IRAN:L'EMBARRAS L'EMPORTE SUR LA SOLIDARITE ISLAMIQUE...

n.c.

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Lundi 22 janvier 1990

Iran: l'embarras l'emporte

sur la solidarité islamique...

Téhéran a multiplié pendant le week-end les appels à Moscou à «cesser la violence» contre les Azéris, donnant dans le même temps des signes d'inquiétude devant une situation qui, si elle durait, pourrait avoir des retombées en Iran même. La gravité de la situation a conduit le président iranien Ali Akbar Hachemi-Rafsandjani à réunir le conseil de sécurité national, un organisme prévu pour les temps de crise. L'agence officielle IRNA a indiqué qu'au cours de cette réunion, des «décisions ont été prises» concernant la situation en Azerbaïdjan.

Tout en lançant des mises en garde à l'adresse de Moscou et en dénonçant la «répression sanglante» contre les Azéris, les autorités iraniennes semblent plus soucieuses de voir l'URSS «rétablir la paix» et «calmer le jeu» que de s'engager avec elle dans une polémique. Moscou est volontiers présentée comme victime dans une affaire de tentative de déstabilisation. Téhéran «regrette profondément» que «l'URSS ait pris des mesures impropres» et parle d'une «situation obscure que la poursuite de la violence ne peut que compliquer encore». Moscou serait tombée «dans un piège», selon le communiqué officiel qui dénonce pêle-mêle des «courants troubles hostiles à l'islam», qui ont fait dégénérer la situation dans le Caucase, et un «complot des gouvernements impérialistes ...».

La méfiance des responsables iraniens est évidente et ils donnent souvent l'impression de redouter un «complot» visant l'Iran tout autant que l'URSS. La retenue dans la condamnation de l'intervention armée soviétique en Azerbaïdjan s'expliquerait par le souci de contenir une «crise azérie» qui, si elle se poursuivait, risquerait de gagner les deux provinces azéries de l'Iran.

Cette région, qui est la porte de l'Iran sur le Vieux Continent et dont le rôle économique est déterminant, a toujours joué un rôle particulièrement sensible et névralgique en Iran. Dimanche, l'afflux des Azéris d'URSS dans ces deux provinces s'est poursuivi malgré l'annonce, la veille, de la fermeture de plusieurs points de passage.

Le Teheran Times a énergiquement rejeté les accusations soviétiques selon lesquelles ces passages, qui voient les Azéris retourner en URSS avec des Coran et des portraits de Khomeiny, cacheraient un trafic d'armes.

Tranchant avec les récriminations iraniennes, le président turc Turgut Ozal a réaffirmé samedi que la Turquie n'interviendra pas dans les événements au Caucase: «Il n'est pas possible de ne pas avoir de la peine à la suite des événements en Azerbaïdjan, surtout dans la mesure où cela arrive à des gens de même groupe éthnique que nous»...