Guantánamo ne fermera pas cette année

LEMA,LUIS

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Jeudi 19 novembre 2009

Terrorisme Pour la première fois, Barack Obama reconnaît qu’il doit freiner ses priorités

C’est fait : pour la première fois depuis qu’il en avait fait la promesse à peine arrivé à la Maison-Blanche, Barack Obama a reconnu mercredi que le camp de détention de Guantánamo ne sera pas fermé cette année. Dans diverses interviews, il a concédé que cela ne se produirait pas avant l’année prochaine. « Je ne vais pas fixer une date exacte parce que cela dépend en grande partie de la coopération du Congrès », expliquait-il sur la chaîne de télévision conservatrice Fox news.

De fait, la perspective d’une fermeture de Guantánamo, dont Obama avait fait l’une de ses priorités, n’a cessé de s’éloigner ces derniers mois. La nouvelle administration a pu rapidement se rendre compte du dédale juridique dans lequel étaient maintenus les quelque 210 détenus qui restent dans le camp placé sur territoire cubain.

Surtout, le président et ses proches se sont heurtés au principe dit du « not in my backyard » (« pas dans mon arrière-cour »). Les membres du Congrès, aussi bien républicains que démocrates, mais également les autorités locales ou les simples associations de voisins : tous ont levé les boucliers pour empêcher le transfert des « terroristes » dans les prisons américaines, fussent-elles de très haute sécurité. La semaine dernière, la perspective de voir relogés quelques-uns des détenus dans une prison pratiquement déserte à quelques dizaines de kilomètres de Chicago avait enflammé tout l’Etat de l’Illinois. Dans le même mouvement, Gregory Craig, le conseiller de la Maison-Blanche qui avait rédigé l’ordre de fermer Guantánamo signé par le président, annonçait sa démission. C’est lui qui avait recommandé au président de dévoiler les mémorandums secrets de la CIA qui détaillaient l’usage de la torture.

Le débat sur Guantánamo a encore redoublé d’intensité ces derniers jours, après que l’administration a annoncé que cinq de ses détenus, les « cerveaux » présumés des attentats du 11 Septembre, seraient jugés à New York. Mercredi, des familles des victimes ont remis au ministre de la justice Eric Holder une liste signée par 100.000 New-Yorkais lui demandant de reconsidérer sa décision. Eric Holder n’a rien voulu savoir. Et, dans le même temps, l’administration Obama décidait, pour la première fois en huit ans, d’envoyer une délégation à la Haye pour participer à une réunion de la Cour pénale internationale. Cette instance dont l’administration Bush a combattu becs et ongles le principe et qui, à maints égards, apparaît comme l’exacte antithèse de Guantánamo.