Guerre des quêtes à Vielsalm

GUTIERREZ,RICARDO

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Mardi 8 février 2011

Eglise Prêtres et fabriciens se disputent l’argent des collectes

Les portes de Saint-Antoine sont restées closes, dimanche, à Petit-Thier (Vielsalm). Les curés étaient « en grève ». Une première depuis l’inauguration de l’église, voici 52 ans. C’est que la guerre des collectes est déclarée entre les nouveaux abbés du lieu, Philippe Lejeune et Ludovic Franck, et les responsables de la fabrique d’église, gestionnaires de la paroisse.

L’abbé Franck, 34 ans, a ouvert les hostilités, lundi, dans L’Avenir du Luxembourg… Commentant la « grève » qui a privé de messe les paroissiens de Petit-Thier dimanche, le curé n’hésite pas à accuser deux membres de la fabrique d’église d’être « dans l’illégalité », évoquant l’existence d’une « caisse noire ». Nerf de la guerre : les collectes, que se disputent prêtres et fabriciens.

Tout serait parti, selon nos informations, des dons consentis à l’occasion d’un « gros » enterrement, voici une dizaine de jours… Quelque 200 à 300 euros que les prêtres pensaient affecter aux « œuvres paroissiales ». Mais que le trésorier de la fabrique a interceptés, pour les inscrire en recettes au budget de Saint-Antoine.

« Les deux abbés sont entrés en rage, raconte le président de la fabrique, Roger Renquin. Depuis qu’ils sont arrivés à Petit-Thier, voici un an et demi, plus un sou des grosses collectes n’est reversé à la fabrique d’église. Ils veulent tout, prétendument pour les œuvres paroissiales, sans qu’on puisse exercer le moindre contrôle sur l’affectation de ces dépenses. »

L’abbé Philippe Lejeune, 47 ans, ne souhaite pas commenter la controverse. Mais il rappelle tout de même que, « selon le règlement en vigueur dans le diocèse de Namur, une seule collecte par mois est dévolue à la fabrique ». Pas davantage.

Le jésuite Tommy Scholtès, porte-parole de l’Eglise, confirme que « le principe est le même dans tous les diocèses : une collecte par mois est réservée à la fabrique, et les trois autres vont aux œuvres paroissiales, afin de financer tout ce qui n’a pas un rapport direct avec la messe, par exemple l’achat de livres pour la catéchèse ou de chansonniers… ».

« Nous ne contestons pas ce principe, réagit Roger Renquin. Mais cette règle ne balise que l’affectation des quêtes dominicales qui, bien souvent, chez nous, atteignent à peine 4 ou 5 euros par messe ! Ce que nous reprochons aux abbés, c’est de systématiquement mettre la main sur les grosses collectes de funérailles, qui peuvent atteindre 200 à 300 euros par cérémonie. Avant, tout était versé sur le compte de la fabrique. »

Chez l’évêque

Roger Renquin entend plaider sa cause chez l’évêque de Namur, Rémy Vancottem. Suivi par une large majorité de son conseil de fabrique, lundi, il a « rameuté », dit-il, les présidents des cinq autres fabriques de Vielsalm, bien décidé à en découdre avec les abbés : « De quelle caisse noire parlent-ils ?… De celle qu’ils nous reprochent d’entretenir ou de celle qui règle les dépenses des œuvres paroissiales ? Nos comptes sont clairs. Avant l’arrivée des deux abbés, les œuvres paroissiales reversaient une partie de leurs rentrées à la fabrique, qui a bien besoin de ces sommes, notamment pour l’entretien du presbytère, dont nous sommes propriétaires. Les abbés, eux, sont logés à Vielsalm, aux frais de la commune. Au fond, je ne souhaite qu’une chose : qu’une instruction judiciaire soit ouverte. Pour identifier les vrais escrocs ! »

Les collectes ne vont pas aux prêtres Les prêtres catholiques, en Belgique, sont financés par l’Etat

Les collectes ne vont pas aux prêtres

Les prêtres catholiques, en Belgique, sont financés par l’Etat fédéral, au même titre que les délégués laïques et que les ministres des autres cultes reconnus (pasteurs, rabbins, imams…).

La plupart cumulent plusieurs paroisses et perçoivent donc 150 % du traitement de base, auquel s’ajoute, généralement, la mise à disposition d’un logement ou l’octroi d’une allocation de résidence (à charge de la commune).

Ils n’ont théoriquement pas le droit de s’approprier le montant des collectes ni le casuel (la rétribution accordée pour l’exercice de certains ministères, comme les baptêmes, mariages, funérailles ou bénédictions), propriété de la paroisse.

Une commission d’experts instaurée par le gouvernement Leterme II vient de proposer de supprimer les cumuls et l’indemnité de logement, pour aligner le traitement des 2.776 ministres du culte catholique sur celui des 290 délégués laïques, soit un revenu annuel brut de 20.500 à 31.846 euros, selon l’ancienneté.