Samedi, la fête des non-parents

FIORILLI,THIERRY; HUON,JULIE; DUBUISSON,ELISE

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Mardi 17 mai 2011

Vous n’avez pas d’enfants ? Soyez-en fier ! Non seulement vous avez la certitude de ne pas mettre au monde un délinquant sexuel ou un néonazi, mais l’environnement vous doit une flamboyante chandelle. Notre planète croule sous le poids de la proliférante espèce humaine : la manière la plus efficace de réduire drastiquement notre empreinte écologique est de ne pas donner le jour à un nouveau consommateur-pollueur. »

Et donc, poursuivent Frédérique Longrée et Théophile de Giraud, « voici enfin la Fête des Non-Parents, les vrais héros de notre temps ! » Le couple, « childfree », organise samedi prochain, 21 mai, la troisième édition de la journée (1) qui célèbre surtout ceux/celles qui ont « choisi de ne pas se reproduire par amour pour l’enfant qu’ils n’auront jamais : il est vrai qu’il fait de moins en moins bon naître dans notre société darwinienne et que le néant reste la meilleure citadelle contre les assauts du destin ou les ravages de l’inflation. »

Concrètement, revoilà donc, entre la fête des mères (le 8 mai) et la fête des pères (le 19 juin), celle des non-parents – le couple d’artistes/activistes iconoclastes y met des majuscules (2). Parce que « les non-parents, par choix ou par fatalité, subissent une pression sociale forte et injuste. et que beaucoup en souffrent, réellement. Or, pourquoi le fait de fonder une famille est-il une norme ? Combien de rêves et de nobles révoltes ne sacrifions-nous pas sur l’autel de notre désir de bambin ? En plus, nous insistons, décider de ne pas avoir d’enfants est un geste éthique, écologique. »

Frédérique Longrée – musicologue, pianiste et folle de poésie – et Théophile de Giraud – « né par hasard et sans conviction », poète et écrivain – convient tous ceux qui veulent, parents ou non, à se réunir, samedi, autour de Corinne Maier, l’auteure de No Kid, 40 raisons de ne pas avoir d’enfant (3), et Magenta Baribeau, réalisatrice d’un documentaire sur les non-parents au Québec (4).

Bon, mieux vaut être « childfree » quand même : « Personne n’aura le mauvais goût de leur reprocher leur choix et il fera bon rire autour du feu de notre exaltante liberté ! »

(1) Dès 20 heures, à La Goutte, 135 avenue de l’Hippodrome, 1050 Bruxelles.

(2)http://nonparents.skynetblogs.be

(3) « No Kid, 40 raisons de ne pas avoir d’enfant », Corinne Maier.

(4) mamannonmerci.blogspot.com/

Par ailleurs, sur Facebook, trois groupes principaux rassemblent les non-parents : Je n’ai pas d’enfants et alors ? (289 membres), Je ne veux pas faire d’enfant, je ne vois pas où est le problème

(350 membres) et Je n’ai pas d’enfant mais je vais bien merci ! (187 membres).

Marie Je regrette

Elle a 41 ans. Elle dit que ce n’est sans doute pas trop tard, qu’il est encore possible, mais qu’elle ne voit pas très bien comment ça pourrait se débloquer.

Marie, journaliste indépendante, a eu l’occasion, plus que l’envie, de faire des enfants. De 20 à 27 ans, par exemple, elle sortait avec un garçon avec qui elle en a parlé, « sur la fin ». En même temps, ça ne lui semblait pas « hyper-concret ». Et puis ça s’est terminé. Et en plus c’est à ce moment-là que ça s’est terminé. « Pas à cause de ça. Ou alors peut-être parce que ça commençait à devenir plus sérieux ». « Je pense que tout ça est lié à mon histoire de famille », dit-elle limite en souriant. D’ailleurs, plus les mots sont graves, plus le ton est détaché. Elle a des petits rires pour faire passer les choses. « J’ai une maman qui est morte quand j’avais neuf ans. Elle avait beaucoup de problèmes. Elle s’est suicidée et ça a été un tabou pendant des années. Ce n’est qu’à mes 27 ans que j’ai enfin osé poser la question à mon père. »

A l’époque, Marie est avec un garçon avec qui ça se passe bien mais « ça m’a chamboulée et c’est moi qui ai arrêté cette relation alors que j’aurais peut-être pas dû. Juste avant, je le mettais un peu à l’épreuve : “Tiens, tu voudrais pas un enfant ? Comme un défi. Et lui disait : Ha, je sais pas.” Puis il est parti en vacances et quand il est rentré, alors que je lui disais que c’était terminé, il m’a dit que dommage, qu’il avait fait un petit chemin dans sa tête. Moi, je crois qu’il y a eu de la panique. C’était inconscient. »

Et puis un jour, sa sœur tombe enceinte. Super proches. Comme des amies. « Ça a été quand même un gros événement pour moi. Ça a remué des choses. J’ai vécu ça, pas comme si c’était moi, mais je l’ai ressenti vraiment dans mes tripes. Quand on attendait cet enfant qui est sorti un peu plus tard que prévu, on était vraiment surexcités. Et là, tout d’un coup, j’ai eu envie d’apprendre la musique, je dessinais beaucoup (alors que mon moyen d’expression serait plutôt l’écriture), je ne sais pas, j’avais une espèce d’élan qui venait de l’intérieur qui était lié à la procréation. C’est après coup que j’y ai pensé ».

A son petit ami de l’époque, elle pose LA question. Il répond : « Oh oui, mais pas tout de suite, dans trois, quatre ans. » « J’ai eu une sorte de choc, explique la jeune femme. Assez physique. J’avais eu ça quand une amie proche m’avait annoncé qu’elle était enceinte. Je me suis sentie lâchée, comme si les autres avançaient et moi pas. A nouveau, c’est moi qui ai arrêté la relation. Lui, maintenant est papa ».

Vers 37 ans, son point de vue change. « Je me suis dit : Je pense que je n’aurai pas d’enfant. Sans avoir d’amertume, c’était bizarre. Comme une acceptation. Il y a d’autres choses à faire ».

Trois fois marraine, fan de ses deux neveux, Marie ne manque pas d’enfant autour d’elle. Ni de questions. « Depuis lors, je me dis que si j’avais vraiment voulu avoir un enfant, j’aurais fait en sorte de l’avoir. Mais depuis que j’ai accepté l’idée, j’ai toujours peur de me réveiller un jour avec un truc qui remonte. Je fais souvent ce geste de quelque chose qui me remonte de l’estomac, la fameuse horloge biologique… Je pense aussi à plus tard, le fait de léguer les choses. J’ai mon appartement auquel je suis très attachée, je suis dans un petit square. C’est à mes neveux que je le laisserai probablement. Il faudrait que quelque chose continue… A 40 ans, tu fais ce genre de bilan. Les choix que tu fais ont des conséquences, ce dont je n’étais pas toujours très consciente avant. Adopter, pourquoi pas ? Je pense avoir des choses à donner. Mais franchement, je n’ai jamais eu très envie d’être responsable de quelqu’un ».

Un truc lui revient, de l’enfance. De sa belle-mère avec qui ça ne se passait pas trop bien. « J’étais toute petite qu’elle m’a dit : Oh toi, je ne te vois pas avec des enfants plus tard. C’est con hein, mais ça m’a marquée. »

Véronique J’assume

Témoignage

Aujourd’hui, alors que les femmes qui choisissent de ne pas avoir d’enfant sont plus nombreuses qu’hier, quand on a 35 ans, pas d’enfant dans les pattes et pas du tout envie de s’y mettre, mieux vaut assumer. La pression sociale est énorme… A cet âge, tout le monde se lance dans la grande aventure familiale et vous encourage à plonger avec eux ! », voilà qui est dit… Véronique Cazot, scénariste, plante le décor de sa première bande dessinée Et toi quand est-ce que tu t’y mets ?, sorte de manifeste contre cette pression sociale parfois (souvent) étouffante.

Le pitch : Jeanne, 35 ans, file le parfait amour avec son amoureux, mais n’envisage pas du tout de faire un bébé pour parfaire le tableau. Et elle l’assume, mais ça n’empêche pas les pressions de son entourage et surtout de sa meilleure amie jeune maman qui ne cesse de lui répéter qu’être mère a donné un sens à sa vie. Un sujet que Véronique Cazot connaît sur le bout des doigts car Jeanne a beaucoup d’elle. A 37 ans, en couple depuis une dizaine d’années, elle n’envisage absolument pas de connaître les « joies » de la maternité.

« Lorsque j’ai rencontré le premier homme avec qui je me suis sentie vraiment bien, la question de l’enfant s’est posée naturellement. Question qui m’a fait prendre conscience que j’avais le choix. Cela semble logique, mais ce n’est pas si évident ! Pour beaucoup, la maternité est un passage obligé. » Véronique a d’ailleurs choisi de ne pas suivre cette route toute tracée, de s’écouter elle et son désir et de ne surtout pas céder à la pression.

« Ce choix est assez évident pour moi, je suis très bien dans ma vie, je ne ressens ni le manque ni le besoin d’un enfant. En outre, la vie des mères de famille ne m’a jamais attirée. » Les journées doubles et le peu de temps qu’il reste pour se consacrer entièrement à soi, ça ne la tente pas : « Beaucoup de femmes laissent leur vie de côté, comme si celle-ci n’avait plus d’importance. Pour moi, chaque vie est précieuse et la première responsabilité que nous avons est de ne pas négliger la nôtre. Si l’on peut prendre en charge plusieurs vies tout en s’épanouissant soi-même, pourquoi pas mais pour ma part je sais que j’aurais du mal. J’ai besoin d’avoir du temps pour moi et mes passions, besoin de me sentir suffisamment libre. »

Si aujourd’hui, Véronique est sereine quand à son non-désir d’enfant, il n’a pas toujours été facile de l’assumer. La société étant construite sur ce modèle unique de femme avec enfant(s). « C’est le seul qu’elle reconnaît et qu’elle avantage socialement et moralement. Pour le commun des mortels, une femme ou un couple qui s’aime veut des enfants sinon c’est qu’il y a forcément quelque chose qui ne va pas. » Alors il faut se justifier auprès de ses amis, sa famille, ses rencontres. « Au début, j’ai mal vécu cette justification permanente, j’avais du mal à assumer mon choix, je me sentais harcelée. Je souffrais de ne pas être comprise et m’indignais que l’on puisse (me) juger ou vouloir imposer un choix aussi intime. Ma sœur a essayé de me “convertir”, elle pensait que vu mon instinct maternel j’allais finir par regretter mon choix et en souffrir. »

Mais Véronique est convaincue qu’on peut avoir un instinct maternel sans pour autant avoir envie de s’occuper d’un enfant à soi. Et avec le temps, l’idée qu’un enfant n’est pas une garantie de bonheur s’est ancrée en elle et assumer a été plus facile : « Je ne connais pas que des parents heureux et le bonheur de parents n’est pas forcément lié à leurs enfants, il n’y a là aucune relation de cause à effet. » Aujourd’hui, ses parents et ses amis la comprennent. Certains même envient parfois sa liberté, tout en étant bien conscients qu’ils n’auraient pu faire ce choix.

L’EXPLICATION

Pour toutes celles qui…

La BD de Véronique Cazot et Madeleine Martin est destinée à celles qui ne veulent pas d’enfant, celles qui en veulent mais qui en ont marre qu’on leur demande tout le temps « Et toi quand est-ce que tu t’y mets ? », celles qui ne peuvent pas en avoir, celles qui sont indécises, celles qui n’en ont plus, celles dont le mec hésite, celles que ça angoisse et toutes les autres…

C’est aussi le cas du site lancé par Madeleine Martin alias Mady (www.lesmadeleinesdemady.com). Et contrairement à Véronique Cazot, Mady n’est pas contre l’idée d’avoir des enfants.

Les 3 conseils

Pour résister à la pression de l’entourage

« La première chose à faire, explique Dimitri Haikin psychothérapeute et animateur de psy.be, c’est de cheminer, de faire un travail sur soi pour pouvoir assumer sa différence. Comme chacune des différences qu’on assume tout au long de sa vie. Il faut se construire avec ça, sa singularité. Assumer sans tenter d’expliquer ses motivations (quand on les connaît) et faire son choix de vie sans gêne ni honte. Parce qu’on est aussi parfois jugé quand on décide de ne faire qu’un seul enfant, la carte postale idéale étant deux enfants et un labrador ! »

Pour couper court aux discussions

Pour couper court aux discussions

« On ne peut pas donner une phrase-clé, comme ça. L’important, c’est le parler vrai. Si on dit très franchement “Je n’ai pas fait d’enfant pour cette raison-là”, ça ne se discutera pas. C’est délicat parce que ça résulte souvent de l’histoire personnelle, parfois c’est parce qu’on n’a pas eu la mère qu’il fallait. Mais ça peut être également “J’ai préféré développer mes compétences professionnelles, c’est un enjeu très important pour moi et j’ai choisi cette voie-là” ».

Pour supporter le regard des autres

Pour supporter le regard des autres

« Quoi que vous fassiez dans la vie, vous êtes toujours jugé. Je travaille énormément là-dessus, le non-jugement. Il y a une phrase que j’ai entendue un jour et qui permet d’avancer. elle est de Francis Lalanne, le chanteur : “Le regard de l’autre ne me regarde pas”. Autrement dit, le problème est chez celui qui juge à travers son filtre et ses œillères. Il faut pouvoir avancer avec ça, le jugement des autres. C’est un vrai travail d’assertivité. Il faut avoir confiance en ses choix ».