Histoire(s) d'une utopie à vendre

BRADFER,FABIENNE

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Mercredi 4 octobre 2006

Histoire(s) d'une utopie à vendre

Quand on traverse l'esplanade de l'ancienne cité administrative de l'Etat, derrière la colonne du Congrès à Bruxelles, on voit un univers de béton sans âme, gris, désert, battu par les vents, et on est heureux de s'évader vers un large ciel qui s'offre en panoramique. Pourtant, l'endroit, fait de géométries avec leurs lignes de fuite, a sa beauté. C'est ce que révèlent les premières images du documentaire d'Yves Cantraine, Histoire(s) d'une utopie à vendre. Des images qui trouvent une poésie dans l'austérité du bâtiment, dans le vide des espaces, dans la symétrie des lampadaires. Jusqu'à faire penser que c'est beau, une cité administrative la nuit.

Après cette entrée en matière qui magnifie l'endroit édifié dans le sillage de l'Expo 58, le réalisateur belge pousse la porte, arpente les longs couloirs, se perd dans des espaces vidés de sens, de gens, de vie en quête de sens, d'humanité, et perd peu à peu ses élans de cinéaste. Est-ce le fantôme de la Belgique qui se traduit là ? Est-ce lui qui hante de trop longs couloirs et de trop grands bureaux vides ? Y plane la nostalgie d'un brassage communautaire, d'une unité, d'un rêve fédérateur, de tant de bonnes intentions. Le démantèlement du site - le bâtiment a été vendu au privé - fait écho à la fragmentation politique du pays. Regard en arrière.

C'est long, trop long, meublé des souvenirs et impressions d'anciens employés et fonctionnaires revenus sur les lieux. Le film pèse comme a dû peser l'édifice sur les gens. Avec ses absurdités, son aspect surhumain, le décalage entre réalité et utopie, sa mosaïque d'interprétations. Cantraine a beau chercher la dimension humaine à tout ça, il est piégé par l'endroit et a du mal à retrouver la liberté artistique des premières images.