Jean-Pierre Jacqmin

LAUWENS,JEAN-FRANCOIS

Page 20

Samedi 17 mai 2008

L’acteur

Le patron de l’info de La Première est désormais celui de toutes les rédactions de la RTBF.

Chaque matin, ils le craignent autant qu’ils se réjouissent de l’affronter. Pour tous les politiques belges, l’interview de 7 h 40 menée par Jean-Pierre Jacqmin sur les antennes de La Première en radio est à la fois leur gâterie et leur épreuve, sans doute le seul endroit où ils peuvent s’expliquer si longuement tout en sachant qu’ils ne seront pas ménagés. « Ils ont 27 minutes pour s’exprimer si l’on additionne L’invité et Questions publiques, c’est deux pages d’un journal », dit Jacqmin. Même si Bel RTL est le leader incontesté de l’audience, c’est l’interview de La Première qui fait figure de référence. Depuis 10 ans qu’il a pris la succession d’Hervé de Ghellinck, parti au JT, Jean-Pierre Jacqmin a imposé un ton, un ton affable et sans concession, pertinent et impertinent à la fois. « J’ai déjà entendu “agressif” et “roublard”. Je dirais simplement que je pose des questions à rebrousse-poil, les questions que les gens auraient envie de poser s’ils étaient face à mes interlocuteurs. »

A la RTBF, c’est absurde mais c’est comme ça, dès qu’on accède à la hiérarchie, on se retrouve dans l’obligation d’être étiqueté politiquement, pour des raisons d’équilibre. C’est donc avec l’étiquette PS dans le dos que Jacqmin a été nommé vendredi par le CA, au poste de directeur de l’Information et des Sports. Dire que ce constat l’enchante serait mentir : « Cette politisation me touche particulièrement. Je n’imagine pas faire ce job autrement qu’en toute indépendance. Je n’ai pas d’autre gage à donner que la façon dont je pousse mes invités à répondre à mes questions depuis 10 ans. Si j’avais voulu utiliser L’Invité pour grimper dans la hiérarchie ou obtenir des avantages de la part d’un parti ou aller y faire carrière, j’aurais dû me brider, ne pas poser des questions dérangeantes à tous mes interlocuteurs. »

Bruxellois d’origine, Jean-Pierre Jacqmin est entré à la RTBF voici 20 ans suite à un examen. Mais il avait déjà plus qu’un pied dans la maison. « À l’issue de mes études de journalisme à l’ULB, j’ai été objecteur de conscience. On était en pleine crise des Euromissiles et je ne me voyais pas avec une arme en main même si, depuis, j’ai suivi de nombreuses missions comme celles de l’OTAN au Kosovo et que cela m’a donné un autre regard sur l’armée. J’ai contacté Pierre De Vos, qui était patron de l’information, pour lui dire que la RTBF avait le droit de prendre des objecteurs de conscience. Il l’ignorait et m’a répondu qu’il ne pouvait pas refuser d’enrôler un journaliste qui lui donnait une info ! J’ai commencé comme documentaliste puis, de fil en aiguille, je me suis retrouvé assistant : un mi-temps pour Françoise Van de Moortel à L’Ecran témoin en télé et un deuxième mi-temps pour Gérard Valet à Point de mire en radio. »

Plus tôt dans sa vie, alors qu’il faisait des piges pour La Cité et Le Soir« René Haquin est un de ceux qui m’ont donné le goût de ce métier » –, Jacqmin comptera parmi les fondateurs de l’Opération Villages roumains. Nous sommes en 1988 et l’Europe occidentale découvre par le biais de quelques reportages, notamment celui de Josy Dubié à la RTBF, le plan de systématisation rurale mis en place par le dictateur roumain Nicolae Ceaucescu. « Le plan prévoyait la destruction des villages ruraux et leur remplacement par des villes en béton armé. Nous avions formé un petit groupe pour préparer l’examen d’entrée à la RTBF. Mais nous voulions aussi agir avec l’idée de voir le citoyen belge se réapproprier l’action politique. C’est pourquoi nous avons proposé aux communes belges d’adopter un village roumain pour le sauver. Elles l’ont presque toutes fait. » La cheville ouvrière de l’opération est Paul Hermant qui côtoie encore Jacqmin quotidiennement sur La Première avec sa chronique de 7 h 20.

Quatre ans plus tard, ils récidivent avec l’opération Causes communes, soutenue par Arthur Haulot et Ilya Prigogine et dont l’objet est cette fois l’adoption de camps de réfugiés dans l’ancienne Yougoslavie. Le conflit yougoslave reste la grande expérience professionnelle de Jacqmin, qui explique : « Je me suis retrouvé les pieds dans les charniers du Kosovo, j’ai un peu de mal à avoir de la distance par rapport à ça. Même si c’est aujourd’hui ma marque de fabrique, je ne suis pas tombé dans la politique belge comme Obélix dans son chaudron. En m’engageant, Jean-Pierre Gallet, alors directeur de l’info, m’a dit vouloir des reporters de terrain car c’était, selon lui, la fin des idéologies et des questions politiques. »

Depuis 2003, il dirige l’info de La Première, une équipe de journalistes, jeune, qu’il a façonnée. « C’est ma grande fierté : avoir rajeuni à ce point la radio la plus vieille et la plus institutionnelle de la RTBF. »

P.49 La nomination

1961Naissance, le 4 mai à Bruxelles. 1985Documentaliste puis assistant à la RTBF. 1988Passe l’examen

1961

Naissance, le 4 mai à Bruxelles.

1985

Documentaliste puis assistant à la RTBF.

1988

Passe l’examen de journaliste à la RTBF. Opération Villages roumains.

1998

Devient l’intervieweur attitré de « Matin Première ».

2003

Chef de la rédaction de La Première.

2008

« Matin Première » est diffusé en télévision. Jacqmin devient directeur de l’Information et des Sports de la RTBF.