Joël Demarteau administrateur délégué de WOW Company
JULY,BENOIT
Page 7
Samedi 12 juin 2010
Si c’était à refaire
Physicien et informaticien, Joël Demarteau, 64 ans, est connu comme l’inventeur de la « boule à vagues », qui équipe plus de 500 piscines dans le monde. Après avoir fondé et revendu une société informatique, il développe WOW qui se concentre sur la fameuse boule, brevetée, avant d’en faire le point de départ de l’extension des activités dans l’ingénierie industrielle. L’entreprise, située près de Namur, génère quelque 5,5 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie 45 personnes, essentiellement des ingénieurs, techniciens et ouvriers (très) qualifiés. Mon meilleur souvenir La réussite d’une expérience réalisée pour la fusée Ariane 5, il y a une douzaine d’années. Il s’agissait de calculer et puis de valider les vibrations de l’huile hydraulique embarquée dans le réservoir des boosters de la fusée, pour le compte de la Sabca. Nous y avions mis toutes nos ressources, jusqu’à construire un bâtiment et une centrifugeuse ad hoc, afin de valider expérimentalement les résultats de nos calculs. Ce fut évidemment un projet fortement mobilisateur puisque nous n’avions pas droit à l’erreur – qui aurait été fatale pour le lanceur. Ce fut aussi une référence exceptionnelle qui validait notre expertise dans les problèmes de vibrations et de résonance, acquise lors de la mise au point de la boule à vagues.
Mon moins bon souvenir Un véritable cauchemar qui a eu lieu chez nous il y a 10 ans, lorsqu’un conducteur de clark a accidentellement tué un informaticien. Après l’avoir annoncé personnellement à sa jeune épouse, j’ai pensé tout laisser tomber. Même si tous les collaborateurs se sont personnellement engagés pour soutenir la famille, c’était le projet d’une entreprise heureuse, où il faisait bon travailler, qui s’écroulait face à ce drame qui laissait une veuve et un orphelin. Ce souvenir me hante encore aujourd’hui. Ma rencontre décisive Dans une entreprise familiale, il est vraiment crucial que le fondateur puisse compter sur le soutien de ses proches. C’est pourquoi la rencontre de mon épouse, Anne-Marie, fut décisive. Psychologue, elle m’a aidé pour la gestion des ressources humaines, m’a soutenu en cas de coup dur et m’a permis de relativiser quand il le fallait. Actuellement, elle joue un rôle fondamental dans le cadre de la reprise progressive de mes activités par mon fils, ingénieur en électronique, qui a décidé il y a 8 ans de quitter une belle carrière chez Procter & Gamble pour me rejoindre. Nous sommes fort complices dans la gestion et je me réjouis que la reprise soit brillamment assurée… même s’il n’est jamais facile de se retirer. Mon choix décisif Je l’ai posé en 1995 en obligeant mes équipes à diminuer leur investissement dans le développement de la bulle à vagues pour se tourner davantage vers les besoins du marché. Sur base de cette référence, nous nous sommes positionnés dans l’étude, la réalisation, la validation et la maintenance de machines industrielles sur mesure. Nous trouvons pour nos clients des solutions qui ne relèvent pas de leur cœur de métier mais sont fondamentales pour eux, que ce soit dans l’industrie aérospatiale, verrière ou automobile, entre autres. C’est ce choix qui a assuré l’avenir de la société. Mon tuyau GRH Entretenir la passion et la créativité de mes collaborateurs afin qu’ils puissent continuer à rêver en s’investissant dans l’invention de solutions. Cela demande de la flexibilité – permettre à un ingénieur, s’il le souhaite, de concevoir des projets en mécanique puis en électronique par exemple – et du doigté : je préfère prendre les baffes au nom de mes collaborateurs, le cas échéant, mais laisser les clients les féliciter personnellement… le plus souvent.