Grippe : après la pause vient la vengeance ?

AFP; SOUMOIS,FREDERIC

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Mardi 5 mai 2009

Santé Le Mexique veut relancer l’économie

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime désormais à 1.085 le nombre de cas de grippe porcine confirmés dans 21 pays et ne prévoit pas pour l’instant de passer le niveau d’alerte à l’échelon 6, a indiqué lundi sa directrice générale, Margaret Chan. Mais la grippe porcine qui a fait 27 morts au total, pourrait décliner avant de refaire surface avec une virulence sans précédent, a-t-elle averti.

Le taux de mortalité du virus A (H1N1) apparu au Mexique semble en effet se stabiliser dans le monde. « Mais une seconde vague du virus pourrait frapper en apportant sa “vengeance”, a-t-elle dit. Si cela se produisait, cela serait la pire des épidémies que le monde aurait à affronter au XXIe siècle, a déclaré la numéro 1 de l’OMS. Je ne prédis pas l’apparition d’une pandémie, mais si je passe à côté et que nous ne sommes pas préparés, alors j’aurais failli à ma tâche. Je préfère qu’il y ait un excès de préparation que l’inverse. »

« Il est encore trop tôt pour dire que la menace d’une pandémie de grippe mexicaine est passée ou en recul », a estimé lundi le Dr Richard Besser, directeur par intérim des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Tout en ne relâchant rien sur les mesures de sécurité mises en place même si, au Mexique, on se dit « sur le point de maîtriser l’épidémie de grippe porcine » et que l’activité économique est prête à être relancée mercredi, les autorités sanitaires mondiales préparent déjà ce qui pourrait être le véritable défi du nouveau virus, une seconde vague qui frapperait l’hémisphère nord à la fin de l’année, pendant la période habituelle de la grippe.

Ou même plus tôt, comme l’explique ci-dessous le professeur Yves Van Laethem, spécialiste en maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Pierre de Bruxelles.

A qui donner le vaccin en priorité ?

ENTRETIEN

Le professeur Yves Van Laethem est spécialiste en maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles.

Alors que le vaccin saisonnier qui contient trois souches sélectionnées depuis plusieurs semaines est actuellement en production pour être disponible à l’automne, pourra-t-on y joindre la souche mexicaine ?

C’est vraiment peu probable. Parce que les firmes sont très avancées dans le vaccin saisonnier et que l’OMS est en train de préparer l’expédition aux différentes firmes de la nouvelle souche, qui vient d’être isolée. Elles auront une version purifiée dans une dizaine de jours. Il faudra donc très vraisemblablement fabriquer un vaccin spécifique, à administrer à part du vaccin saisonnier.

Combien d’injections seront nécessaires ?

Difficile de répondre : personne n’a pu encore tester ni cultiver cette nouvelle variété de la grippe. Deux injections seront peut-être nécessaires, comme c’est le cas souvent lors d’un nouvel antigène. On ne sait pas non plus « s’il pousse bien », on a parfois de mauvaises surprises.

Quand l’administrer ?

Si une deuxième vague arrive, ce qui est très plausible, puisque cela a quasi toujours été le cas dans l’histoire des virus, il faudra vacciner les patients avant cette vague qui pourrait arriver entre octobre et novembre, soit plus tôt que la vaccination habituelle, qui a lieu en novembre pour être paré en janvier-février. Il faudra donc administrer le vaccin mexicain deux mois plus tôt.

Y aura-t-il une capacité de production suffisante, notamment par rapport aux œufs, toujours indispensables pour la production de vaccins ?

Seules les firmes pourront répondre à cette question. L’idéal serait qu’elles puissent finir plus tôt le vaccin saisonnier, fin juin, et qu’elle puisse tout de suite entreprendre ce vaccin spécial. N’ayons cependant pas d’illusion : les centaines de millions de doses qui seront produites iront prioritairement à ceux qui les commanderont et les paieront, donc les pays développés.

Comme ce virus touche les jeunes en bonne santé, ce qui est inhabituel, à qui prioritairement donner ce vaccin ?

Il sera effectivement utile de le donner à des patients entre 30 et 50 ans qui, d’habitude, ne meurent pas de la grippe. Mais les personnes à immunité réduite, avec une maladie chronique ou plus âgées, qui sont les groupes prioritaires habituels, ne seront pas moins exposées. S’il n’y a pas assez de vaccins, l’arbitrage éthique sera difficile.