Idélux en assemblée: Jean Bock poursuit sa croisade Assurances «groupe»: les communes ne paient pas TEXTO «Eu égard aux résultats enregistrés sous Richard Pierret» RÉTROACTES Les événements se sont précipités ces derniers mois à propos des conditions de départ de Richard Pierret. Le monde politique découvre l'ampleur de ses décisions. Et perd son unanimité.

BURGRAFF,ERIC; PETIT,MICHEL

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Mercredi 28 juin 2000

Idélux en assemblée: Jean Bock poursuit sa croisade

D'aucuns ont promis des assemblées générales mouvementées pour Idélux et ses satellites. C'est ce matin, à l'Euro Space Center. Le point.

UN DOSSIER

d' Eric Burgraff et Michel Petit

Ce mercredi, c'est grand-messe. Assemblée générale. Qui, bien souvent n'est secouée d'aucun débat. L'A.G. de l'an 2000 pourrait bien changer la donne. Une (quasi-) certitude, Jean Bock, administrateur depuis les élections de juin 1999, poursuivra sa croisade à la tribune. Son idéal, avoué à ses coreligionnaires libéraux : que Richard Pierret quitte tout, absolument tout ce qui touche à Idélux. Son credo : la nouvelle direction doit être libre, totalement, sans entrave aucune. Il porte son regard, et son analyse, jusque Eurefi, ce fonds européen d'investissement dont Richard Pierret assure la présidence et qui, pour directeur, a un ancien d'Idélux, Daniel Gheza. Idélux, pourtant, n'y détient pas le quart des actions. En présence de ses amis du PRL, Jean Bock se fait exigeant : nous devons, à terme, trouver le moyen de faire partir le président!

Le PRL enfourche un autre cheval de bataille encore, celui des quelque 21 millions qu'Idélux a apporté, mi-99 (plus de 13 millions) et au cours du premier trimestre de cette année (plus de 8 millions), afin d'amener à 81 millions brut le capital de l'assurance-groupe du directeur général en partance. Commentaire entendu en coulisses : nous demanderons la non-exécution de ce dernier contrat d'assurance-groupe.

Enfin, le PRL souhaite un audit sur le fonctionnement de l'intercommunale, sur sa gestion passée, mais aussi sur les perspectives, au-delà du contrat de gestion préparé par le nouveau directeur René Delcomminette et adopté à l'unanimité la semaine dernière par le conseil d'administration.Et pas question, évidemment, de prendre pour expert un cadre d'Idélux, répétera sans doute Jean Bock...

Assurances «groupe»: les communes ne paient pas

Les communes ont-elles payé ou paient-elles encore les assurances «groupe» du personnel des intercommunales ? Le président Jean-Marie André et le secrétaire général, Philippe Pierret ont voulu rassurer les troupes sur ce point. Ils répondent négativement à la question dans un courrier adressé fin de semaine dernière aux bourgmestres et autres délégués aux assemblées générales.

Ils s'appuient sur l'analyse de Léon Lafontaine, commissaire-réviseur. Les primes afférentes aux contrats d'assurance-groupe, dit ce dernier, tant du personnel que du directeur général s'imputent sur les résultats, positifs depuis de nombreuses années (...). Les moyens financiers octroyés par les communes à l'intercommunale au titre de cotisations servent à alimenter un fonds d'expansion économique destiné à financer de nouvelles implantations industrielles; la valeur historique de ce fonds, qui est isolé des autres moyens financiers de l'intercommunale, n'a pas été affectée par la déduction des primes d'assurance-groupe.

TEXTO «Eu égard aux résultats enregistrés sous Richard Pierret»

Selon le président André et le secrétaire général Pierret,les 81 millions d'assurance-pension attribués à Richard Pierret se justifient tout à fait, ainsi qu'ils l'écrivaient récemment à un bourgmestre ardennais.

Eu égard aux résultats enregistrés par Idélux, Idélux-Finances et AIVE sous le magistère de Richard Pierret et en particulier: actifs totaux portés de 12 millions à 12,7 milliards, développement de l'emploi (3.000 dans les PME, 7.000 dans les entreprises attirées de l'extérieur et de l'étranger), sauvetage et restructuration d'entreprises majeures (Cellulose des Ardennes, Sud-Lait, Salmfor...), mise en place de services publics performants (assainissement, épuration, eau), accumulation de résultats positifs (1,2 milliard au profit de tous les associés) après couverture de toutes les charges (soit une augmentation de la valeur des parts de près de 300%), ancrage international avec la création d'Eurefi, société de financement de capital risque (900 millions), etc.

Il a été décidé, à titre exceptionnel et compte tenu de son rôle de fondateur, et du statut privé qui est le sien (ainsi que celui de tous les membres du personnel d'Idélux-Aive), de porter la rente résultant d'assurance de groupe souscrite depuis 1966 de 75% du salaire moyen des 5 dernières années à 80% comme admis fiscalement, et d'en avancer la mise à disposition de 65 à 62 ans.

Ces avantages ont été entièrement financés par les résultats d'exploitation positifs des intercommunales dont il convient de noter que le fonctionnement est bénéficiaire de façon récurrente et donne lieu à paiement de dividendes aux apporteurs de capitaux sans qu'interviennent dans ces résultats les cotisations dont la capitalisation a permis de financer une implantation industrielle dans le Sud-Luxembourg en pleine crise de la sidérurgie.

RÉTROACTES Les événements se sont précipités ces derniers mois à propos des conditions de départ de Richard Pierret. Le monde politique découvre l'ampleur de ses décisions. Et pe rd son unanimité.

1966. Souscription d'une première assurance groupe au profit du directeur-général Richard Pierret.

Mars 1998. Richard Pierret annonce son départ et en négocie les conditions.

Mai 98. Appelé à remplacer Pierret en 2000, Robert Chenot, ancien directeur de L'Oréal entre chez Idélux. Moins d'un an plus tard, il quitte la maison avec de plantureuses indemnités.

Juin 1999. Jean Bock, fraîchement élu administrateur, pose des questions sur les conditions de départ de Robert Chenot. Les réponses tombent au compte-gouttes. On sait finalement que le coût pour Idélux est d'environ 18 millions. Bock est scandalisé. C'est le début de sa croisade visant à mettre en lumière certaines pratiques.

1999. Souscription d'une nouvelle assurance complémentaire au capital de 21 millions dans le cadre des conditions de départ de Richard Pierret. Le capital est ainsi porté à 81 millions bruts.

Printemps 2.000. Jean Bock veut tout savoir des conditions de départ de Richard Pierret. Il continue à poser quelques indiscrètes questions. Les montants scandalisent le monde politique provincial mais le secret est bien gardé.

16 juin 2.000. «Le Soir» donne les détails de l'affaire et les premières réactions du monde politique.

Le même jour, le comité permanent et le conseil d'administration remettent sur la table les autres conditions du départ de Pierret (consultance, voiture, secrétariat...). Elles sont sérieusement limitées. Mais le vote montre l'ampleur de la scission au sein de la majorité provinciale PS-PRL d'abord, au sein du PRL ensuite.

21 juin 2.000. Richard Pierret annonce par courrier sa décision de renoncer à l'offre de collaboration faite par le conseil d'administration.

22 juin 2.000. Y a-t-il encore un président chez Idélux? C'est le PSC qui pose la question à l'égard d'un Jean-Marie André peu soutenu par son propre parti dans ce dossier. Il met aussi le doigt sur un autre problème: le manque de contrôle du pouvoir politique sur les intercommunales.

23 juin 2000. Le PS en remet une couche. Il estime avoir été roulé et admet lui aussi l'absence de contrôle sur les intercommunales.

28 juin 2.000. Les intercommunales Idélux, AIVE et Idélux-Finances tiennent, à l'Euro space center, des assemblées générales qui pourraient bien être parmi les plus mouvementées de leur histoire. A moins que le monde politique ne retrouve son légendaire consensus.

Le gouverneur

prendra la parole

Le gouverneur Caprasse prendra la parole lors des assemblées générales de ce mercredi. Contenu de son intervention?Secret défense jusqu'à l'heure H! Et l'heure H devrait être celle de l'ouverture de l'assemblée. Si Bernard Caprasse s'en tiendra aux «principes», on peut déjà noter que ce type d'intervention est exceptionnel depuis que la loi ne permet plus à un gouverneur d'exercer la présidence d'une intercommunale. Bernard Caprasse siège au comité permanent en qualité d'observateur et au conseil d'administration en tant que porteur de parts privées.