Hôpitaux : « Non à l’immobilisme »

BURGRAFF,ERIC; DRUEZ,NICOLAS

Page 9

Jeudi 4 octobre 2007

Luxembourg Création d’une intercommunale unique pour sauver la situation

Nouveaux travaux en vue à Marche et Bastogne. Courard fustige l’immobilisme à propos du plan de restructuration.

ANALYSE

L’immobilisme s’apparenterait à de l’irresponsabilité ! » Mercredi matin, à l’heure d’offrir aux hôpitaux de Marche et Arlon le paquet de millions qui leur permettra de grandir (lire ci-dessous), le ministre Philippe Courard a eu des mots durs vis-à-vis des gestionnaires des cliniques luxembourgeoises.

Pour rappel, la Région wallonne réclame depuis 2003 un plan de restructuration commun aux trois hôpitaux. Il existe sur papier depuis novembre 2006. Les idées : créer une intercommunale unique, renforcer les trois pôles aigus (Marche, Arlon, Libramont), intégrer l’hôpital psychiatrique de Bertrix, condamner Sainte-Ode et réduire sérieusement l’activité à Bastogne.

Depuis, le monde politique peine à avancer. « Vous devriez voir les tergiversations politiques, c’est hallucinant ! », assure un mandataire socialiste. Les problèmes ? La répartition des parts, donc des futurs déficits, dans l’intercommunale unique. Autre problème de taille : Bastogne ! Ni les habitants, ni le député-bourgmestre Philippe Collard (MR) ne sont prêts à sacrifier cette institution de proximité.

« De la folie furieuse »

Pourtant c’est à Bastogne que Philippe Courard pense quand il associe l’immobilisme à de l’irresponsabilité. Et d’insister : « Maintenir telle quelle la situation à Bastogne, c’est de la folie furieuse ! » Tout en nuançant : « Entre fermer une institution et la réorganiser, il y a un monde. Il convient de penser à une solution globale dans l’intérêt des gens de Bastogne. Il faut le faire maintenant ! Dans un an, il sera trop tard. Nous serons alors trop proches de l’échéance électorale de 2009 où il y aura encore plus de mauvaise foi qu’aujourd’hui ! »

Paul Magnette, le ministre de la Santé, ne dit pas autre chose : « La création d’une intercommunale unique est l’élément essentiel pour assurer le redéploiement de l’offre de soins dans la région en dehors de toute concurrence malsaine. Cette décision est la première d’un processus qui aboutira au maintien des soins dans toute la province. Nous voulons de vrais pôles d’excellence mais nous veillerons à ce que la proximité reste d’actualité. »

Et maintenant ? Pour obliger le monde politique luxembourgeois à bouger, la Région wallonne avance deux arguments. L’un en forme de bâton : gel, annulation ou remboursement de l’argent du plan Tonus pour 21 communes (4,5 millions pour 3 ans) ! L’autre en forme de carotte : le financement des constructions proposées par les médecins et le plan de restructuration.

Qui a la main ? Les communes et la province, pas la Région ! On devrait donc négocier ferme dans les alcôves politiques. Les Luxembourgeois sauront-ils prendre leurs responsabilités ? « Viendra un moment où les sous-régionalismes reprendront le dessus. On aura besoin de votre arbitrage », a lancé aux ministres wallons, le bourgmestre CDH de Marche André Bouchat.

Six fois deux : le compte est bon

C’est peu dire qu’elle était attendue, cette enveloppe ! Le ministre Paul Magnette a annoncé, mercredi, l’octroi d’un subside de douze millions d’euros pour les modernisations des cliniques d’Arlon et Marche. Il a fait vite, depuis son intronisation au gouvernement wallon. Son feu vert était en partie lié au respect des plans de gestion. Si tout va bien pour le CHA (Libramont-Ste-Ode) et les CSL (Arlon-Virton), l’Ifac (Marche-Bastogne) affiche par contre un bilan de santé moins réjouissant. Le résultat de l’exercice 2006 reste déficitaire et la non-subsidiation du deuxième service des urgences entraîne une perte récurrente. « Certaines intercommunales sont confrontées à de plus grandes difficultés que d’autres », estime Philippe Hanin, président de l’Ifac. « Pour arriver à des résultats, on a aussi besoin d’outils performants. » Voici le détail des investissements programmés.

Arlon. Six millions d’euros seront injectés dans l’extension de l’aile D. « Nous allons ramener des lits aigus de psychiatrie et de gériatrie », indique Philippe Vincent, le directeur général des CSL. A terme, l’institution arlonaise comptera 337 lits, avec une nouvelle distribution sur les six étages. Du premier au sixième, le patient trouvera la psychiatrie et la maternité, la gériatrie et la cardiologie, la chirurgie, deux étages de médecine et, enfin, la pédiatrie. Le site de Virton aura une capacité de 67 lits.

Marche. Le subside dégagé s’élève également à six millions d’euros. Ils serviront à construire un nouveau service d’urgences, à agrandir le bloc opératoire (deux salles) et rénover les soins intensifs. « Des services essentiels », assure le directeur général, Paul Gérard. Il y avait urgence, selon les responsables de ces départements. Pour le bloc opératoire, on est obligé de stocker du matériel… dans les couloirs. Les travaux démarreront dans quelques semaines.