Guantánamo : Obama recule encore et toujours
LEMA,LUIS
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Mercredi 9 mars 2011
Etats-Unis Le président annonce la reprise des procès militaires d’exception
Barack Obama reste déterminé à fermer Guantánamo. Il reste convaincu que la justice ordinaire des Etats-Unis est « un élément clé » pour juger les terroristes « de manière cohérente avec notre sécurité et nos valeurs ». Il n’en reste pas moins que, en renouant avec le principe des commissions militaires pour des dizaines de détenus et en relançant la procédure de détention sans jugement pour une quarantaine d’autres, le président américain finit de faire une croix sur l’essentiel de ses engagements à propos de Guantánamo.
Pendant deux ans, le Congrès a tout fait pour bloquer un possible transfert des détenus de la base de Cuba pour y être jugés aux Etats-Unis. Le président a fini par baisser les bras. La situation économique et le chômage relèguent aujourd’hui cette question très loin derrière dans les préoccupations des Américains.
Pour amoindrir un peu cet embarras, la Maison-Blanche faisait appel lundi à une demi-douzaine de juristes chargés d’expliquer que cette mesure s’accompagnera de nouveaux droits accordés à la défense des détenus. Dans le cas des détentions sans jugement – qui ont permis le maintien en prison de certains détenus pendant dix ans – des réexamens seront aussi menés tous les ans et pourraient, théoriquement, conduire à la libération des prisonniers.
Mais ces remaniements de façade ne suffisaient pas à rassurer les organisations de défense des droits de l’homme. « D’un trait de plume, Barack Obama mis fin à tout espoir de voir les détenus de Guantánamo revenir dans l’état de droit », s’exclame Tom Parker, d’Amnesty International. Bien que saluant les nouvelles garanties accordées aux détenus, d’autres insistent aussi sur le moment choisi par Obama pour signer son ordre présidentiel : « Alors que les gens au Moyen-Orient sont en train de chercher à établir de nouvelles règles pour leurs propres sociétés, cela leur envoie, au mieux, un message mitigé », assurait Elisa Massimino, présidente de Human Rights First.
En insistant sur les critères moraux aussi bien que politiques, Barack Obama avait proclamé en mai dernier que le maintien du système légal mis en place à Guantánamo était un échec. « Plutôt que nous protéger, il compromet notre sécurité nationale. C’est un cri de ralliement pour nos ennemis », avait-il dit. Mais depuis lors, son administration a fait face à un casse-tête aussi bien légal que politique pour extirper ces détenus du système d’exception. Parmi ceux dont le procès devrait reprendre ces prochains jours figure notamment le Saoudien Abd al-Rahim al-Nashiri, accusé d’avoir planifié un attentat contre le destroyer américain Cole, au Yémen en l’an 2000. Comme d’autres, il aurait été soumis pendant sa détention à des mesures d’interrogatoire assimilables à de la torture, comme la simulation de noyade. Ces procédés rendent aujourd’hui très aléatoire le déroulement d’un procès si tant est que les avocats parviennent à prouver que ses aveux ont été obtenus de manière illégale.
Tandis que les ténors du parti républicain se félicitaient du « retour à la raison » du président, d’autres se disaient déçus par son revirement. « Il a choisi d’appliquer un nouveau pansement sur la plaie plutôt que de développer le cadre général et définitif dont nous avons besoin », affirmait Mike Rogers, le républicain en charge du Renseignement de la chambre des représentants.
CONTEXTE
Le gel des procès militaires d’exception à Guantánamo avait été l’un des premiers gestes du nouveau président américain – désireux de marquer une nette rupture avec les années Bush –, lors de son arrivée à la Maison-Blanche.
Le Congrès – où les Républicains ont obtenu une confortable majorité aux élections de mi-mandat de novembre dernier – a, depuis, mis des bâtons dans les roues de la Maison-Blanche sur ce dossier sensible, interdisant notamment le transfèrement de tout détenu sur le sol américain, même pour y être jugé.
De nouveaux longs procès pour crimes de guerre vont être organisés sur la base américaine de Cuba et le réexamen des
situations individuelles de ceux qui seront enfermés
indéfiniment sans procès doit avoir lieu d’ici un an, puis tous les trois ans.
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