Iran - La crise nucléaire perdure Washington et Israël défient l'Iran et l'AIEA

LALLEMAND,ALAIN

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Vendredi 14 novembre 2003

Iran - La crise nucléaire perdure

Washington et Israël défient l'Iran et l'AIEA

ALAIN LALLEMAND

En apparence, la crise était éteinte : communiqué lundi au conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) en préparation de sa réunion des 20 et 21 novembre, le rapport de l'agence concluait (après une mission d'inspection étalée sur le mois d'octobre) qu'il n'y a « pas de preuve » d'un programme nucléaire militaire iranien.

Le même jour, l'ambassadeur d'Iran auprès de l'AIEA remettait au secrétaire général de l'agence, Mohamed ElBaradei, la lettre dans laquelle Téhéran acceptait officiellement de signer le protocole additionnel au TNP. Ce qui signifie que l'AIEA pourra bientôt mener des contrôles inopinés sur l'ensemble des sites iraniens.

Après la visite à Téhéran, le 21 octobre, de la troïka diplomatique européenne qui avait obtenu le déblocage de la crise en contrepartie d'une promesse de coopération industrielle (MM. Straw, Fischer et de Villepin), l'Iran rentrait dans le rang et donnait l'image, comme le souligne l'exilé Ramine Kamrane, de grand gagnant des bouleversements qui ont suivi le 11 septembre 2001. (1)

Le coup de tonnerre est venu mercredi soir par la bouche du sous-secrétaire d'Etat américain chargé du désarmement, John Bolton, qui a déclaré, face à l'absence de preuve rapportée par l'AIEA, que l'affirmation contenue dans ce rapport est tout simplement impossible à croire (...) : Après avoir répertorié de manière exhaustive les dénégations et les tromperies de l'Iran sur une période de 18 ans, et fait une longue litanie de graves violations des engagements de l'Iran envers l'AIEA, le rapport conclut qu'il n'y a « pas de preuve » (...) L'affirmation est tout simplement impossible à croire.

Et, quelques heures plus tard, tombait une déclaration plus inquiétante encore. A l'issue d'une rencontre avec le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, le ministre israélien de la Défense Shaul Mofaz affirmait publiquement : Des efforts sont nécessaires pour retarder, arrêter ou empêcher le programme nucléaire iranien (...) J'espère que vous comprenez ce que je dis. Selon M. Mofaz, le programme nucléaire iranien pourrait atteindre endéans l'année un point de non retour.

Faut-il analyser l'opposition apparente entre Europe, AIEA et Iran, d'une part (M. Straw a réagi à la BBC, demandant de traiter ce dossier avec patience et par la voie diplomatique), Washington et Tel Aviv d'autre part, en termes de « colombes » et « faucons » ? Ce n'est pas aussi simple : Washington semble refuser la posture même adoptée par Téhéran, laquelle est tactiquement très forte. Andrew Koch, de « Jane's Defense Weekly », la synthétise ainsi : les Iraniens ont décidé d'avoir la capacité de fabriquer la bombe, pour pouvoir en cas de crise se retirer du TNP et fabriquer une bombe en quelques mois. On comprend éventuellement l'inquiétude américaine. Mais même si cette analyse était pertinente, aucune raison légale ou éthique ne s'oppose à ce que Téhéran l'adopte.(Avec AFP.)·

(1) Ramine Kamrane, « Iran, l'islamisme dans l'impasse », Buchet-Chastel, novembre 2003.