Haro sur la concurrence déloyale des pays du Golfe

LABAKI,MAROUN

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Vendredi 28 septembre 2012

Le secteur européen de l’aviation se débrouille bien, mais avec la récession, le tableau est en train de changer radicalement. » Siim Kallas, le commissaire européen aux Transports, a fait preuve de mesure, hier, devant les médias. La réalité, en effet, est vraiment très sombre. Selon l’Association internationale du transport aérien, les compagnies aériennes européennes vont enregistrer des pertes de 850 millions d’euros cette année, alors qu’elles avaient fait 390 millions de bénéfices en 2011.

La croissance économique est partie ailleurs dans le monde ! Le constructeur aéronautique Bombardier, cité par la Commission européenne, estime qu’elle sera de 1,9 % en moyenne annuelle en Europe d’ici 2030, mais de 7,2 % en Chine et de 7,5 % en Inde. Résultat : la moitié de l’augmentation du trafic aérien au cours des vingt prochaines années proviendra de vols à destination ou en provenance de la région Asie-Pacifique.

Cette réalité est incontournable. La Commission n’entend pas pour autant laisser sombrer le secteur européen de l’aviation. Hier, Siim Kallas a proposé aux Etats de l’Union de s’attaquer sérieusement à la concurrence déloyale de certaines compagnies aériennes, qu’il n’a pas voulu citer. Il s’agit cependant surtout, nous dit-on, de compagnies aériennes du Golfe, qui ont développé de très importantes plaques tournantes internationales, dans une totale opacité. Certaines d’entre elles ne publient même pas leurs comptes annuels…

Face à de supposées pratiques déloyales, l’Europe est démunie. Après le 11 Septembre, par crainte d’un sursaut des Américains, l’Union s’était dotée d’un « règlement » calqué sur les procédures antidumping appliquées au commerce des marchandises. Sa mise en œuvre s’est toutefois avérée impossible, et il n’a jamais servi. L’heure est donc venue de recourir à des moyens « efficaces », a déclaré Siim Kallas.

La Commission propose aussi de favoriser la concurrence (loyale…), de décloisonner le marché, entre l’Union et certains de ses voisins (Ukraine, Tunisie, Algérie, Turquie, Egypte, etc.) ou partenaires clés (Russie, Chine, Inde, Japon, Etats de l’Asean, etc.). A l’heure actuelle, les accords aériens sont dans la plupart des cas encore bilatéraux. Economie escomptée : 12 milliards d’euros, principalement en baisses des prix. L’accord UE-Maroc, qui nous permet par exemple de prendre Ryanair pour voler vers ce pays, a entraîné, assure-t-on, une chute de 40 % des tarifs…

La Commission a encore d’autres idées, que les capitales des Vingt-Sept vont examiner d’ici la fin de l’année. Elles n’ignorent pas que les enjeux sont énormes : l’aviation emploie 5,1 millions de personnes dans l’UE ; elle « pèse » 2,4 % de son PIB.

Les propositions de Siim Kallas interviennent alors que l’Union européenne est déjà en conflit avec de très nombreux pays au sujet de la taxe qu’elle entend imposer sur les émissions polluantes des avions.