COPPI,DAVID
Mardi 15 septembre 2009
A ce stade, notez, point de réel « contenu ». Mais le double budget 2010-2011 que l’exécutif Van Rompuy se fait fort de confectionner, annoncé comme celui des économies drastiques, pourrait être celui de la contribution historique (au sens où elles étaient épargnées jusqu’à présent…) des banques à l’effort.
Dans le genre, Elio Di Rupo est allé le plus loin lundi, non seulement en réclamant de leur part une contribution à court terme afin d’aider à renflouer le budget, mais encore en proposant de constituer, sur la base des actifs bancaires (« 1.250 milliards d’euros », insiste-t-il), une « réserve » financière qui permettrait de répliquer, en toute hypothèse, à un nouveau krach « auquel l’Etat ne pourrait plus répondre, car il ne pourrait pas intervenir une seconde fois aussi massivement ».
Une idée circule à ce propos : pourquoi ne pas commencer par mettre la main sur le « FIF » ? Le Fonds des instruments financiers est une caisse d’assurance du secteur constituée en son temps par les banques, afin de faire face aux situations de faillite de l’une d’entre elles ou d’une société cotée en Bourse. 800 millions d’euros y reposent actuellement. Une paille eu égard aux besoins en cas de krach, mais ce serait un début : l’Etat s’emparerait du FIF, qui serait nationalisé et représenterait la base d’une future « réserve » mieux dotée.
L’on devine qu’il faudra vaincre quelques résistances politiques, peut-être au sein de la majorité. Constatons juste que toute cette offensive visant le secteur bancaire laisse froid pour l’instant le ministre du Budget, Guy Vanhengel (VLD), et de marbre notre Premier ministre, Herman van Rompuy (CD&V). Mais enfin, les travaux budgétaires ne font que commencer, et avec eux le débat sur la façon de rééquilibrer nos finances publiques.
A ce propos, le chef du gouvernement et ses vice-Premiers se sont retrouvés lundi soir en comité ministériel restreint, pour s’entendre sur la « trajectoire budgétaire » de la Belgique, c’est-à-dire le calendrier de l’assainissement réclamé par les autorités européennes. Et un « comité de concertation » mercredi, avec les représentants des gouvernements flamand, bruxellois et wallon, veillera, lui, à « répartir » l’effort entre fédéral et fédérés.
Chief Economist à la banque Degroof, Etienne De Callataÿ, qui avait soulevé déjà dans ces colonnes, il y a dix jours, l’hypothèse d’une « prime d’assurance » dont les banques devraient s’acquitter auprès de l’Etat (une idée au galop depuis lors), se dit preneur de cette réflexion globale dans les milieux politiques visant à mettre à contribution le secteur financier. Il a cette philosophie toutefois : « Après ce que nous avons vécu, un effort spécifique de la part du monde financier me semble tout à fait indiqué, pourvu que ce ne soit pas une action “punitive“ en quelque sorte, mais que l’on cherche tout simplement à créer des recettes pour l’Etat, et qu’en plus, cela ait une vertu préventive, puisque l’on poursuivrait un objectif de prudence vis-à-vis de l’avenir. » Donc, oui au principe d’une « réserve » bancaire en cas de krach.
Professeur d’Economie à Solvay, Eric De Keuleneer soutient lui aussi l’idée d’une « sorte d’organisme d’assurance financé par les banques », ajoutant qu’à son sens, il devrait être géré « totalement par l’Etat » – « Pourquoi pas la Banque nationale ? » –, alors qu’Elio Di Rupo avait parlé, lui, d’une « gestion mixte » privé-public. Eric De Keuleneer met en garde cependant : « Si le gouvernement fait ce genre de choses, il doit veiller aussi à ce que les banques ne répercutent pas finalement le poids de l’effort qui leur est demandé sur les tarifs qu’elles pratiquent, auprès de leurs clients, notamment sur les taux des livrets d’épargne. Attention donc à cet effet retour. »