Ils sont Belges et parient sur le durable Au-delà des discours et des conférences sur le développement durable, il y a, dans notre pays, une myriade d’initiatives concrètes. Un cocktail de volontés positives et de bonnes idées. Quand le « durable » n’est pas un vain mot

MOREL,PIERRE; DE VOGELAERE, JEAN-PHILIPPE; DE MUELENAERE,MICHEL; SCHARES,LUC; STAGIAIRE

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Lundi 18 juin 2012

Ils sont Belges et parient sur le durable Au-delà des discours et des conférences sur le développement durable, il y a, dans notre pays, une myriade d’initiatives concrètes. Un cocktail de volontés positives et de bonnes idées. Quand le « durable » n’est pas un vain mot

On parlera beaucoup de « développement durable », cette semaine. A Rio, la conférence des Nations unies « Rio+20 » réunira des dizaines de ministres, une grosse centaine de chefs d’Etat et des bataillons de diplomates et de fonctionnaires. Ce beau monde, vérifiera si nos pays évoluent vers le développement durable : un développement axé sur le bien-être de tous, cadré dans les limites environnementales de notre Planète et au service duquel on aurait mis l’économie. Et hors de l’immense Riocentro, la « société civile », des dizaines de milliers de militants d’associations, de syndicalistes, d’ONG de développement, joindront leur clameur pour revendiquer que l’on en fasse plus. Toujours plus. Air connu…

Mais malgré la médiatisation qui accompagnera le Sommet de la Terre où l’on discutera de « l’avenir que nous voulons », beaucoup continueront à se demander ce que développement durable veut dire. Vrai : même s’il circule depuis des décennies – popularisé dès la fin des années 80 –, que les experts de tout poil ont pris le temps d’en sonder les implications, le concept n’a que très difficilement pénétré les cerveaux. Et encore plus difficilement contaminé les politiques. L’appellation « durable » a été tant rabâchée, et mise si souvent au service du marketing, que bien peu en saisissent encore le sens. « Quand j’insiste sur la nécessité de mener des politiques “durables”, mes collègues sourient poliment », raconte ainsi un ministre.

Ce sera l’une des vertus de Rio+20 : rappeler à quel point tout cela est crucial. Car derrière les débats sémantiques, les bilans chiffrés sur lesquels nous reviendrons dès nos éditions de ce mercredi, un constat : en Belgique, le durable court les rues. Des milliers d’initiatives et tout autant de projets. Il suffit d’ouvrir les yeux et de se baisser. La preuve que ça marche. Mais modestement, discrètement, en se confrontant avec d’innombrables difficultés, en s’appuyant bien souvent sur du bénévolat, des statuts précaires. Ces associations sans but lucratif, ces groupes de quartiers ou d’amis, ces coopératives, ces maisons de jeunes mais aussi ces entreprises classiques tentent de réconcilier l’environnement, le progrès social et l’économie. Quelques-unes sont de grande taille, comme l’ASBL liégeoise Terre (300 emplois) qui vient de décrocher le Grand prix des Générations futures ou des entreprises de travail adapté comme les Ateliers du Saupont à Bertrix (140 travailleurs dont 90 % sont handicapés). Mais beaucoup sont des petites structures de rien du tout. Des idées nées de l’envie d’améliorer la vie, de soigner des problèmes d’environnement (le gaspillage notamment) ou de société – l’exclusion, le chômage –, de nouer des liens en faisant participer le plus grand nombre. Ici, mais aussi parfois dans les pays en développement. Et puis, il y a des administrations

et des communes qui, à leur niveau apportent leur pierre à cette Belgique qui bouge. Discrètement. Durablement.

Mobius Green : la chasse au gaspi sur les chantiers

Henri Klepfisch, 46 ans, en impose par sa taille et par sa volonté. Parti de rien, il débute comme entrepreneur à l’âge de 19 ans. Dans le textile. Rien qui ne destine au développement durable, et encore moins au recyclage de déchets de chantier. Et pourtant. « C’est un pur hasard : je suis tombé sur une émission de France 2 consacrée à un type qui s’était lancé là-dedans. » Au départ, un constat simple : on peut recycler les matériaux de chantiers à près de 99 %. Or, d’ordinaire, ces déchets finissent « brûlés, enfouis ou envoyés à l’étranger ». Le tri reste sommaire et ne vise qu’à récupérer une petite partie des matériaux, facilement revendables comme le bois. L’idée de Mobius Green : un tri manuel, à la source. Objectif : retransformer les déchets en matière première grâce aux filières de seconde vie. « On récupère surtout le bois, le plastique, le carton, les métaux ou encore les matériaux inertes tels que le carrelage ou la brique. Le bois peut, par exemple, être transformé en litière d’écurie ou servir de combustible pour des systèmes de chauffage, le plastique redevient bassines, seaux ou encore conduits pour canalisation. » Le plus couru : le métal et en particulier le cuivre, qui se revend 1.600 euros la tonne selon une cotation

internationale.

« Pour cette première année, on a perdu beaucoup d’argent. Mais c’est le début. » A ce jour, Mobius Green a couvert 10 chantiers. Un seul requiert 7 à 12 mois. L’objectif est d’atteindre 15 chantiers sur un an, tous de 7.500 m2 au moins. « En dessous, ce n’est pas rentable. » Des débuts ardus mais beaucoup de chemin parcouru déjà. Aujourd’hui, Klepfisch signe avec le top 20 des entreprises du marché. Mobius emploie quatre personnes, pas ou peu qualifiées, formées sur le tas. Car « le développement durable est aussi un secteur d’avenir pour l’emploi ». Et pour l’intégration, d’où une collaboration avec le CPAS d’Uccle. « La rémunération n’est pas énorme mais ces gars peuvent avoir un avenir, plus de responsabilités. Je m’arrange aussi pour qu’il y ait des à-côtés. »

www.mobiusgreen.be

Eco Innovation : comme un arbre dans la ville

La carrière académique tendait les bras à Frédéric Morand : un diplôme d’agronomie et un doctorat en Economie des institutions en poche, il passe une dizaine d’années à faire de la recherche. Aujourd’hui, il fait fleurir des potagers au cœur de Bruxelles. « Eco Innovation est dans le prolongement de ce que j’ai fait auparavant », explique pourtant l’ancien chercheur en techniques agricoles. En 2005, le jeune quadragénaire fonde avec deux acolytes l’ASBL Eco Innovation. « Les techniques qui permettent de cultiver dans le respect de l’environnement sont nombreuses. Notre but était de réfléchir à leur application. » Cette réflexion se concrétise lorsqu’il croise la route de Nathalie Bücken, une employée chargée des subsides à la commune d’Anderlecht. Elle lui demande s’il peut transformer en pépinière un dépotoir situé à deux pas de la zone du Canal. Morand saisit l’occasion « de revenir à son métier de base : l’agriculture ». Début 2010, Eco Innovation, armé d’un contrat de la Région bruxelloise, métamorphose 600 m2 de bitume désaffecté. La décharge devient d’un côté un potager mixte où se côtoient amateurs et professionnels de l’horticulture, de l’autre une zone où les riverains viennent se prélasser. Aujourd’hui, quatre projets similaires sont

en cours à Bruxelles. Trois à Anderlecht, le long du Canal près du quartier de Cureghem et à Neerpede, et un à Schaerbeek, rue Masui.

Les fruits et légumes bio poussent dans des bacs en plastique d’un demi-mètre carré loués à l’année pour 10 euros. Une partie de l’espace est confiée à des particuliers, des écoles et des associations. Une trentaine au total. « Il y a de tout : des mères de famille, des jeunes, et même des habitants du quartier qui sponsorisent des bacs pour d’autres jeunes », explique Morand. Eco Innovation cultive les parcelles restantes. Les aliments sont vendus sur place. « On a plus de demande que d’offre. » L’ASBL crée de l’emploi dans cette zone à fort chômage : 12 employés à temps plein et une douzaine de chômeurs formés chaque année en horticulture. Eco Innovation bénéficie largement du financement des contrats de quartier en Région bruxelloise. Ces soutiens courent sur une période de quatre ans. Au-delà ? On mobilise. Pour assurer son autonomie future, Eco Innovation prépare un site de vente en ligne et propose des services aux personnes voulant cultiver des fruits et légumes biologiques en ville.

www.eco-innovation.net

Soleil vert : l’économie sociale, dans le bon ordre

C’était une belle idée, en phase avec les objectifs du développement durable, écologique comme social. En 2007, deux ASBL actives dans la réinsertion sociale en lien avec la nature créent, en région liégeoise, « Soleil vert », une coopérative à finalité sociale (SCRL-FS).

Soleil vert réalise de l’isolation naturelle et écologique de bâtiments par insufflation de laine de cellulose. Un matériau fabriqué à partir des résidus de papiers, dont les qualités isolantes sont excellentes, qui est issu d’une filière de recyclage et dont la fabrication est très peu énergivore. À cet objectif écologique, Soleil vert ajoute un volet social : la coopérative forme et emploie des chômeurs de longue durée.

Mais deux ans plus tard à peine, Soleil vert est en très grosse difficulté financière, doit établir un plan de redressement au tribunal de commerce et négocier une réduction de ses dettes. Ce plan de redressement, c’est André Jacquinet, 55 ans, qui l’établit et le met en œuvre.

Réviseur d’entreprises, il est administrateur de la société de pose de panneaux solaires Enersol, un des coopérateurs de Soleil vert. Et il décide de s’y investir à fond : « En tant que réviseur, ma fonction était celle du contrôle a posteriori, explique-t-il. J’ai eu envie de me lancer dans la gestion, qui, elle, consiste à anticiper. »

Et l’homme a un regard lucide sur les difficultés rencontrées par Soleil vert : « On a voulu faire du social en oubliant l’économie ! Dans l’économie sociale, l’ordre des mots a son importance : il faut d’abord que l’entreprise soit rentable. Or, quand on fait de la réinsertion, on a un peu plus de problèmes d’absentéisme qu’une entreprise classique. Dès 2010, nous avons constitué une nouvelle équipe d’encadrement. Tout en continuant notre travail de réinsertion, nous proposons un travail de très grande qualité. »

Aujourd’hui, Soleil vert apure ses dettes et retrouve la forme. La coopérative emploie une douzaine de personnes, dont la moitié en réinsertion. Et le marché existe : « On reste un peu plus cher que l’isolation classique à base de matériaux pétrochimiques, explique André Jacquinet. Mais le marché de l’isolation est presque illimité et est un défi important. Et nous trouvons des clients convaincus de l’importance d’utiliser des produits naturels. »

www.soleil-vert.be

Ressourcerie : redonner vie à nos bons vieux objets

La qualité, c’est la résistance au quotidien. » La réflexion de Matthieu Bonaventure sonne comme une sentence. Bien sûr, il parle des vêtements ou des meubles de réemploi qu’il vend au sein de la « Ressourcerie de la Dyle », mais on a subitement l’impression que cela correspond à sa propre vie. Psychologue de formation, « mais sans vouloir être psychologue un jour », il a trouvé son bonheur dans le commercial avant d’opter pour le commerce équitable puis la coopération au développement avant, de ressentir, à 34 ans, être enfin « à ma place » dans cette entreprise de développement durable basée dans l’ancienne gendarmerie de Genappe.

« Ici vraiment, on met en pratique les trois piliers du développement durable, commente ce coordinateur de la Ressourcerie de la Dyle qui a trouvé sa résidence dans un habitat groupé de Virginal. L’environnement d’abord puisqu’on lutte contre le gaspillage. Social ensuite, de plusieurs manières, avec la formation et l’insertion de personnes peu formées et au chômage depuis au moins deux ans, mais aussi en vendant aux personnes défavorisées des objets à des prix plus justes, notamment via l’aide des CPAS. Et, enfin, économique, en mettant 8,5 équivalents temps pleins dans le traitement et la vente d’objets dont leurs propriétaires voulaient s’en défaire via les encombrants. Nous sommes ainsi quelque part les concurrents directs d’Ikea. »

Le concept commence à prendre en Wallonie, alors qu’il est généralisé en Flandre via les « Kringwinkels » : « Mais pour être une alternative crédible, il nous faudrait par exemple couvrir tout le Brabant wallon. Or, pour l’instant, nous n’œuvrons que sur Ottignies-Louvain-la-Neuve, Grez-Doiceau, Court-Saint-Étienne, Walhain et Genappe. Les gens viennent nous apporter leurs objets, ou nous allons les chercher chez eux pour 5 euros par m3, tandis que nous sommes tous les premiers samedis au mois, de 13 h à 17 h, au parc à conteneurs de Basse-Wavre. Depuis janvier, nous avons ainsi récolté pour 30 tonnes, dont 78 % ont servi pour le réemploi. Notre chiffre d’affaires, depuis mai 2011, date de l’ouverture du magasin, est de 100.000 euros. Mais la sauce commence à prendre. Je suis optimiste. »

Et de conclure : « Dans cette crise ambiante, je me sens utile. Ou, pour être plus juste, j’ai beaucoup moins l’impression de ne pas l’être… »

www.redyle.be

Semailles : une mémoire qui veille aux graines

Etes-vous plutôt mâche de Comines, badiane japonaise ou scorsonère ? Si vos papilles vous en disent, une visite du jardin de Semailles devrait titiller votre curiosité autant que votre mémoire. Car bien souvent, ceux qui empruntent les routes de campagne menant à Faulx-les-Tombes, petit village du Condroz namurois, recherchent des saveurs inconnues ou au contraire des sensations enfouies dans leur mémoire d’enfant, quand leur grand-mère sortait du potager des légumes dont les formes et l’aspect avaient déjà disparu des étals des grands magasins. Voici 12 ans, Catherine Andriane s’affairait seule dans son garage, le transformant en lieu de stockage et d’expédition. La société Semailles naissait avec ce constat : « Depuis les années 1950, la Belgique a perdu la majeure partie de sa biodiversité potagère, explique-t-elle. Et cette érosion ne cesse de croître. » La faute à une standardisation imposée par la grande distribution, par exemple le calibrage des tomates. Heureusement, des potagers amateurs veillaient encore. Elle s’est dit qu’il y avait là un petit patrimoine à sauver de l’oubli. Les anciens ont sélectionné durant des siècles des variétés pour leur rusticité, leur goût, leur adaptation à notre climat. En donnant d’ailleurs une surprenante palette de formes et de couleurs.

Semailles continue de grandir et se porte bien. Un nouveau jardin conservatoire était encore inauguré l’an dernier. Son catalogue propose près de 500 variétés de semences, dont près de 350 sont potagères. Il y a aussi les plantes aromatiques et les fleurs, et puis du matériel et des bouquins pour aider à jardiner bio. Aujourd’hui, Catherine Andriane et son équipe de quatre personnes se définissent plus que jamais comme des semenciers et producteurs artisanaux convaincus du bien-fondé leur action. Au fil des années, des liens se sont tissés avec des associations comme Nature & Progrès ou Réseau Semences Paysannes. De plus en plus de points de vente accueillent les semences de Semailles, vingt nouveaux magasins rien que cette année. Une septantaine en Wallonie, six à Bruxelles, quatre en Flandre et deux en France.

www.semaille.com

Asmaé : soigner les racines des mangroves

A Toubacouta, au sud du Sénégal, la mangrove est menacée. En 30 ans elle a perdu 25 % de sa superficie, victime de la demande locale en bois. La mangrove qui borde le littoral est fragilisée et pourtant la communauté rurale de Toubacouta, bercée par les eaux saumâtres du delta du Sine Saloum, lui doit son salut. Elle est à la fois garde-manger et gardienne de l’environnement. Les feuilles qui tombent dans l’eau nourrissent les poissons et les crustacés que pêchent les habitants. Le dédale de racines submergées sert de refuge aux larves de poissons et protège les villageois de l’érosion côtière et de l’intrusion saline. Si la mangrove venait à disparaître, elle entraînerait avec elle les 52 villages qui longent le delta.

Asmae, une ONG belge en partenariat avec une association locale, tentent de lutter contre cette dégradation la tendance. Depuis un peu moins d’un an, Asmae soutient un projet pour reboiser le littoral de Toubacouta et sensibiliser les villageois à la protection de l’environnement. Le programme, en partie subsidié par le Centre national de coopération au développement (CNCD), concerne les quatre villages les plus menacés. Jusque-là rien d’exceptionnel. Là où l’approche d’Asmae diffère de celle d’ONG classiques, explique Mathilde Serruys qui coordonne le programme, « c’est qu’on ne fait que promouvoir des solutions maison pas compliquées à mettre en place. Et on sensibilise les gens à le faire eux-mêmes ». Le projet devient ainsi « durable ». Pour trouver ces solutions, Asmae travaille avec Action Jeunesse Environnement, une organisation locale de protection de l’environnement, et utilise une méthode qui encourage les locaux à identifier un problème et une solution qu’ils soient capables de mettre en place.

Après concertation, les villageois ont décidé que la renaissance de la mangrove passera par la création de « bois villageois » et surtout par un programme de sensibilisation. « Les habitants ont créé des espaces où ils plantent des arbres à croissance rapide pour fournir du bois. En même temps, ils repiquent les palétuviers. Cette activité leur a permis de prendre conscience de l’importance de la mangrove. » Il leur reste désormais à faire passer le message aux villages voisins.

www.asmae.org

Lentement, les pouvoirs publics prennent part

Le développement durable, c’est, par définition, avant tout une affaire de citoyens. Une démarche qui part « de la base », pas imposée d’en haut ; une philosophie participative. Mais avec leur puissance de feu et leur responsabilité de donner l’exemple, les pouvoirs publics ont un rôle crucial à jouer. Ne fût-ce qu’en encourageant l’émergence d’un marché de biens et services verts et durables. Où en est-on ? Quelle est la part des marchés publics qui peuvent être qualifiés de durables ? La proportion des achats verts ? A tous les niveaux, la réponse est la même : on progresse, mais « la plus grande difficulté, c’est l’évaluation ».

Les outils ne manquent pas. Au fédéral, une circulaire datant du début des années 2000, recommande aux administrations d’intégrer des critères environnementaux et sociaux dans leurs marchés. En Wallonie, cela date de 2004. A Bruxelles, de 2009. A tous les niveaux, des instruments ont été créés : guides d’achats verts, cahiers des charges types, descriptions techniques. Mais la démarche de s’en saisir restant volontaire, les résultats sont variables. « Ils dépendent de la conscientisation du top manager de l’administration, dit-on au fédéral. Certains ont compris tout de suite, mais le durable reste marginal car il n’est pas intégré dans le cœur-de-métier des gestionnaires ». Résultat : partout on envisage de rendre les recommandations plus contraignantes. « On va revoir les textes pour les rendre plus incitatifs, plus contraignants, confirme-t-on à Bruxelles. Eventuellement en fixant des objectifs chiffrés. Ou en imposant des moyens ». Au fédéral, on rêve d’imposer aux administrations un compte rendu des performances en matière d’achats durables.

Même timides, des résultats sont là. En Wallonie, un Ecoscore minimum pour l’achat des voitures de service, 100 % à l’électricité verte pour le SPW, papier à 100 % certifié, gobelets en carton plutôt qu’en plastique, café et cacao issus du commerce équitable… Les communes s’y sont mises aussi : « La quasi-totalité se placent dans une logique de développement durable, dit-on à l’Union des villes et communes. Mais au final, elles restent libres de choisir, d’arbitrer en conscience entre le prix et les autres critères. Et il faut rester réaliste, ne pas négliger la charge administrative ». A Bruxelles, on a poussé la démarche (issue du premier Sommet de la Terre) de l’Agenda 21, un programme de gestion intégrant les principes du développement durable, dont les achats verts font partie. Vingt-deux communes et CPAS en sont.

Au fédéral, le Service public de programmation développement durable offre à tous la boîte à outils permettant de « verdir » les marchés. Une tâche qui n’a pas été aisée : interdiction d’imposer un label ou une provenance géographique ou locale. La libre concurrence doit jouer et les spécificités – même durables – de chaque produit doivent être décrites par le menu. On progresse, notamment sur l’achat des équipements informatiques, le recours aux entreprises de nettoyage, la maîtrise des pesticides. Certaines clauses sociales trouvent enfin leur chemin, comme le respect des règles de l’Organisation internationale du travail et le recours à des entreprises d’économie sociale. Puis, on envisage d’introduire l’analyse du cycle de vie : étudier l’entièreté de la production des biens pour choisir celui qui est non seulement le meilleur à l’achat mais aussi à la production et à l’usage. Une démarche qui place la Belgique dans le peloton des bons élèves européens. Même si du chemin reste encore à faire.