Menaces sur la tour, en cas de recours ?

MOREL,PIERRE; BODEUX,PHILIPPE

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Vendredi 17 juin 2011

Guillemins Dans une réponse parlementaire, le ministre Philippe Henry cache mal ses doutes sur le projet de Tour des Finances

Veronica Cremasco n’en démord pas : comme l’ensemble des Ecolo liégeois, elle est fermement opposée au projet de « Tour des Finances » aux Guillemins. Ce mardi, la députée wallonne a interpellé au parlement le ministre Philippe Henry, Ecolo lui aussi, sur le sujet. Pas sur « l’opération financière clairement coûteuse pour l’État belge », pas du ressort du ministre, mais sur la rentabilité énergétique du bâtiment et la pertinence du projet. « Si l’on gardait une partie des bâtiments actuels, à savoir la tour Dedoyard, en la restaurant et y joignant des nouveaux bâtiments, le coût énergétique serait moindre à moyen terme », estime la députée, qui lance aussi que « plutôt que cette solution urbanistique imposée, un autre terrain, propriété de la SNCB (NDLR : lisez au Plan incliné) aurait promis un transfert serein ».

Répondant « avec la prudence qui s’impose à (lui) à ce stade de la procédure, puisque l’instruction de la demande de permis n’est pas terminée », le ministre Henry concède que « en terme d’efficacité énergétique, nous pouvons effectivement présupposer qu’une urbanisation en hauteur n’offre pas le même potentiel d’économie d’énergie qu’une densification pus répartie ».

« Je prends note de l’ensemble de vos réflexions concernant l’adéquation du projet proposé, ajoute le ministre. Le cas échéant, c’est-à-dire si le dossier m’est soumis dans le cadre d’un recours, j’en tiendrai compte. »

C’est du langage de ministre, bien sûr, mais pour Veronica Cremasco, ça ne fait pas un pli : « Ça veut clairement dire qu’en cas de recours, et j’imagine qu’il y en aura, le ministre pourrait bien dire non à la tour. »

Celle-ci, certainement dans sa hauteur actuelle, ne plairait guère au cabinet du ministre. Et le fait que ce dernier tarde à signer les derniers arrêts d’expropriation nécessaires à la réalisation du projet de tour a toutes les allures de l’atout gardé dans la manche au cas où…

Les guillemins, un enlisement digne de Saint-Lambert

Commentaire

N’ayons pas peur des mots : l’aménagement du quartier des Guillemins est en train de devenir le nouveau « trou » de la place Saint-Lambert. Les ingrédients sont réunis pour que, devant « une des plus belles gares du monde », subsiste un terrain vague, symbole des querelles d’ego entre autant de pouvoirs publics que sont la Ville de Liège, la SNCB et la Région.

Contrairement au dossier Liège 2017, il n’y a toujours pas unanimité politique sur le plan de (ré)urbanisation. Face à un échevin CDH qui tente de faire passer au forceps le plan dit « Dethier » et un bourgmestre PS attentiste, le MR ferraille contre le projet de tour des finances qui, s’il n’aboutit pas, ne permettra pas la démolition de l’actuelle cité des finances et la réalisation de l’esplanade. Tout cela alors que, le ministre des finances a vendu la dite cité au privé, privant la Ville d’une concertation entre pouvoirs publics. De son côté, Écolo, opposé à la tour, dispose, via le ministre de l’Aménagement du territoire, d’une capacité de blocage. Ce dernier se garde bien de signer un arrêté d’expropriation demandé par la Ville : une arme supplémentaire pour contrecarrer le projet. N’oublions pas la SNCB-Holding qui continue de défendre son « plan Calatrava », mettant des bâtons dans les roues du pouvoir communal par le refus de céder son terrain pour la réalisation de la place. Et à regarder ses nombreuses autres propriétés dans le quartier, la bataille urbanistique ne fait que commencer. Ajoutez à cela l’échéance des fonds européens (2014) et les recours annoncés des riverains : le risque d’enlisement est bien réel. On croyait pourtant les Liégeois vaccinés du syndrome Saint-Lambert…