GUY COEME: JE VIENS VOUS DIRE QUE JE M'EN VAIS

DELFOSSE,LUC

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Lundi 15 avril 1996

Le PS lui a sans doute trouvé un job, mais il n'y a pas de majorité parlementaire pour demander sa grâce au Roi

Guy Coëme : Je suis venu vous dire que je m'en vais

Si ce n'était hier, ce fut donc aujourd'hui. C'est ce matin que Guy Coëme a annoncé «urbi et orbi» qu'il démissionnait de son mandat de député de l'arrondissement de Huy-Waremme. Auparavant, l'ancien vice-Premier ministre, condamné voici dix jours par la Cour de cassation à deux ans de prison avec sursis et à la déchéance de ses droits civils et politiques pendant cinq ans, avait longuement pris la parole devant le bureau du parti socialiste. Auparavant, une réunion au sommet mettait en présence, comme de coutume à chaque rentrée, les ministres fédéraux, communautaires et régionaux. On y parlera beaucoup d'écoles et du contrat social. Sans Coëme ? Sans.

Outre quelques occupations ménagères et un vrai-faux démenti aux informations publiées par «Le Soir» dans ses éditions de samedi, Guy Coëme aura surtout occupé son week-end à se préparer une sortie digne de ce nom et un avenir...

Samedi après-midi, à Feluy, il a passé deux heures en tête à tête avec le président du PS à peine rentré de voyage. Philippe Busquin nous dit avoir rappelé à son ami comme lors de sa... première démission (lapsus volontaire ?), ses deux principes essentiels : 1) Guy Coëme décidera en âme et conscience; 2) Le bureau du PS fera l'analyse de la situation politique.

UN PROCÈS SUBALTERNE

Certains socialistes n'ont évidemment pas attendu pour se prononcer. Dans un joli tir groupé - les deux premiers au «Peuple», le troisième à «La Wallonie» -, José Happart, Ernest Glinne et Jean-Maurice Dehousse ont expliqué que, s'ils étaient à la place de Guy Coëme, ils démissionneraient. Chacun y va cependant d'un commentaire sévérissime sur le cumul des peines : fallait-il aussi déchoir l'ancien ministre de ses droits civils et politiques ? Cette question est importante. Elle pose le problème de «l'interdiction professionnelle» de la plupart des hommes politiques. Elle a dès lors occupé tous les débats radiotélévisés du week-end.

Mais entre la thèse Delpérée («Guy Coëme ne peut plus légalement et décemment siéger») et la thèse Uyttendaele - Perin («aucun texte ne l'empêche d'achever son mandat actuel»), c'est toujours le blocage constitutionnel à l'émeri.

La veille, lors d'un «Samedi première» de haute tenue, le député socialiste Serge Moureaux y avait été de propos autrement décrispants. Et, constatant que l'affaire Inusop n'était qu'un procès subalterne en comparaison des affaires à juger (Agusta, Dassault...), il avait posé un cons-tat et la vraie bonne question. Le constat : Il y a des centaines d'hommes politiques qui gèrent ce pays avec honnêteté. Ne jetons pas la démocratie en pâture. Ce procès ne jette pas l'opprobre sur une sorte de conception d'amoralité qui aurait touché toute la classe politique à un moment. La question, ensuite : quelle ins-tance serait donc fondée à juger les ministres ? En guise d'esquisse, Serge Moureaux vise la Cour d'arbitrage. Composée de magistrats, de juristes et d'hommes frottés aux réalités et aux servitudes du pouvoir, la Cour constitutionnelle pourrait être l'ébauche d'une instance mixte, comme en France. Et de plaider : La Cour d'arbitrage a pu trouver des formules pour démêler des matières extrêmement délicates dans ce pays. C'est (cette mixité) qui a sans doute manqué à la Cour de cassation.

PAS DE MAJORITÉ DE GR ACE

Guy Coëme a-t-il obtenu de Philippe Busquin les garanties professionnelles et politiques qu'il espérait ? Pour le job, c'est oui, évidemment. Quant à savoir si le PS osera introduire un recours en grâce par le truchement du Parlement comme cela s'indique lorsqu'il s'agit d'un ministre du Roi, c'est une autre affaire. Lors du débat de la BRTN, dimanche midi, le député CVP Tony Van Parys a lancé qu'il n'existait pas pour l'instant de majorité parlementaire pour soutenir ce recours. Cela prouve à quel point «l'affaire Coëme», outre ses conséquences socialo-socialistes, est aussi une question de gouvernement.

LUC DELFOSSE