IMPACT HEURE D'ETE

LAPORTE,CHRISTIAN

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Samedi 30 mars 1991

A deux heures, il sera trois heures, cette nuit!

L'énigmatique impact de l'heure d'été

Distraits de la «toquante», attention: c'est bien en cette nuit de samedi à dimanche que la Belgique comme tous les pays de la Communauté européenne, à l'exception de la Grande-Bretagne et de l'Irlande (qui nous suivront dans un mois) passent à l'heure d'été. Pour mémoire, à deux heures du matin, il sera trois heures. Si vous ne souhaitez pas vous extraire, même momentanément des bras de Morphée, on ne saurait trop vous recommander de procéder à l'avancement avant de vous mettre à l'horizontale!

S UREMENT ENCORE EN 1992

Comme c'est devenu une habitude à l'approche du changement d'heure, partisans et opposants s'en donnent de nouveau à coeur joie, les rangs des derniers se gonflant au fil des ans...- un sondage publié par «Le Parisien» d'hier a révélé que 54 % des Français sont contre alors qu'une étude européenne montrait, il n'y a guère, une opinion favorable aux deux tiers! - mais quoiqu'il en soit, l'heure d'été s'imposera bel et bien à eux. Cette année et encore en 1992, conformément à une directive de la CEE. Mais cela dit, si une majorité d'États le demandait, la Commission pourrait suspendre son application en 93.

Le secrétaire d'État à l'Energie, Elie Deworme est, indirectement, au coeur du cyclone puisque l'argumentaire se réfère souvent aux économies d'électricité, voire de carburant. En l'absence d'études belges solides sur la question, il en a confié l'approche scientifique à une équipe de l'ULB sous la houlette du professeur Walter Hecq. Son objet? Déterminer l'impact du changement horaire sur la consommation d'énergie mais surtout sur la consommation des véhicules en Belgique, facteur de pollution important car l'exposition au soleil accroît considérablement la photo-oxydation...

Les chercheurs du Centre d'économie politique ont dégagé ce que l'on pourrait qualifier des «influences générales» et «mobilité-loisirs». Générales? Si une étude de nos électriciens a montré, l'an dernier, que la consommation d'électricité n'avait pas sensiblement diminué depuis l'instauration du système, on constate, par contre, une certaine surconsommation de chauffage pour les matinées plus fraîches. Quant à la santé, il est un fait que la consommation de médicaments augmente en début et en fin de période mais l'on pourrait se demander s'il ne s'agit pas d'un phénomène saisonnier lié à la pousse et à la chute des feuilles... Quant au comportement scolaire des enfants, aucune étude définitive ne permet de trancher à ce jour.

La recherche demandée par le secrétariat d'État s'attache plus concrètement aux facteurs du déplacement, liés à l'augmentation des loisirs depuis 1977. En fait, la consommation de carburant pourrait fort bien avoir augmenté à cause de l'extension des activités vespérales. Et cela dans le chef des aînés qui sortent davantage que jadis comme des jeunes ménages, ces derniers ayant moins d'enfants en bas âge qu'auparavant. Une hypothèse corroborée par une étude de 1987 qui montrait que seulement 40 pour cent des déplacements avaient trait au travail ou aux affaires.

AUTOMOBILISTES,

VOTRE HEURE VA SONNER...

Afin de déterminer si une hausse de trafic significative et donc de la consommation énergétique peut être associée au passage à l'heure d'été, les chercheurs procèderont d'abord à une enquête de terrain, tant à Bruxelles que dans d'autres villes ainsi qu'en milieu rural. A partir des corrélations entre le nombre de véhicules et la consommation d'énergie, ils mettront au point une méthode plus analytique. Dont le bon grain (les liens directs avec l'horaire d'été) pourront être séparés de l'ivraie (les autres facteurs...) grâce à un logiciel américain très performant qui tiendra compte, par exemple, des aléas du climat qui amènent les Belges à sortir ou non.

Et le lien avec la pollution? Il apparaît que le pic de pollution coïncidait désormais avec les périodes d'ensoleillement les plus intenses. Les premiers résultats sont attendus pour la fin juin.

CHRISTIAN LAPORTE