Jamie Bell : « Tintin est très complexe »

MANCHE,PHILIPPE

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Mercredi 26 octobre 2011

entretien

Jamie Bell plaque quelques accords sur sa guitare acoustique. Immortalisé dans le Billy Elliot de Stephen Daldry, le comédien anglais enfile les interviews dans sa suite parisienne avec une certaine bonhomie. Après tout, Tintin, c’est lui !

Depuis le temps que vous vivez avec le héros d’Hergé, pouvez-vous nous dire aujourd’hui qui est réellement Tintin ?

Tintin est un personnage très complexe. Vous pensez tout connaître de lui mais en fait, vous ne savez rien. Exception faite qu’il est jeune, qu’il déborde d’énergie et d’ambition. Il n’a pas peur du danger et de ses conséquences. Seul compte le trésor, c’est son but ultime.

Par contre, il y a plein d’inconnues. Pourquoi a-t-il choisi d’être journaliste ? D’où vient-il ? Pourquoi devient-il copain avec un marin alcoolique ? Pourquoi vit-il seul avec son chien ? Toutes ces questions restent sans réponse et j’estime ne pas être en mesure, moi, Jamie Bell, d’avoir le droit de fournir ou spéculer les réponses d’un personnage né en 1929.

Ce qui ne m’a pas empêché de me demander pourquoi il était si courageux… J’ai bien sûr lu pas mal de livres sur Hergé qui m’ont permis de cerner également son univers.

Gad Elmaleh a dit, lors de la conférence de presse de présentation, que la motion capture le ramenait à l’essence même de son métier d’acteur qui consiste à faire parler son corps. Vous êtes d’accord ?

Oui, bien sûr. C’est super physique. Dans un film normal, vous avez une séparation entre la caméra et les comédiens, entre l’équipe et les comédiens… Avec la motion capture, nous sommes tous dans ce même espace créatif. La collaboration est totale. Et j’ai l’impression que le comédien s’engage encore plus.

En termes de jeu, il n’y a rien que vous ne pouvez pas essayer, tout est possible. La pression est différente parce que vous ne devez tenir compte que de votre travail et pas vous soucier des conditions météo. Dans un film en motion capture, nous contrôlons le soleil ou la pluie. Nous ne sommes pas dépendants. Quand vous avez cette flexibilité, le champ des possibles est infini.

C’est très excitant.

Vous souvenez-vous de votre premier contact avec le célèbre reporter ?

Via la télévision, chez moi, en Angleterre. Je devais avoir sept ou huit ans. Je pense me souvenir que je le connaissais de nom et que j’avais une vague idée du personnage. Par contre, quand j’ai vu le dessin animé, j’ai trouvé cela différent du reste. Ça me bottait et j’adorais Tintin.

J’avais envie d’être comme lui tellement je l’admirais. Je voulais parcourir le monde, être vaillant, être un ami fidèle et loyal. Ensuite, j’ai lu les albums. Je pense que même avant d’être partie prenante de cette aventure, Tintin n’était jamais loin de moi. Il restait dans mon champ périphérique parce que vous ne pouvez pas l’oublier.

Parce qu’il reste humain et non un super héros à la « Spiderman » ?

Parce qu’il n’a pas l’air spécialement tourmenté alors qu’il le devrait. Ne fût-ce que pour affronter sa solitude. Ça me pèserait, j’en suis sûr. Je pense que la naïveté que véhicule Tintin et son côté solitaire avaient tout pour séduire Steven Spielberg. Tintin est un personnage universel, qui, comme les films de Steven, plaît à un public familial.