Guy Verhofstadt, huit ans, et toutes ses dents

COPPI,DAVID

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Mercredi 21 mars 2007

Politique « Acht Jaren Verhofstadt » : un opus de campagne de 200 pages à la gloire du Premier ministre, qui veut rester au « 16 »

Superstitieusement, la chronologie en détail de ses huit ans à la tête du gouvernement commence le 13 juin 1999, date à laquelle, lit-on, « la famille libérale devient le groupe politique le plus important à la Chambre, pour la première fois depuis 1918 », et s'arrête au 16 décembre 2006, avec « la présentation, à Bruges du quatrième manifeste citoyen ». 2007 reste en réserve, il ne faut pas vendre l'ours... Bien le signe que le « numero uno » - peut-être même le numéro « unico » - du VLD y croit toujours, publiquement bien sûr, mais surtout en son for intérieur, à sa victoire le 10 juin, à son troisième mandat au « seize » après l'arc-en-ciel de quatre ans et la violette tout autant.

Les sondages ondoient comme des serpents autour de lui, mais Guy Verhofstadt est convaincu de pouvoir les terrasser à temps. « Optimism is a moral duty » (« L'optimisme est un devoir moral »), selon la citation de Karl Popper livrée en jaquette de l'ouvrage édité par son parti, consacré exclusivement à sa personne, et disponible gratuitement dans les librairies de Flandre et de Bruxelles.

Un opus de propagande haut de gamme de près de 200 pages. Jalonné de portraits cirés du chef avec les grands de ce monde et des environs, Mandela, Bush, Blair, ou Albert II. Emaillé de bilans de son action, tous notés : « insatisfaisant » pour la violence et l'insécurité. Et ponctué de hautes références à ses inspirateurs en politique, de Popper donc, à Emmanuel Kant, Friedrich Hayek, John Rawls, ou John Stuart Mill, figures de la pensée démocratique et libérale.

« Pourquoi pas à la tête

d'une tripartite ? »

Tout cela en flamand dans le texte, car on a beau plaider la « Fédération de Belgique », les 300.000 exemplaires imprimés ciblent le seul pays utile électoralement, le Nord en l'occurrence.

Frisant la confusion des genres, le patron du VLD a lancé hier l'opération de communication « 8JV » (pour « Acht Jaren Verhofstadt ») depuis le Lambermont, la résidence du Premier ministre. Puisqu'il veut y rester. Et cela, même, pourquoi pas, déclare-t-il pour la première fois, à la tête d'une tripartite, « car je suis convaincu maintenant qu'une réforme de l'Etat est nécessaire ».

Un peu pour l'anecdote, si l'on ne s'étonne pas de voir l'ennemi chrétien-démocrate flamand Yves Leterme, présent une seule fois sur les photos et calé habilement dans le pli du livre, on s'étonne un peu en revanche de ne pas tomber sur le compère libéral francophone Didier Reynders...

Un oubli. N'y voyez pas malice. Guy Verhofstadt est un joueur, pas un tricheur. A la table du Lambermont, avec les journalistes, il déguste un vin de Toscane, puis avale un amaretto de Sicile, mais ne lui demandez pas s'il a un « plan B » en cas d'échec en juin, par exemple une retraite réparatrice sur ses terres d'Italie, où il se rend, heureux, dès qu'il est enfin libre.

Non, il n'y a, réplique-t-il, que le « plan A » qui tienne : les « Acht Jaren Verhofstadt » en appellent quatre de plus.

Réunion autour de la Constitution

L'adoption de la déclaration de révision de la Constitution, début mai, ponctuera la législature. Le gouvernement doit prendre l'initiative, et indiquer au parlement les articles qu'il souhaite voir « ouverts à révision », c'est-à-dire ceux qui seront modifiables durant la prochaine législature moyennant une majorité des deux tiers au parlement.

Un conseil ministériel restreint se penche sur la question ce matin, auquel sont conviés les présidents de partis. L'on reprendrait la déclaration de révision adoptée il y a quatre ans. Elle comprend, entre autres, l'article 195, que certains (Guy Verhofstadt, par exemple) veulent modifier afin que l'on puisse à l'avenir réformer la Constitution plus aisément, en une législature, au lieu de deux comme c'est le cas aujourd'hui.