Hôpitaux : ça passe ou casse

BODEUX,JEAN-LUC; DRUEZ,NICOLAS

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Mercredi 7 mai 2008

Luxembourg Un climat de méfiance entoure les discussions

Les intercommunales sont invitées à trancher sur la réorganisation. Une note de travail sème le trouble.

Hôpitaux, jour J ! Après trois années de palabres, un accord doit tomber ce mercredi soir sur les soins de santé, au sein de la coordination hospitalière luxembourgeoise (CHL). Objectif : approuver les grandes lignes d’un plan médical global et lancer l’intercommunale unique. A quelques heures de cette réunion cruciale, on est à nouveau au bord de l’implosion. En cause, une synthèse de deux pages sur le rôle joué, demain, par chaque clinique.

Ce document, non signé, a été réalisé à la demande du président de la CHL, Jean-Marie Carrier (PS). Un expert et des personnes extérieures l’ont rédigé. « Nous avons sollicité ce travail pour avoir une vue d’ensemble sur ce qui a été proposé par les différentes directions médicales », précise le socialiste. Il y a quinze jours, chaque intercommunale avait rentré « son » plan. Beaucoup de convergences existent, mais des obstacles demeurent. Conséquence, le politique tranche aujourd’hui.

Entre-temps, cette nouvelle synthèse, qui est censée être un condensé de la vision de chacun, a atterri. Les responsables de l’Ifac, qui gèrent les hôpitaux de Marche et Bastogne, ont failli s’étrangler en découvrant son contenu. « Si ce document sert de base aux discussions de ce soir, cela posera effectivement des problèmes », se contente d’indiquer Philippe Hanin, le président de l’Ifac. Que dit la note ? Elle relève que la restructuration des CSL (Arlon-Virton) est achevée et conforte Arlon pour la cardiologie.

Dans le Centre-Ardenne, on programme le rapatriement de la quasi-totalité des lits de Ste-Ode vers Libramont. C’est au niveau de Bastogne que ça coincerait le plus : la clinique serait très fragilisée. Pour Marche, la capacité en lits ne serait que faiblement augmentée ce qui, à terme, mettrait l’hôpital Princesse Paola en difficulté. Pour les gestionnaires de l’Ifac, cette ligne directrice s’écarte du fameux accord de Durbuy. En mai 2007, les corps médicaux avaient réussi à s’entendre sur un tronc commun, qui doit servir de base à un plan médical.

Jean-Marie Carrier est prudent quant à la portée de la synthèse dans le débat de ce mercredi soir. « Je ne l’ai pas encore analysée dans le détail, expliquait-il, mardi. Je vais regarder si elle s’écarte ou non de l’accord de Durbuy et si elle a pu éventuellement être orientée. Mais je veux une décision. »

Des pierres (in)hospitalières…

Lundi en fin de journée, les ministres Didier Donfut et Philippe Courard sont venus à Arlon poser la première pierre de l’extension « D » de la clinique, côté parking. Une pose symbolique puisque les travaux sont en cours depuis quelques semaines.

Plus fondamentalement, chacun y est allé d’un discours prônant le sens des responsabilités et de la solidarité pour qu’enfin l’intercommunale unique devienne réalité. Mais on en est encore loin (lire ci-dessus). Il y avait donc première pierre et pierre d’achoppement…

Guy Schuster, président des CSL, Jean-Marie Carrier, député provincial et président de la Coordination hospitalière luxembourgeoise, les ministres Didier Donfut et Philippe Courard sont allés dans le même sens. Dans l’assistance venue des différents sites hospitaliers, sauf l’Ifac en réunion, tout le monde n’a pas applaudi…

Le docteur Mairesse, président du conseil médical des CSL, a tenu un discours basé sur les inquiétudes du corps médical. « Notre restructuration qui a duré plus de 20 ans aura forcé des entités concurrentes à travailler ensemble à un projet commun. Aujourd’hui, nous sommes fiers de nos réalisations : l’activité médicale n’a cessé de croître, avec 4 % de moyenne annuelle, 6 % en 2007. Depuis 2003, notre résultat d’exploitation est en équilibre. Et grâce à une initiative conjointe du corps médical et du gestionnaire, un fonds de promotion a permis l’engagement de spécialistes. Finalement, le principe de cogestion avec concertation permanente entre médecins et gestionnaires a porté ses fruits. »

Préoccupations des médecins

Mais il y a des préoccupations. Le Dr Mairesse craint que la performance de l’outil CSL, telle qu’elle existe, ne soit pas garantie par l’intercommunale unique. « L’équilibre financier est retrouvé, on voit des marges de manœuvres. Les médecins sont impatients de développer des projets médicaux, dans un esprit de qualité et de proximité. Demain, ces marges pourront-elles être affectées à ces projets ? »

Secundo, un accord-cadre provincial a été signé en août 2000 pour positionner certains secteurs d’activités : radiothérapie à Libramont, centre de référence en oncologie à Arlon, etc. « Aujourd’hui, certains voudraient détricoter cet accord qui doit rester la colonne vertébrale de tout le plan provincial. » Autre inquiétude : le manque de médecins. Enfin, les médecins des CSL s’inquiètent de l’évolution de la situation de l’hôpital de Bastogne.

De son côté, Guy Schuster a mis en avant trois principes fondamentaux pour la création d’une intercommunale unique : la transparence, l’équité – « ce qui implique un forfait des coûts plutôt que l’actuelle tarification au km » – et la qualité, avec le développement de programmes de soins complets (oncologie, cardiologie).

Le ministre Donfut a rappelé que la CHL était un premier pas, mais qu’il fallait fédérer au plus vite toutes les forces pour créer une intercommunale unique. « On accompagnera alors vos demandes financières de façon massive pour créer un outil performant en Luxembourg. »

Tout en saluant le courage des gestionnaires de la restructuration dans le sud, « ce qui n’était pas plus facile hier qu’aujourd’hui », Philippe Courard a rappelé qu’il n’était pas possible d’avoir tout partout comme certains le pensent. « 3 ou 4 hôpitaux de type universitaire, c’est impossible. Mais il faut des hôpitaux de proximité et de qualité. Et un seul pouvoir de décision est essentiel. »

Deux nouvelles ailes à Arlon

L’hôpital d’Arlon est en chantier. Devant et sur le côté.

L’aile « E ». Un bâtiment de trois étages en construction dans les pelouses de l’hôpital, accueillera une structure d’autodyalise, un hôpital de jour chirurgical, un hôpital de jour gériatrique et un service de consultation endoscopique. Il est financé sur fonds propres, grâce à un accord entre les gestionnaires et le corps médical. Dont coût : 5,7 millions d’euros.

L’aide « D ». Ce bâtiment de quatre étages vise à achever le regroupement de tous les services aigus sur le site d’Arlon. Il permettra le rapatriement de la gériatrie et de la psychiatrie actuellement à Virton, ainsi que la réouverture de 30 lits de chirurgie et des chambres stériles pour l’oncologie. Le budget est évalué à 12 millions d’euros, subsidié par la Région wallonne.

Ces travaux font suite au nouveau bloc opératoire (2001), à la RMN (1997), à l’arrivée du premier scanner (1987), au service de dialyse (1984), etc.

Chiffres. Les CSL emploient 1.050 personnes sur ses sites d’Arlon et St-Mard – Athus est désormais fermé –, dont 134 médecins. Le chiffre d’affaires est de 85 millions d’euros.