INQUIETUDE DES PROFS DE MORALE ET DE RELIGION

MATTHEIEM,NATHALIE

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Vendredi 28 décembre 1990

Inquiétudes des profs de morale et de religion

La bonne foi d'Ylieff et Grafé

Les cours de morale non confessionnelle et de religion en péril? Pas du tout, s'exclament Ylieff et Grafé.

Supprimer un examen conduit-il irrémédiablement à dévaloriser un cours? Les professeurs de religion et de morale, en un front commun d'un genre nouveau, paraissent le craindre. Yvan Ylieff, lui, dénonce la démarche des enseignants, jugeant qu'elle est contraire à tout ce qu'est le libre-examen.

Plus technique et moins passionné, le PSC Jean-Pierre Grafé rassure. Non, pas question que la fréquentation de ces cours ne soit plus obligatoire dans l'enseignement de la Communauté. Oui, il s'opposera à toute décision en ce sens. Et il rappelle que la Constitution fait à l'enseignement officiel l'obligation d'organiser ces cours.

En effet, la fréquentation du cours est obligatoire, dans l'officiel subventionné (provinces, communes et Communauté). Les inquiétudes sont sans doute nées d'un vade mecum du ministre Ylieff, concernant l'enseignement secondaire de la Communauté. Il indiquait que l'évaluation continue remplacerait les examens dans certaines matières et que le conseil de classe sanctionnerait la réussite ou l'échec. Or, précise-t-on chez Grafé, la loi attribue au professeur seul ce pouvoir.

Yvan Ylieff, quant à lui, s'irrite de l'attitude des enseignants. D'une part, parce qu'il a accepté de remettre le «vade mecum» contesté sur le métier: les écoles du secondaire de la Communauté sont consultées en ce moment même. Si une majorité des professeurs veut des examens dans toutes les branches, on avisera, déclare le ministre de l'Éducation, qui souligne qu'il s'agissait d'alléger les examens à Noël et en juin, en n'imposant plus d'épreuves pour les cours de morale ou de religion, ni pour ceux d'éducation physique. L'exigence reste, précise-t-il. Il faut au moins la moitié des points pour passer. L'élève peut donc encore doubler en cas de résultat insuffisant, après délibération du conseil de classe.

Mais c'est surtout aux professeurs de morale non confessionnelle qu'en veut le ministre: Ils font preuve d'une démarche contraire à celle qui fonde le cours de morale, la démarche du libre-examen. Ils décrètent que les cours vont être supprimés, suite à une mesure pédagogique à portée limitée, sur l'évaluation. Ce n'est pas une démarche rationnelle. Et je suis d'autant plus déçu que je me suis expliqué sur la question pendant une heure lors de l'émission laïque «La Pensée et les hommes».

Dernière preuve de sa bonne foi: le ministre socialiste explique que, suite à un arrêt rendu par une chambre flamande du Conseil d'État qui permettait à des Témoins de Jéhovah de retirer leurs enfants des cours de religion et de morale en Flandre, il a été saisi, comme son collègue Grafé, d'une série de demandes de parents francophones, également Témoins de Jéhovah, qui souhaitaient obtenir une dispense de cours. Or si en Flandre il s'agit de cours de «morale laïque», en Communauté française on parle de cours de «morale non confessionnelle». Nuance donc: dans un cas on parle d'un monde sans Dieu; dans l'autre, d'une morale libre-exaministe. S'appuyant sur ce distingo et sur un arrêt d'une chambre francophone du Conseil d'État, les deux ministres ont donc refusé de délivrer toute dispense pour ces cours qui restent donc obligatoires pour tous.

N. M.