Grèce : retour à la case départ ? Pire !

BERNS,DOMINIQUE

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Samedi 4 juin 2011

Le 7 mai 2010, les gouvernements de la zone euro entérinaient un prêt de 110 milliards d’euros à la Grèce. Un an plus tard, Athènes est toujours aux abois. Et l’Europe s’apprête à mettre en œuvre un nouveau plan de secours. Retour à la case départ ? Pire : les marchés et les agences de notation parient désormais ouvertement sur une restructuration de la dette grecque.

Mais à Berlin, comme à Paris, à Bruxelles, au siège de la Commission, comme à Francfort, où est installée la Banque centrale européenne (BCE), on répète qu’il n’y a d’autre solution que la poursuite, avec plus de détermination encore, de la politique d’austérité. Peu importe que l’extrême rigueur imposée à la Grèce enfonce ce pays dans une récession qui rend d’autant plus improbable l’assainissement des finances publiques grecques – et d’autant plus vains les sacrifices demandés à la population.

Le poids de la dette continue d’augmenter – elle pèsera cette année une fois et demie la production annuelle de l’économie grecque…

Pour l’alléger, l’Europe demande à Athènes d’accélérer la vente des bijoux de famille. Mais 50 milliards de privatisations ne la ramèneront pas à un niveau soutenable.

Tout se passe comme si l’objectif était essentiellement de gagner du temps, pour protéger le système bancaire européen et, en particulier, les banques allemandes et françaises qui ont prêté à tout va – à la Grèce, comme aux autres pays périphériques.

Hors de l’euro, Athènes aurait déjà dévalué la drachme ; et tenté la relance par les exportations. Dans l’euro, seule est envisageable la « dévaluation interne » – autrement dit : une baisse des salaires qui devrait compenser un déficit de compétitivité estimé à… 25 %. La fabrique sociale grecque n’y survivrait pas.

Les marchés et les agences de notation se trompent plus souvent qu’à leur tour – on l’a constaté dans la course folle qui a mené à la crise financière de 2008. Mais cette fois, il se pourrait qu’ils aient raison et que la Grèce soit forcée d’opter, à terme, pour le défaut de paiement. A la BCE, l’idée fait frémir : « un Lehman Brothers au carré ! », répète-t-on. Et qui pourrait emporter l’euro. Mais alors, le temps n’est-il pas venu d’envisager une autre politique ?