Inscriptions dans le secondaire : mode d’emploi
BERKENBAUM,PHILIPPE
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Lundi 17 novembre 2008
A ce sujet, la polémique ne faiblit pas autour du processus imposé par le décret Mixité sociale du ministre Dupont. Un recours sera d’ailleurs introduit auprès de la Cour constitutionnelle.
Les promoteurs du décret regrettent cependant que cette polémique éclipse leurs motivations initiales : assurer une plus grande hétérogénéité sociale dans les écoles pour permettre aux élèves moins favorisés d’être tirés vers le haut.
P.2 & 3 TEMPS FORT
Les quinze jours les plus longs du processus d’inscription
Enseignement
Priorité nº 9 : « Non aux écoles-ghettos. » Elle prétend vouloir à la fois améliorer le niveau des écoles les plus faibles – ce qui reste un vœu pieux à ce jour, malgré les mécanismes de discrimination positive – et lutter contre une trop grande homogénéisation des écoles, par une batterie de mesures visant à y favoriser la mixité sociale. Comprenez : arrêter de regrouper les élèves sur la base de leur origine socioéconomique ou de leurs résultats.
La forte homogénéité des populations scolaires s’explique par un système quasi unique au monde. Où coexistent à la fois plusieurs filières (général, technique, professionnel) et plusieurs réseaux (Etat, provinces, communes, libre), mais aussi la liberté de choix de l’école garantie par la Constitution. On parle d’un quasi-marché scolaire où les meilleures écoles se font concurrence pour attirer les meilleurs élèves. Tandis que les moins bons ou ceux dont les parents sont moins informés, moins imprégnés des codes culturels et sociaux des classes supérieures, échouent dans les écoles dont les autres ne veulent pas.
Pour tirer vers le haut les élèves issus des milieux plus défavorisés, les autorités veulent donc augmenter l’hétérogénéité des écoles. Et il leur est apparu que la mesure la plus simple et la moins coûteuse consistait à forcer les portes des écoles les plus prisées aux élèves qui n’y ont pas accès.
Pour Rudy Wattiez, secrétaire général du mouvement sociopédagogique « Changements pour l’égalité », les dispositifs censés faire en sorte que les écoles accueillent tous les élèves qui s’y présentent sont insuffisants, « car l’autorité centrale contrôle difficilement les décisions des établissements ». Selon lui, « des écoles exigent un certain pourcentage au CEB, d’autres font comprendre de manière à peine déguisée que l’enfant “ne correspond pas” au projet ou à la culture de l’établissement, d’autres acceptent des inscriptions prématurées, parfois trois ans à l’avance ».
Première application : le 30 novembre 2007. Résultat : des files qui ont parfois duré deux jours et deux nuits, avec des parents qui campaient sous la pluie devant l’entrée des écoles les plus prisées pour être sûrs d’y obtenir une place. « A peine 5 % des 500 écoles secondaires furent concernées », selon le gouvernement. « Entre 2 et 3 fois plus », selon les parents.
Effet médiatique : désastreux. Efficacité : nulle. La plupart des observateurs s’accordent à considérer que le décret Inscription n’a eu quasi aucun effet sur la mixité sociale dans les écoles. Mais il a peut-être coûté son poste à Marie Arena, remplacée au pied levé par Christian Dupont. Qui s’est d’emblée employé à tenter d’améliorer le processus. Un nouveau décret est donc venu remplacer le premier.
Un système transparent que les associations déjà citées applaudissent. Pour de nombreux parents, il représente une intolérable atteinte à la liberté de choix de l’école. Plusieurs centaines ont décidé de saisir la Cour constitutionnelle pour tenter de faire annuler le décret. Un récent arrêt du Conseil d’Etat les gonfle d’espoir : il réaffirme la garantie constitutionnelle du libre choix de l’école et estime, à bien le lire, que l’éviction d’un élève par le tirage au sort est susceptible de provoquer « un préjudice grave et difficilement réparable ».
Le risque d’inscriptions multiples
Rien ne sert donc de se précipiter : pendant cette période, l’ordre d’arrivée des demandes n’a aucune importance. Un enfant inscrit ce lundi matin n’aura ni plus ni moins de chances d’obtenir une place dans l’école convoitée qu’un autre inscrit dans l’après-midi du vendredi 28. La seule chose à laquelle il convient d’être attentif, ce sont les dates et heures précises réservées par chaque école aux inscriptions pendant cette période : elles peuvent varier considérablement.
Au terme de cette deuxième phase, deux cas de figure peuvent se présenter aux parents ayant inscrit leur enfant dans tel établissement secondaire. Soit le nombre de places offertes par l’école est suffisant pour accueillir tous les élèves : dans ce cas, aucun problème, tous sont inscrits et les parents en sont immédiatement informés. Soit il n’y a pas assez de places : l’école est alors tenue d’organiser un tirage au sort pour départager les demandes.
Dans les quelques dizaines d’écoles potentiellement concernées, ce tirage au sort aura lieu début décembre. Il peut être basé sur l’ordre alphabétique ou la date de naissance des élèves et le critère retenu doit avoir déjà été déterminé et communiqué à la Communauté française. Partout où il aura lieu, celle-ci déléguera un représentant pour en vérifier la validité. Au plus tard le 12 décembre, les écoles ayant procédé au tirage au sort doivent avertir les parents du résultat. Les enfants non sélectionnés sont inscrits en liste d’attente et reçoivent un numéro d’ordre. Si des désistements se produisent, ils pourront être repêchés.
Encore faudra-t-il, pour que cela fonctionne, que tous les parents jouent le jeu. Or, bon nombre de ceux qui visent des écoles réputées, où le nombre de places risque d’être insuffisant, entendent inscrire leur enfant dans plusieurs écoles pour multiplier leurs chances de succès. Si, au terme du tirage au sort, ils obtiennent une place dans une ou plusieurs écoles, il leur est demandé de faire un choix rapidement et d’avertir les écoles non retenues où leur place pourra bénéficier à quelqu’un d’autre. Le problème est que l’inscription ne pourra être définitive que fin juin 2009, lorsque l’élève pourra remettre à l’école son CEB de fin d’études primaires. Nombre de parents risquent de vouloir attendre juin pour être certains d’avoir obtenu la place de leur choix…
Pour faire face à ce problème, les écoles catholiques confronteront entre elles, sur une base régionale, leurs listes de demandes d’inscriptions. Histoire d’identifier les élèves inscrits dans plusieurs écoles et d’exhorter les parents à trancher rapidement. Le ministre Dupont voudrait que cette confrontation des listes puisse avoir lieu entre les réseaux. Ceux de la Communauté française et des communes et provinces ont marqué leur accord. Pas chaud, le libre catholique réserve sa réponse.
Vers une gestion plus centralisée ?
Une phase d’évaluation du décret Mixité sociale par le gouvernement est prévue d’ici la fin de l’année scolaire. Mais des tractations politiques seraient en cours, à l’initiative du CDH, pour confier ce rôle au parlement et organiser l’évaluation dès janvier. Dans le collimateur : le tirage au sort, bien sûr, mais aussi la question des adossements, ou de la priorité qu’il faut ou non pouvoir accorder aux élèves issus d’une école primaire objectivement liée à une école secondaire, par la proximité et le projet pédagogique.
Mais déjà, d’autres pistes plus ambitieuses et, sans doute, plus polémiques sont évoquées. Celle qui semble avoir les faveurs des plus farouches partisans d’une mixité sociale accrue dans les écoles s’appuie sur une étude interuniversitaire commanditée dès 2005 par le gouvernement. Celle-ci recommande une forme de centralisation des demandes d’inscriptions (par la Communauté française ou une instance coordinatrice ad hoc) et le traitement collectif des préférences.
Concrètement, les parents désigneraient les écoles ayant leur préférence et, en cas d’offre insuffisante dans tel ou tel établissement, les places seraient attribuées selon des critères de priorité préalablement définis. Ceux-ci pourraient aller de la présence d’un frère ou d’une sœur dans l’école à la proximité du lieu de résidence, en passant par l’origine socioéconomique.
Resterait à trancher une question particulièrement sensible dans notre système belgo-belge d’enseignement – et qui explique que l’étude dorme toujours dans les tiroirs du gouvernement : quid de l’autonomie et de la séparation entre les différents réseaux, garantis par le pacte scolaire ? L’enseignement catholique, majoritaire dans le secondaire, verrait d’un très mauvais œil l’éventualité d’être dépossédé de la gestion de ses inscriptions.
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