Goya, Miró et Picasso bien dans leurs gravures

GILLEMON,DANIELE

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Mercredi 7 mars 2007

Le Musée de Louvain-la-Neuve rajeunit. Avec un nouveau directeur. Et avec la verve colorée de toutes bonnes pièces espagnoles.

verve colorée

Ignace Vandevivere fut longtemps le maître des lieux, jusqu'à ce que la maladie l'emporte. Cet hispanisant enthousiaste avait contribué à faire du Musée universitaire de Louvain-la-Neuve un lieu intimiste et chaleureux, un outil adapté à l'environnement estudiantin.

Les collections, souvent croisées sous forme de dialogue entre les civilisations et ouvertes à l'art moderne, reposent sur une mosaïque de legs et de donations. Les montrer dans leur richesse respective n'est pas tâche facile. Confiné dans les murs étroits que l'on connaît - 680 mètres carrés ! -, le musée est aussi un peu en retard sur son temps, au chapitre de l'équipement. D'où le projet - magnifique, mais enterré depuis lors - d'un bâtiment plus performant, bâti près de l'eau par l'architecte Risho Kurokawa. On n'a jamais trouvé les fonds.

Plus récemment, et sans doute de manière plus réaliste, Philippe Samayn a conçu le projet d'un nouveau musée flanquant la grande aula. Mais, ici aussi, les convoyeurs attendent. Si le projet a gagné en réalité, il est toujours pendant. Pour l'heure, on fait toujours avec l'« ancien », qui garde son charme.

Plus positivement, Louvain-la-Neuve nous présente aujourd'hui son nouveau directeur, Joël Roucloux. Ce docteur en Histoire de l'Art, qui n'a pas 40 ans, inaugure son règne en affirmant un légitime besoin de changement dans la continuité. L'idée du dialogue demeure comme l'un des axes possibles de présentation des collections, sans exclure les autres. Le musée, époque oblige, devrait s'ouvrir aussi à l'art contemporain.

Un nouvel accrochage met en valeur quelques belles pièces de la donation Goyens de Heusch, dont un étonnant Pierre Lahaut. Et la petite salle jadis consacrée au bureau de Charles Delsemme a fait place à une sorte d'enclave, façon chapelle, où se déploient le magnifique ensemble sculpté baroque de la Transfiguration et quelques pièces contemporaines. Quant au cabinet de curiosités, fondateur du concept de dialogue propre au musée, il mêle objets de l'art et de la science comme le veut la diversité des disciplines universitaires.

Mais pour l'heure, une belle exposition de gravures est à l'honneur. Avec trois fortes têtes de l'art espagnol : Picasso, Miró et Goya. Elles inaugurent le changement de régime, en empathie avec les convictions artistiques du directeur disparu. Joël Roucloux n'a eu qu'à puiser dans les réserves du musée pour ramener à la surface des séries jamais montrées au complet. Pour un connaisseur, une gravure ne vaut que dans ce déroulement d'un cycle. C'est lui qui dévoile la part innovante de l'artiste, ce qu'elle prend à la peinture et, surtout, ce qu'elle lui donne. Les gravures, qu'il s'agisse de Miró (Le courtisan grotesque), de Picasso (la tauromachie, le Minotaure) ou de Goya, appartiennent essentiellement à la formidable collection d'Eugène Rouir. Que de merveilles et de raretés !

Goya, Miró, Picasso, estampes espagnoles Musée de Louvain-la-Neuve, place Blaise Pascal, jusqu'au

Goya, Miró, Picasso, estampes espagnoles

Musée de Louvain-la-Neuve, place Blaise Pascal, jusqu'au 17 mai.

Tous les jours (sauf les lundis et jours fériés) de 10 à 18 heures. Samedi et dimanche de 14 à 18 heures. Tél. 010-47.48.41, www.muse.ucl.ac.