les tours Sorelobo étouffées par trente ans d'indifférence et de vandalisme Des initiatives pour rendre la cité «.sociale.»
MARECHAL,GISELE
Page 16
Mardi 13 août 2002
Ghlin Les tours Sorelobo étouffées par trente ans d'indifférence et de vandalisme
Des initiatives pour rendre la cité « sociale »
Les tours de la Sorelobo ont mauvaise réputation à Ghlin. Elles n'ont de social que le nom ; le vandalisme et le désoeuvrement y règnent en maîtres. Quelques-uns tentent de redresser la barre.
GISÈLE MARÉCHAL
Des extincteurs qu'on vide au sommet des tours 19 et 20 de la Sorelobo. Le feu qu'on boute au local des poubelles des tours 13 et 14. Les pompiers à l'action... Une enquête de la police... Et le lendemain, sur la porte souillée de suie du garage du bloc 14, un doigt qui a déjà inscrit: « Nique la police... Nique la justice.... Seul Dieu peut m'juger... West Side. » Les tags sont reproduits à foison sur les murs de béton de la cité qui n'a de sociale que le nom.
Les actes de vandalisme sont légion dans les tours Sorelobo, de la société régionale du logement du Borinage, route de Mons à Ghlin. Là où, sur une dizaine d'étages, s'empilent des familles modestes, sans emploi la plupart du temps. On met le feu aux communs, aux boîtes aux lettres, aux poubelles; on détériore l'ascenseur ; on brise des vitres, des poignées de portes. On vide les extincteurs dans les couloirs. Au bloc 4, un avis est collé sur la porte du vieil ascenseur: il vaut mieux regarder si la cage est là avant d'y prendre place!
Il y a plus de trente ans que ces tours ont vu le jour, en face du « Petit Paris », une autre cité de Ghlin. Mais si le « Petit Paris » offre un visage humain depuis qu'il a (enfin) été asphalté dans les années 90, les tours Sorelobo affichent toujours cette même tristesse. Un locataire de la cité voisine ose lancer un nouveau cri d'alarme. M. William Schiffer est locataire depuis trente ans. Antiraciste convaincu, social dans l'âme, il a accepté, à l'issue de la semaine de la propreté mise sur pied à la mi-mai par la cellule prévention de la Ville de Mons, de lancer et de présider l'association baptisée « Tours d'horizon ». Objectif: organiser un environnement agréable au pied de ces tours. Parce qu'il faut bien « faire avec ».
William Schiffer ne mâche pas ses mots. Ces tours sont antisociales! Elles sont davantage conçues comme cités-dortoirs que pour héberger une population sans emploi! Il faudrait idéalement les raser et reconstruire des logements ne dépassant pas quelques étages. Agées de trente ans, elles ont pour ainsi dire vécu... Elles portent les stigmates d'un temps qui a passé trop vite. La promiscuité y est terrible. L'insonorisation est quasi inexistante; les cafards règnent en maîtres. Ici sont réunis tous les ferments du vandalisme qui trahit un malaise social!
M. Schiffer accuse la Sorelobo d'avoir, dès le départ, très mal géré ces tours. La Sorelobo paie des sociétés privées pour entretenir les pelouses, par exemple. Lorsque les jardiniers tondent l'herbe, beaucoup trop rarement du reste, ils moulinent avec elle tous les déchets qui, pulvérisés, ne sont pas ramassés. En ville, on a installé des espaces d'agrément, des vasques de fleurs. Notre pays tente l'accueil des réfugiés... Mais que fait-on pour les gosses d'ici? Au pied des tours se côtoient une trentaine de nationalités. Les enfants d'ici méritent autant que quiconque de vivre dans un environnement sain! Les locataires paient au quintuple les réparations des dégradations ; ils ont droit à un service décent!
Dans les modules de ce qui reste d'une ancienne école communale, à l'arrière du site, une mosquée a vu le jour. Traditionaliste. Les enfants qui grandissent dans ce type d'environnement sont un jour ou l'autre attirés par les sirènes de l'intégrisme!
William Schiffer a rapidement lié connaissance avec l'équipe de la cellule prévention de Mons, présente ici depuis dix ans... Vendredi, Pierre, éducateur spécialisé, et Maïté, animatrice, nouveaux dans le quartier, nettoyaient l'ancienne conciergerie d'où le 6e incendie criminel a chassé l'équipe en 2000. Un vandalisme qui agit telle une spirale rentrante, comme s'il voulait décourager toute initiative sociale...
Mais ces éducateurs de rue veulent positiver. Maïté a choisi ce quartier voilà quelques mois. On m'a demandé si j'étais folle. Mais non! Certes, il existe ici des familles folkloriques. Mais les gens sont sympas quand on aborde avec eux d'autres problèmes que la saleté ou les dégradations. Les ados viennent faire la causette. Ils ne sont nullement menaçants!
Pierre explique que les éducateurs de rue ne peuvent pas avoir de discours moralisateur avec les jeunes, qu'ils laissent venir à eux. Même s'il y en a qu'ils ne rencontrent jamais. On se fait connaître, on les laisse donner leurs idées... et on amène les nôtres. Cinquante jeunes sont venus avec nous au parc Paradisio, et autant iront au parc Nausicaa.·
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