GRAND COUP DE BROSSE DANS LES UNIVERSITES

BOUILLON,PIERRE

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Mercredi 29 juin 1994

Grand coup de brosse dans les universités

Le décret est voté: d'ici septembre 95, les universités auront standardisé leurs cours. L'étudiant qui perd pied pourra étaler sa 1e candi en 2 ans.

Le Conseil de la Communauté française (CCF) a voté, mardi, le décret sur les «grades académiques» universitaires. Appuyé par PS, PSC et PRL, rejeté par Ecolo, le texte a recuilli 70 suffrages (15 contre).

Le FDF s'est abstenu. Il estime que le bon sens commandait de régler le nouveau mode de financement des universités, avant de réorganiser leur enseignement. Le ministre Michel Lebrun a fait l'inverse.

Ecolo est le plus déçu. La plupart de ses amendements ont été écartés. Pour l'essentiel, il déplore que le texte dévalorise ce qu'il est désormais convenu d'appeler les études de base (candis et licences) et qu'il n'apporte aucune solution crédible au fléau de l'échec scolaire.

Ceci dit, le texte n'est pas sorti indemne du parcours législatif. Plusieurs amendements ont été adoptés. Leurs véritables auteurs, à dire vrai, ne siégeaient pas dans l'hémicycle, mardi, mais au balcon, où s'étaient installés une vingtaine de représentants de la Fédération des étudiants francophones (FEF).

La plupart des amendements sont de leur plume. Ils ont été relayés par des parlementaires PS, PSC ou écologistes.

Si la FEF a marqué des points (voir plus bas), son appréciation globale des projets de Lebrun (le décret sur les grades et le projet de nouveau mode de financement des universités) reste négative. Elle continue à dénoncer la dévalorisation des études de base et des sciences humaines au profit des études professionnalisantes et spécialisantes.

Que propose la version définitive du décret sur les grades?

Entrée en vigueur. Le texte devrait agir à partir de septembre 95, en même temps, semble-t-il, que le décret sur le financement des universités. Un arrêté du gouvernement de la Communauté devra le confirmer.

Uniformisation. Le décret gomme la distinction entre les 41 grades légaux (reconnus et organisés par la loi: droit, médecine...) et les quelque 600 (!) grades scientifiques (créés librement et sans concertation entre les universités: informatique, économie, etc). Toutes ces formations seront rebaptisées grades académiques.

Les neuf universités devront uniformiser le contenu des programmes, les matières des examens, les intitulés, etc. Ce travail, en cours, prendra quelques mois. On y gagnera en clarté, en tout cas pour les candis, licences, agrégations et doctorats, promis à uniformisation.

Les universités auront davantage d'autonomie pour les études complémentaires, spécialisées et approfondies. Leur liberté sera totale pour l'organisation des formations continuées.

Transfuges. De cette uniformisation, l'étudiant en tirera un bénéfice concret. Le passage d'une université à l'autre, à la fin des candis, sera automatique.

On pourra commencer la biologie à Louvain et achever sa licence à Liège, sans examen et... sans risque de décrocher.

Première candi en 2 ans. Le texte autorisera l'étudiant qui se sent largué, à solliciter, en cours d'année, un étalement de sa 1re candi en 2 annnées successives. Deux amendements, ici. 1. L'université ne pourra pas forcer l'étudiant à étaler sa candi: il devra en faire la demande.

2. L'étalement l'obligera à suivre une formation complémentaire de remise à niveau dont le contenu sera fixé par l'université en collaboration avec l'étudiant. Victoire de la FEF, ici: l'amendement permettra d'organiser des remédiations individualisées.

En commission, Lebrun a confirmé que l'étudiant qui sollicite un étalement sera considéré comme effectuant deux années d'études (avec deux minervals à la clé!). Aussi, il sera, au cours de sa «deuxième 1re candi», considéré comme bisseur (à l'instar de celui qui ne sollicite pas l'étalement, rate sa 1re candi et la recommence...).

Deux conséquences de ceci: en vertu du nouveau mode de financement des universités (toujours en chantier et, donc, pouvant encore être modifié), ce bisseur ne serait plus subsidié qu'à 80 % et serait condamné à achever ses candis sans échec (en vertu de ce projet sur le financement, en effet, celui qui effectue ses candis en plus de 3 ans, ne serait plus subsidié du tout). Seul (et maigre) intérêt de l'étalement: gérer plus librement son temps en dispersant ses examens sur deux années.

Accès à l'université. Le décret indique que l'université peut refuser l'inscription d'un étudiant. Des amendements ont effacé le risque d'arbitraire: le refus d'inscrire sera motivé; dans les universités de la Communauté (ULg, Gembloux, Mons-Hainaut), l'exclu pourra, dans les 30 jours, introduire un recours auprès du ministre (il tranchera dans les 30 jours); les universités libres devront se doter d'un organe de recours présentant des garanties d'indépendance.

Promotion sociale. Précision: les diplômés de l'enseignement supérieur de promotion sociale auront accès à l'université.

Quel partenaire? Le décret charge le conseil des recteurs d'une série de missions (fixer les conditions des reports de cote, etc). Le décret précise désormais qu'il devra consulter le Conseil inter-universitaire francophone (CIUF) réunisant tous les acteurs de l'université (profs, chercheurs, étudiants...). Demi-victoire de la FEF: elle demandait que le rôle attribué aux recteurs soit totalement confié au CIUF.

PIERRE BOUILLON