Inge Vervotte veut relever le niveau de la fonction publique

LAMQUIN,VERONIQUE

Vendredi 3 octobre 2008

La Belgique détient un record d’Europe : celui de l’âge moyen de ses fonctionnaires (fédéraux) : 44 % d’entre eux ont plus de 50 ans. Alors que, dans le secteur privé, seuls 24 % des salariés sont quinquagénaires ou sexagénaires. Concrètement, dans les 10 ans, plus de 40 % des 83.871 fonctionnaires fédéraux partiront à la pension. Cette exception européenne, Inge Vervotte, ministre de la Fonction publique (CD&V) la considère comme une « opportunité ». Qu’elle a saisie en rédigeant un plan d’action guidé par trois objectifs. « Nous voulons un service moderne et efficace », précise-t-on à son cabinet. Où l’on évoque pêle-mêle l’adaptation des heures d’ouverture, un meilleur accès électronique, une simplification… Vient ensuite « la volonté d’être un employeur attractif ». Puis « l’efficacité au niveau des coûts ». Un point plus que sensible en ces temps budgétaires difficiles. Si l’accord de gouvernement ne prévoit nullement de dégraisser la fonction publique fédérale, les libéraux flamands remettent régulièrement le sujet sur la table. Voici quelques semaines encore, Vincent Van Quickenborne (Open VLD) suggérait une réduction de 10 % des effectifs, via le non-remplacement des agents partant à la pension. Inge Vervotte

s’oppose à une mesure jugée « aveugle et totalement irréaliste ». Son cabinet a calculé le bénéfice, en termes de masse salariale, que dégagerait le non-remplacement des pensionnés : « seulement » 38,2 millions en 2008, et un maximum de 309,5 millions en 2012.

La ministre CD&V souligne par ailleurs que, de tous les corps de fonctionnaires belges, c’est celui du fédéral qui reste le plus stable – dans les entités fédérées, les villes et communes, les effectifs ont fortement gonflé. Pas question, donc, dans le chef d’Inge Vervotte, de réduire drastiquement le nombre de fonctionnaires. Mais bien de modifier les profils.

Son plan – qui ne concerne que les 83.871 fonctionnaires des services fédéraux tels que les Finances, l’Emploi, l’Intérieur – prévoit, dans les grandes lignes, d’augmenter le nombre d’agents qualifiés (niveaux A et B), à la faveur des départs naturels. « Pour s’adapter aux nouvelles réalités, insiste-t-on. Avant, on engageait beaucoup de dactylos et d’huissiers ; l’informatisation d’une série de tâches rend ces besoins moins utiles voire inutiles. Par ailleurs, les législations sont de plus en plus complexes et nécessitent donc davantage d’experts. » Ce qui, en chiffres, se traduit par une proposition de remplacer 98 % des niveaux A, 95 % des B, 35 % des C et 25 % des D. Des mesures qui, promet-on chez Vervotte, se traduisent par une légère réduction de la masse salariale. De quelle ampleur ? Le cabinet réserve les chiffres au conclave budgétaire. Le plan sera-t-il adopté tel quel par le gouvernement, avec effet dès 2009 ? Réponse dans les prochains jours.

Les syndicats n’ont pas attendu pour manifester leur mécontentement. « Inconcevable », résume la CGSP. Qui se dit ouverte « à un débat en profondeur sur le nombre de fonctionnaires ». Mais dénonce déjà certains éléments du plan – « la réduction des effectifs de niveau D posera des problèmes dans les prisons, les centres fermés… ».