Il y a trente ans, le drame de Los Alfaques
GORISSEN,AGNES
Page 53
Samedi 28 juin 2008
RTL-TVI « Docs de choc » a retrouvé certains des cinquante Belges qui passaient des vacances dans le camping espagnol
Les plus jeunes n’ont peut-être pas entendu parler de Los Alfaques, à 200 kilomètres au sud de Barcelone. Le drame remonte au 11 juillet 1978. Un camion contenant du propylène a emprunté la route de la plage pour éviter les péages. Une fissure s’est produite dans la cuve, qui a été trop remplie. Au moment où l’engin passe devant le camping, il explose.
La cuve se brise en deux morceaux propulsés dans des directions opposées et une véritable boule de feu déferle sur le camping, brûlant vifs les estivants encore attablés ou en pleine sieste. En quelques secondes, la moitié du camping est anéanti. Une centaine de personnes meurent sur le coup, complètement carbonisées. Environ 150 autres mourront dans les jours, les semaines, les mois suivants – certains même plusieurs années après.
Parmi les 400 estivants qui occupaient le camping – il était plein –, une cinquantaine de Belges. La moitié sont morts. Pour la centième de Docs de choc, qui marque aussi le trentième anniversaire du drame, Charlotte Baut a retrouvé des survivants de chez nous. « Au début, ils ne voulaient pas témoigner, explique la journaliste. Ils vivent encore tous les jours avec la tragédie. En fait, leur vie s’est arrêtée il y a trente ans. Mais quand ils ont compris que l’objectif de l’émission était de faire un travail de mémoire, ils ont presque tous accepté de parler devant la caméra. »
Leurs témoignages, entrecoupés d’images d’archives, racontent l’horreur de ce qu’ils ont vu, la perte des proches, les doutes face aux corps qu’on leur rendait – étaient-ce bien les bons ?
Charlotte Baut s’est aussi rendue sur les lieux du drame, à Los Alfaques. Elle y a retrouvé une autre Belge, Yvonne, qui tenait un restaurant à deux pas du camping. Elle s’est immédiatement rendue sur place pour aider les Belges à retrouver leurs proches. Elle sera la seule : la Belgique, contrairement à d’autres pays, n’enverra aucun officiel sur place et le consul belge en Espagne ne daignera pas faire le déplacement. Alors c’est Yvonne qui va faire l’inventaire de qui est en vie ou pas et tenter d’identifier les morts via leurs papiers, leurs bijoux ou leurs dents. Notre administration ne s’est pas arrêtée là : trois mois après leur retour, les rescapés ont reçu de l’Etat la facture pour les frais de rapatriement de leurs morts…
Aujourd’hui donc, le camping est toujours là. Et fréquenté. La seule différence : les camions ne sont plus autorisés sur la route de la plage.
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